En ce quatrième dimanche de Carême, les textes nous proposent le rapprochement, la re-conciliation avec les autres et avec le Père, à travers les injonctions de Paul aux chrétiens de Corinthe ou par l’intermédiaire du personnage de l’enfant prodigue de la parabole. Ce fils cadet affamé de nourriture, son père assoiffé d’amour et l’aîné en manque de reconnaissance, ne sont-ils pas tous les trois présents en chacun de nous ?
Entrée en prière
Debussy- L’enfant prodigue, L. 57: No. 1, Prélude (Arrangement pour piano à quatre mains)
Accueil
Bienvenus à toutes et à tous, même si certains arriveront à la fin de la célébration pour cause de changement d’heure !
Les textes du jour nous proposent une des plus connues et exploitées des paraboles du Nouveau Testament : le fils prodigue. On la retrouve dans tous les arts, peinture, musique, littérature, théâtre et jusque dans la sculpture.
Une fois n’est pas coutume, nous avons gardé le texte de Paul. Dès le début Paul évoque le renouvellement de l’alliance : « le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est né », pour aboutir à la réconciliation comme dans l’Évangile. La réconciliation est à l’opposé de l’éloignement, elle est le rapprochement, le lien avec les autres, avec le Père.
Nous pouvons par le signe de croix entrer dans notre célébration, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.
Bernard R.
Évangile de Jésus-Christ selon Luc (Lc 15, 1-3.11-32)
En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit :
‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
Mais le père dit à ses serviteurs :
‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu, et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.

Saint-Pétersbourg
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu,
et il est retrouvé ! »
♬Méditation en musique
Résonances
Le fils aîné
Cette parabole, maintes fois entendue, parle à notre imagination sans nous raconter à proprement parler une histoire de famille. D’ailleurs, il n’est fait mention ni de mère ni de sœur, les seules femmes évoquées sont les prostituées. Voici trois personnages, Le Fils prodigue, le Père, le Fils ainé, bien différents dans leur façon d’aimer, auxquels nous nous identifions peut-être, mais qui, à y réfléchir, sont probablement présents, tous trois, en chacun de nous.
Tout d’abord Le Fils aîné, un homme de devoir, fidèle chaque jour à son père et certainement avide d’une reconnaissance qui ne se manifeste même pas sous la forme d’« un chevreau pour festoyer ». Quand son frère revient, il ne comprend pas l’attitude de son père. Il est incapable de se rapprocher de son cadet, de se joindre à la joie de ces deux-là, réunis par l’amour inconditionnel qui lie alors le père au fils. Lui qui n’est que dans l’observance des règles, il n’a pas saisi qu’il avait lui aussi reçu la vie à vivre et qu’il passait à côté. Il ne parvient pas à renouveler un lien d’amour. Cette re-conciliation est une démarche dont il ne saisit pas la nature.
Est-ce parce qu’il ne connaît pas le manque, lui qui ne sait ni ce qu’est la faim ni ce qu’est le vide laissé par le départ d’un être aimé, lui qui vit enfermé dans sa certitude de devoir faire bien, voire dans sa jalousie ? Lui qui n’est pas encore né à lui-même.
Comme toujours dans les paraboles, Jésus propose un message d’amour, bien loin de toute rétribution au mérite. Un message de vie à saisir, sans rester captif, comme le fils ainé, d’une attente insaisissable.
Bénédicte I.-R.
Le père
Si le cadet meurt de faim, et que l’aîné a soif de reconnaissance, le père aussi est en manque. C’est pourtant un homme riche de nombreux biens. Mais il est en demande de l’amour de ses fils.
Depuis que le second est parti, il n’a cessé de guetter son retour, physiquement, en scrutant au loin. Et pourtant, il l’avait laissé partir sans faire d’histoires, il lui avait donné « sa part de fortune », car dans son amour inconditionnel de père, il savait qu’il faut laisser les enfants vivre leur propre projet de vie, qui n’est pas celui des parents.
C’est ce même amour inconditionnel qui le fait accueillir son cadet à bras ouverts, sans demander de comptes d’emblée, sans commencer par lui mettre le nez sur ses erreurs de jugement (nous n’avons pas la fin de l’histoire). Il considère juste que ce fils « mort » pour lui, car parti sans laisser d’adresse ni donner de nouvelles, est revenu à la vie en faisant ce rapprochement, cette re-conciliation avec son père et avec les siens.
Et ce père est également en manque de l’amour de son fils aîné, puisqu’il sort de la fête pour le « supplier » de s’y joindre, dit le texte : sans lui, pour ce père, la joie ne saurait être complète.
Et nous, de quel amour inconditionnel sommes-nous capables ?
Blandine A.
Le fils cadet
« Je me lèverai et j’irai vers mon père. » Pas très nobles les motivations… Mais c’est l’expérience de la faim, d’un manque de plus en plus lancinant : même à la nourriture des cochons, je n’ai pas droit, on ne me la propose pas ! Pas de doute, il faut faire quelque chose ! Tant pis pour l’amour propre et tant pis pour la situation qui va être désormais la mienne. Il faut que je me rapproche de mon père. Au moins, c’est quasiment sûr, il ne va pas me mettre à la porte, je suis son fils ! Allez ! J’y vais, j’en ai tellement besoin. »
Il expérimente en lui, à la fois, le manque vital et la confiance de fond en l’autre, en son père. Cela lui donne l’audace de bouger, d’aller. Il va tenter la rencontre. Il cherche ainsi à concilier sa prise d’indépendance avortée et la réaction, encore ignorée mais qu’il veut croire un minimum accueillante, de son père. Il ose le difficile rapprochement.
Et moi, suis-je en manque ? Suis-je prêt à me bouger au mépris de mon amour propre pour vivre plus humainement, pour rencontrer, pour demander, pour recevoir ? Quel manque me fait me lever ? Vers quoi cela m’entraîne-t-il ?
Jean-Luc L.
♬ Méditation en musique
Yann TIERSEN – L’autre valse d’Amélie
Partage
Quel manque me fait me lever ? Vers quoi cela m’entraîne-t-il ?
Quelques échos du partage
- C’est le manque relationnel ressenti dans ma famille, la superficialité des échanges, qui m’a mise en route ver la communication authentique dont j’avais envie, les relations réelles, – même rugueuses -, avec d’autres.
- En voyant des personnes à la rue, cela m’a mis debout : suite à une conférence de Solidarités Nouvelles pour le Logement à Saint-Merry et poussé par des amis, j’ai créé un groupe et la solidarité nous a permis de concrètement loger des familles.
- J’avais l’impression de mener une vie qui n’avait plus de sens. La rencontre avec ce texte de l’enfant prodigue, lors d’un groupe Carême, m’a remise en route.
- Après un grand manque d’amour dans ma famille, j’ai mieux compris le monde et les autres quand je me suis mise à travailler, à un poste basique, puis quand les Restaurants du Cœur et la Cimade m’ont permis de rencontrer des personnes immigrées avec lesquelles j’ai pu nouer des amitiés extraordinaires.
♫ Chant
Chant d’A. Cabantous et L. Boldrini, groupe chant de Saint-Merry
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de joie (bis)
Lorsque nous revenons de nos courses perdues
Pour apprendre du vent qu’il nous a attendus !
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de joie (bis)
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de paix (bis)
Lorsque nous accueillons l’aurore du pardon
Pour espérer qu’en Lui ce passage est un don
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de paix (bis)
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de feu (bis)
Lorsque nous accordons justice et charité
Pour sentir que la terre recommence à chanter
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur de feu (bis)
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur d’enfant (bis)
Lorsque nous témoignons de son amour semé
En ajustant nos pas sur sa fraternité
Nous sommes les enfants d’un Dieu au cœur d’enfant (bis)
Deuxième lettre de Paul aux Corinthiens (2 Co 5, 17-20)
Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle.
Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.
Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ,
et il nous a donné le ministère de la réconciliation.
Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui :
il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation.
Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ,
et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel :
nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Prière universelle
Invente avec ton Dieu l’avenir qu’il te donne
Invente avec ton dieu tout un monde plus beau
Quelques-unes des intentions exprimées :
- Rendons grâce, car c’est aujourd’hui l’Aïd el fitr, et le recteur de la Grande mosquée de Paris à lancé un appel à la bienveillance et à la solidarité entre les personnes.
- Prions pour la Birmanie, depuis longtemps politiquement coupée du monde, et qui est aujourd’hui aidée par les pays voisins.
- Prions pour les parents dans la détresse face à leurs enfants, pour qu’ils trouvent le chemin du pardon et de la réconciliation.
- Prions pour Monique, la belle-sœur de Bernadette et Bruno, qui vient de s’éteindre très seule à 98 ans, afin que nos prières lui offrent un accompagnement.