L’accueil des étrangers, entre réticences et indignité. Car la politique migratoire française s’est durcie : pour les étrangers qui souhaitent s’installer en France, la loi immigration de Gérald Darmanin (janvier 2024), suivie du décret d’application de juillet 2025, renforce l’exigence des critères déjà existants, ceux de résidence stable, d’intégration républicaine et de maîtrise de la langue française. Plusieurs membres de notre communauté en font d’ailleurs les frais.
Petit exemple : Complétez les phrases :
- La violence à l’école est un sujet …….. on parle souvent dans les médias. A : qui ; B : que ; C : dont ; D : où.
- …….. effectuer un séjour linguistique en France, mais c’est impossible à cause du prix. A : J’aime ; B : J’aimais ; C : J’aimerai ; D : J’aimerais.
- Quelle est la durée d’un mandat de sénateur ? 4 ans, 5, 6, 7 ?
- En tant que parent, peut-on refuser que son enfant participe aux cours de sport à l’école car ils sont mixtes ?
- Quelle cathédrale a été en partie détruite par un incendie en 2019 ?
- Quelle loi a établi la séparation de l’Église et de l’État ? Celle du 9/12/1905, du14/07/1789, du 28/03/1982, du 21/02/1914 ?
Un contrôle du niveau de Français et des principes de la République
Depuis le premier janvier 2026, qu’elle soit pluriannuelle (la carte de séjour pluriannuelle, obtenue après une première année de séjour, a une durée de validité de 4 ans) ou de longue durée (10 ans pour la carte de résident), une carte de séjour ne s’obtient qu’après avoir prouvé qu’on a un niveau de français suffisant et qu’on est capable de se comporter en citoyen respectueux des lois. Des examens ont donc été créés pour vérifier que tout demandeur de séjour en France répond aux critères qui permettent d’aborder la vie quotidienne et professionnelle.
Il y a deux types d’examen. Le premier contrôle le niveau de Français, le second porte sur le civisme. Selon la demande : carte pluriannuelle ou carte de résident, le niveau exigé n’est pas le même.
Pour obtenir une carte de résident, l’examen de français comporte quatre épreuves : trois épreuves que d’autres candidats passent en même temps dans la même salle et une épreuve où chaque candidat est seul devant deux examinateurs, en principe. Il s’agit de vérifier la compréhension orale du candidat (écoute d’un extrait d’émission de radio suivie de questions sur le sujet diffusé.) Puis vient le test de compréhension écrite (questions sur un document écrit.) Il faut ensuite rédiger trois courts textes, raconter une expérience, décrire ses émotions, ses réactions. Reste un entretien oral pendant lequel le postulant doit parler de lui, entretenir une conversation et donner son avis sur un document tiré au sort.
Chaque épreuve est notée sur 25 points. Pour obtenir le diplôme, il faut au minimum 50 points sur 100 et au minimum 5 points sur 25 par épreuve. Une note en dessous de 5 sur 25 est éliminatoire.
L’examen civique vise à vérifier ce que connait le candidat de la République française et du fonctionnement de la société française. Il dure 45 minutes et comporte 40 questions à choix multiples qui portent sur cinq thématiques : les principes et les valeurs de la République française, le système institutionnel et politique, les droits et les devoirs, l’histoire, géographie et la culture française. Pour réussir l’examen, il faut obtenir 32 bonnes réponses. L’une des candidates a confié en riant : « En m’entraînant, j’ai découvert que je suis incollable sur les pâtisseries : millefeuilles, opéras, éclairs…Même si la gastronomie fait partie de la culture, je ne vois pas très bien ce que ce sujet a à voir avec le civisme ! J’aurais compris qu’on me demande de savoir qu’en France, les homosexuels ne doivent pas être discriminés, ou que l’on puisse se passer de croyance religieuse, mais pas qu’on me demande ce qu’est un Paris-Brest ! »

Un terrible arbitraire administratif
« Depuis le 1er janvier 2026, pour toute première demande de titre de séjour, qu’il s’agisse d’une carte de séjour pluriannuelle ou d’une carte de résident, par des ressortissants de pays non membres de l’Union Européenne, la réussite à l’examen civique est nécessaire. Dans le cas d’un renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle ou de la carte de résident, l’examen civique n’est pas nécessaire. »
Oui mais… Un candidat australien qui vit en France depuis plus de 40 ans et actuellement à Paris, demandeur d’une énième carte de résident, a dû attester de son niveau de langue et passer l’examen civique. La préfecture de Paris a requis sa présence à ces examens puisqu’ils ne les avaient pas passés pour les renouvellements précédents. Certes, l’examen de civisme n’existait pas jusqu’à présent !
Cette exigence est en contradiction avec les conditions pour le renouvellement des cartes de résident : « justifier d’un niveau de français minimum B1, ne s’applique que pour la première délivrance de la carte de résident » (article L.413-7 Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : CESEDA)
Cette incohérence a déjà été signalée à la Direction générale des étrangers en France (DGEF). Mais, selon les préfectures, les textes sont interprétés différemment ou, pour le moins de façon floue, suite à des jurisprudences administratives et à des choix d’organisation. Où qu’il soit sur le territoire français, un étranger devrait pourtant être traité de la même façon.
Autre anomalie : les personnes de plus de 65 ans peuvent demander une dispense à la préfecture. En revanche, les analphabètes ne sont pas dispensés.
Des injustices flagrantes
Un médecin asiatique, candidat pour le renouvellement de sa carte de résident, exprime sa colère : « C’est trop injuste, ces examens ! Je pense à deux femmes qui font le ménage à l’hôpital, l’une vient du Cap vert, l’autre d’Haïti. L’une et l’autre ont des insuffisances de vocabulaires et de grosses lacunes en grammaire bien qu’elles soient en France depuis plus de vingt ans. Elles ne pourraient jamais réussir les épreuves de français écrites et orales que je viens de passer. Même moi qui ai suivi de longues études, j’ai commis des erreurs. Un jour ou l’autre, elles seront déchues, perdrons les droits acquis et se retrouveront avec une carte valable pour seulement un an. Pendant l’épidémie de Covid, souvenez-vous, les gens applaudissaient ces femmes qui travaillaient dans les hôpitaux, les maisons de retraite, femmes de ménage, aides-soignantes, les éboueurs qui ramassaient les ordures, tous ces étrangers. A-t-on oublié que la France aurait été paralysée sans eux ? Ce que leur demande désormais l’État pour renouveler leur carte de résident est cruel ! Ces gens ont leur vie ici, ils ont des enfants, certains ont des petits-enfants en France. Leur vie est déjà suffisamment difficile pour qu’on n’y ajoute pas des complications : des examens ! Ces tracas sont-ils le prix à payer pour penser qu’on a beaucoup de chance d’être accueilli dans un aussi beau pays ? »
Il a tout dit ou presque. Les exigences en Français ont été rehaussées à l’oral comme à l’écrit : de A1 à A2 pour une carte pluriannuelle (niveau, en langue vivante, d’une classe de quatrième au collège) et, pour la carte de résident, de A2 à B1 (niveau attendu pour la première langue vivante en classe de première au lycée).
Pour atteindre cet objectif, les personnes pouvaient bénéficier, de la part de l’État, de 100 heures de formation en français en présentiel. Désormais, l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFIL) oriente les personnes vers une plateforme numérique pour un apprentissage en ligne et en totale autonomie. Pas de professeur, les cours sont remplacés par des exercices corrigés par l’intelligence artificielle. Un chatbot permet aux apprenants de poser leurs questions. Seuls, les grands débutants, ceux qui n’ont jamais été scolarisés (beaucoup de femmes) et éprouvent des difficultés pour la lecture et l’écriture, continuent à bénéficier de 600 heures de formation en présentiel. Mais le nombre de centres de formation a été divisé par trois ; davantage sont ainsi éloignés du domicile de nombreux candidats. En résumé, l’État durcit les exigences de maîtrise du français et dégrade les conditions pour les atteindre.
À cela, s’ajoutent les coûts des examens : français : 160€ ; civisme 70€ ; auxquels il faut ajouter 225€ pour une carte de résident.
Flou, arbitraire, dysfonctionnements informatiques, erreurs… En résumé : maltraitance administrative. S’agirait-il de réduire le nombre de titres de séjour de longue durée et d’augmenter le nombre d’étrangers en situation précaire ou de les transformer en sans-papiers ? Et la circulaire Retailleau d’avril 2025, appliquée depuis janvier dernier, en rajoute sur les critères de naturalisation.
Tiens, une autre nouvelle vient de tomber : pour la 33e édition, le Grand Prix de la baguette de la Ville de Paris est décerné à Sithamparappillai Jegatheepan, français d’origine Sri Lankaise, artisan boulanger dont la boulangerie « Fournil Didot » est située 103, rue Didot (14e).
Joëlle Chabert de RCI – Réseau Chrétien-Immigrés





