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Un vendredi dans la rue, suite

Post scriptum. Fin janvier, sur ce site, un article racontait une journée des gens de la rue (à retrouver ICI.) Parmi eux, des consommateurs de substances psychoactives. Pourquoi cette suite ? Parce qu’un nouvel arrêté préfectoral vient de tomber.

Un autre jour est arrivé

Le vendredi 20 février, lors de la permanence du camion CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement pour la réduction des risques auprès des usagers de drogue), Virginie annonce qu’elle et son compagnon se sont fait virer des tunnels où ils s’abritaient. Les forces de l’ordre ont justifié cette éviction par un nouvel arrêté préfectoral interdisant la présence des usagers de crack dans les rues Saint-Denis, et Faubourg Saint-Denis, Rambuteau, Etienne Marcel, Turbigo, Cléry, de la Lune, Mondétour, Montmartre, des Jeûneurs et sur les boulevards Bonne Nouvelle, Montmartre, Poissonnières, ainsi que dans les voies souterraines des Halles, entre autres. En tout, après lecture de l’arrêté, 130 rues, places, parcs… dans Paris intra-muros et plus d’une quarantaine en Seine-Saint-Denis et dans le secteur de la Porte d’Aubervilliers.

Virginie précise :  les Forces de l’ordre lui ont interdit de fréquenter ces rues et, si elle y traîne, ils l’interpelleront ainsi que son amoureux.

Face aux protestations de Virginie, expliquant que cette interdiction d’être présente dans ces rues la met en difficulté, les Forces de l’ordre lui ont conseillé de se rendre dans les associations d’aide aux usagers de drogues. Or, a-t-elle répondu, les associations qui la soutiennent sont localisées précisément sur ces rues qui lui sont interdites. 

L’arrêté préfectoral, signé le 30 décembre 2025 pour le premier trimestre 2026, spécifie : « Les regroupements de personnes sous l’emprise de cocaïne base dit « crack » ou en manque de ce produit stupéfiant sont interdits dans les secteurs mentionnés. » Quand les Forces de l’ordre ont évincé Virginie du tunnel, elle était seule (ou, peut-être, avec son compagnon) ce qui ne constitue nullement un « regroupement de personnes ». Elles ont donc outrepassé ce que cet arrêté prévoit.

Ce type d’arrêté préfectoral n’est pas nouveau. Cela fait quelques années que la préfecture en produit, par exemple pendant la période des JO et celle qui les a précédés.  Mais il semble que les rues et boulevards concernés ne cessent de se multiplier. Les associations qui travaillent à la réduction des risques ont contesté ces arrêtés auprès du tribunal administratif, sans succès pour l’instant.  À suivre…

CategoriesActualité
Joëlle Chabert

Joëlle Choisnard Chabert, géographe et journaliste retraitée. Autrice d’ouvrages pour adultes et pour enfants édités chez Bayard France et Canada, Salvator, Albin Michel. Thèmes : société, christianisme, vieillissement.

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