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Dimanche 22 mars 2026. « Déliez-le, et laissez-le aller »

En ce cinquième dimanche de Carême, nous retrouvons Lazare, qui nous fait passer des ténèbres du tombeau à la lumière du jour. Quelles sont nos résurrections, nos libérations ?

Entrée en prière en musique
Verdi, Nabucco, Le chœur des prisonniers

Accueil

Bonjour et bienvenue à chacune et chacun, que vous soyez fidèles à ce rendez-vous du dimanche ou peut-être connectés pour la première fois ce matin.
Nous nous rendons présents les uns aux autres pour écouter la Parole de Dieu et la laisser résonner en nous, pour partager nos joies et nos peines, nos espoirs et notre espérance. Ce monde est marqué par la mort, processus naturel au coeur du vivant, mais qui advient hélas trop tôt du fait de maladies ou de guerres, dont le pouvoir de destruction augmente avec les performances technologiques. Au milieu des destructions : des vies anéanties.

Lundi dernier, en préparant notre rencontre et la messe en plein monde d’hier soir à Notre-Dame des Anges, nos échanges furent nourris sur le texte de la résurrection de Lazare dans l’Évangile selon Jean, enrichis par le texte du prophète Ézéchiel : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter. Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez », puis par la lettre de Paul aux Romains : « L’Esprit de Dieu habite en nous. L’Esprit vous fait vivre. L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

Comment reprendre souffle et vie en ce 5e dimanche de Carême ? Laissons-nous conduire à la suite de Jésus, saisi d’émotion par les larmes et pleurant lui-même. Jésus si humain, que l’évangéliste note, comme en contrepoint, le choix de Jésus de faire de la résurrection de Lazare un signe décisif pour croire en lui, en sa mission.
Entrons dans la dynamique de transformation de toute célébration à l’écoute de la Parole de Dieu, qui envoie dans le monde pour susciter plus de vie, nous qui sommes réunis au nom du Père, du Fils et de l’Esprit qui habite en nous. Et demandons au Seigneur d’écouter notre appel et d’être attentif au cri de nos prières.

Éliane

Psaume 129

Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

Yazd, Iran, Photo wikimedia commons

Méditation en musique Durme, Hermosa Donzella, Invocation à la nuit

Photo de Simon Wilkes sur Unsplash

📖  Évangile de Jésus-Christ selon Jean  (Jn 11, 1-45)

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que, par elle, le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

♫  Méditation en musique
Capilla Flamenca, Esprits d’amours : Miniatures flamandes, Les larmes

Gérard de Saint Jean, La Résurrection de Lazare avec un couple de donateurs et leur fille, 15 siècle. Collection du Louvre
Gérard de Saint Jean, La Résurrection de Lazare avec un couple de donateurs et leur fille, 15 siècle. Collection du Louvre

Résonance

Dans ce texte, nous passons des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. Lazare est tiré de son sommeil, et il est invité à sortir du fond de son trou dont on a retiré la pierre, pour venir au-dehors. « Lazare, viens dehors ! » Dans le texte de Paul évoqué dans le temps d’accueil, il s’agissait aussi de ne pas vivre seulement prisonnier de sa chair, mais animé par l’esprit, – que le souffle soit dans la chair.
Jésus ordonne de délier Lazare, et de le laisser aller : « Déliez-le et laissez-le aller ». C’est donc à la fois un mouvement de résurrection et de libération. Déliez-vous les uns les autres ? Cette façon de défaire les liens pourrait aussi évoquer le pardon, ou la façon de lâcher prise après un deuil. Et puis où va-t-il aller, Lazare, pour faire quoi ? Cela pourrait-il être un envoi en mission ? À la préparation, l’une d’entre nous a suggéré que ce sont ses sœurs qui pourraient le lâcher un peu. Moi, je pense qu’il s’est retrouvé dans la situation que nous nous posons tous théoriquement : si voilà un morceau de vie imprévu qui m’est donné en plus, gratuitement, que vais-je en faire, de façon d’autant plus libre et « déliée » que j’ai déjà connu la mort ?
Et au-delà, ce matin, comment puis-je entendre cette expression de délier l’autre ou d’être délié.e par l’autre ?

Blandine

Temps du partage

♫  Méditation en musique Bela Bartok, Joc cu bâta (libertés)

Photo d’Engin Akyurt sur Unsplash

Quelques échos du partage :

  • Comme avocate plaidant dans des dossiers de divorces pendant 40 ans, il a fallu restaurer la paix dans les familles, avec l’aide des confrères des autres parties.
  • Pas de vie sans l’autre, qui vous aide et vous accompagne.
  • Les trahisons (au travail, d’un ami, de l’Église…) sont des morts que j’ai vécues douloureusement ; l’Esprit est là pour nous accompagner dans nos rebonds.
  • Quand une amie m’a dit : « si tu veux dessiner, lance-toi, et fais ce que tu veux », ça m’a libéré, et ça a libéré ma créativité.
  • « Tout ce que vous aurez lié/délié sur la Terre sera lié/délié dans les cieux » : il nous faut créer de nouveaux liens d’attachement, pour mettre à distance ceux qui ne peuvent plus nous tenir vivants.
  • Dans le parcours d’accompagnement pour sortir des addictions (alcool, drogues), c’est le collectif qui nous rétablit chacun, en nous disant : « Nous, on a confiance en toi ».
  • Les liens qui libèrent, ou qui entravent ; c’est difficile d’accompagner de façon juste, face à l’emprise nocive de certains liens familiaux.
  • Les migrants font preuve de courage pour se libérer, en coupant leurs liens familiaux pour aller vivre ailleurs.
  • Un ami divorcé m’a dit sa souffrance, parce qu’il n’osait plus aller communier. Je lui ai dit que je pensais qu’il pouvait y aller, et nous y sommes allés ensemble. Ce fut une grande joie, pour lui comme pour moi.
  • Comme psychanalyste, j’écoute ceux que j’accompagne ; mais ce sont eux-mêmes qui veulent se délier, et font le travail.
  • Se délier des liens de nos vies quotidiennes : ceux de l’information (comment diversifier ses sources ?), le poids des biens matériels, les liens relationnels (la rencontre de la différence permet de se libérer).
  • Il faut discerner quelle est la pierre qui ferme notre grotte.
  • Suite à une conversation téléphonique avec une amie épuisée, aidante d’un patient Alzheimer, elle s’est sentie autorisée à se libérer.
  • Délier est essentiel. Comme veuf, on est relié à quelqu’un et à toute une histoire, on ne peut se délier tout seul. Mais il reste des traces de la corde, longtemps, qu’on peut aussi vouloir garder.
  • Pris en otages entre Tchad et Soudan, nous ne nous en sommes sortis que grâce à notre solidarité entre otages.

♫ Chant : Détachez vos liens de la mort I 318

Paroles : A. Cabantous – Musique : L. Boldrini

Détachez vos liens de la mort,
Laissez-vous aller vers la vie
Retirez la pierre, dehors,
Le jour a relevé la vie


1/ Nous traînons cette odeur de cendre
Dans nos églises et nos maisons
En silence, nous t’appelons
Et nous pleurons sans te comprendre.

2/ Tu montres à nos cœurs une danse
Mais au moment de se lever,
Nous sentons nos corps entravés
Par le refus d’une naissance.

3/ Ta voix s’étend au bord des tombes
Et nous invite à découvrir
Le gué que nous pouvons franchir
Pour vivre ton amour au monde.

Résurrection - Photo Bruno Van Der Kraan Unsplash
Photo Bruno Van Der Kraan sur Unsplash

Prière universelle

Dieu de tendresse,
donne-nous un cœur qui sache écouter.
Car les pauvres ne crient pas toujours fort :
parfois leur voix est un murmure,
parfois un silence qui pèse,
parfois un regard qui demande
sans oser demander.
Midrash Tehillim (18:28)


♫ Refrain
Dieu de tendresse, regarde ton peuple, écoute-nous, exauce-nous

Quelques-unes des intentions librement partagées :

  • Pour les candidats qui ne seront pas élus et vont vivre l’échec, se sentir « pas reconnus ».
  • Rendons grâce pour la vie de Bernard Sadier, qui nous déliait de nos conforts et égoïsmes ; qu’elle continue de nous inspirer.
  • Pour la Journée internationale de l’eau : que nous sachions respecter ce bien commun indispensable à la vie.
  • Donne-moi la patience de continuer à écouter mes amis bipolaire et schizophrène, malgré mon impuissance.
  • Pour ma maman, qui était prête à mourir, mais doit encore patienter et retrouver le goût de vivre parmi nous.
  • Je te rends grâce pour cette fête du nouvel an iranien à laquelle j’ai participé hier, et pour la joie à partager.
  • Prions pour que les associations d’aide aux migrants, qui seront reçues le 26 mars à l’Assemblée nationale, arrivent à ouvrir des chemins.
  • Marthe et Marie priaient en interpelant le Christ : sachons en faire autant !

Notre Père

Bénédiction

Le Socle

Bon dimanche et bonne semaine

Vous êtes attendus nombreux lundi 23 mars à 19 h pour la préparation de la prochaine rencontre autour de la Parole qui aura lieu dimanche 29 mars à 11 h en Visio.

Mercredi 25 mars de 19 h à 20 h 30 : première préparation de la messe de Pâques -en Visio- : lien sur l’agenda du site

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