Les articles qui ne pourraient être considérés comme l’expression de la communauté sont publiés dans cette rubrique Tribune, ouverte aux expressions et prises de position individuelles.
Jusqu’à quand laissera-t-on mourir de faim spirituelle des personnes pour sauver ce principe sacro-saint, à savoir que seuls les hommes ordonnés peuvent rassembler autour du repas de Jésus…
Permettez-moi d’oser… Oser un point de vue tout personnel !
Tant que la présence d’un prêtre sera exigée pour célébrer le repas de Jésus, et « faire la consécration », rien ne pourra avancer fondamentalement dans l’Église catholique.
Tant que ce repas ne sera pas considéré possible sans prêtre transformant le pain et le vin en corps et sang de Jésus, il n’y aura pas de vraie réforme systémique de l’Église. Actuellement, l’absence de cet « homme revêtu d’un pouvoir sacré » interdit toute eucharistie avec consécration, toute « vraie » messe.
Tant qu’on n’aura pas le courage de célébrer le repas du Seigneur dans sa vérité et sa totalité, comme un repas fraternel, même sans prêtre ordonné, le « système catholique » restera paralysé et inamovible à la racine.
Oser le dire, c’est probablement s’exposer à attaques et condamnations.
Et pourtant, c’est, à mon avis, ce qui sous-tend cette exigence de ne faire l’eucharistie qu’avec des hommes ordonnés : cela emprisonne la communauté catholique.
Jusqu’à quand laissera-t-on mourir de faim spirituelle des personnes, des communautés, des régions, des pays même, pour sauver ce principe sacro-saint, à savoir que seuls les prêtres peuvent rassembler autour du repas de Jésus ?
Est-ce vraiment cela être gardien de la parole et de la vie de Jésus ?
Qu’est-ce qui est sacré : le « rite Eucharistie » vécu autour d’un prêtre, ou l’alimentation spirituelle d’hommes et de femmes de partout, appelés à participer à la construction d’un univers plus humain, où chacun est unique, a une valeur irremplaçable ?
Par ce repli systématique sur le pouvoir eucharistique, l’Église, qui veut annoncer la Vie, n’est-elle pas cause de mort, ou, au mieux, seulement gardienne d’un musée ? Le repas autour de Jésus et de sa parole n’est, à mon avis, la propriété de personne même s’il est, quoique rigidifié et ritualisé, amoureusement conservé et transmis comme un moment majeur de sa vie avec ses disciples.
Jésus appartient-Il à quelques-uns, ou est-il cadeau fait à tous ?
« Prenez, mangez ma parole, ma bonne nouvelle, ma vie donnée, c’est pour vous, sans distinction ! Venez à moi vous tous qui peinez… »
Cela n’est le privilège d’aucun pouvoir, d’aucune structure si vénérable soit-elle, au contraire !
« Allez ! Faites des disciples, plongez-les tous dans cette bonne nouvelle de vie ! »
Et pourquoi n’entendrions-nous pas Jésus nous redire :
« Les lois et traditions sont faites pour les humains et non pas l’inverse !
Vivez et inventez librement ce dernier moment d’amitié et de confidence si intense, le repas partagé en mémoire de moi !
Avancez, soyez fou, osez parier pour la vie, pour la parole, données à tous les habitants du monde ! Prenez ! Mangez ! Vivez ! Aimez…
Faites ceci en mémoire de moi ! Je suis venu pour que vive le monde ! »
Voilà ce que simplement je crois entendre, j’ai joie à en risquer le partage avec toi lecteur.





s’accrocher à cette revendication (de vouloir célébrer une « vraie messe » sans la présence d’un prêtre), c’est encore trop considérer l’eucharistie comme un rite qui fonctionne de manière magique : le pain et le vin deviennent corps et sang du Christ qui peuvent nourrir salutairement toute l’assemblée. Alors que des chrétiens pourraient se réunir pour simplement revivre un événement qui est antérieur à l’apparition de l’eucharistie, à savoir le repas du Seigneur, que les premières communautés vivaient en souvenir de la Cène. Un moment où l’on peut vivre la gravité de ce qui se vit dans nos communautés (un jeune qui présente sa session d’examens, faire un choix de carrière éclairé et assumer les retombées négatives éventuelles de ce choix, prendre position dans certains conflits, …) On pourrait retrouver l’ambiance de crise qui réunissait une dernière fois les moines de Tibérine, les disciples autour de Jésus lors de la dernière Cène, … Saint Paul semble bien connaître ce « repas du Seigneur » des premières communautés chrétiennes et quand il sent la nécessité d’en parler ce n’est pas pour déplorer l’absence d’un ministre ordonné pour le présider. Il déplore plutôt la mauvaise habitude que prennent certaines communautés, à savoir de fonctionner dans un entre soi bourgeois où les pauvres, les esclaves, en sont réduits à manger les miettes qu’on leur laisse. Le souci d’un réel partage est probablement la première exigence que doit viser ce « repas du Seigneur » plutôt que l’observance de protocoles rituels.
Nous avons reçu par mail le commentaire de Jean Verrier : « Je partage complètement ce point de vue et je me réjouis devoir qu’une communauté chrétienne laisse la porte ouverte d’une tribune à qui ose dire ce que tout le monde n’ose pas dire. »