D

Dimanche 20 septembre 2026. « Mes pensées ne sont pas vos pensées »

« Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit Dieu en Isaïe. « La justice du Royaume n’est pas celle des hommes », suggère Jésus dans la parabole des ouvriers de la dernière heure. Et nous, comment nous situons-nous dans ce renversement des valeurs que nous propose l’Evangile ?

Accueil

Bonjour et bienvenue à toutes et à tous, habitué.e.s, nouveaux ou de passage pour cette rencontre en visio autour de la Parole de vie.
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » nous dit Dieu tout à trac dans Isaïe, prophète mort il y a vingt-huit siècles. Et pourtant les disciples de Jésus, qui connaissent bien ce texte, continuent à être surpris quand Jésus leur suggère la même réalité, avec d’autres mots, huit cents ans plus tard, puis nous-mêmes quand nous le lisons dans l’Evangile encore deux mille ans après. Car la Parabole du jour, sur les ouvriers de la dernière heure, illustre à quel point les critères pour évaluer ce qui est juste, dans le Royaume, sont différents des nôtres.
Célébrons ensemble ce matin ce monde à l’envers de nos certitudes et références habituelles, au nom du Père, du Fils, et de l’Esprit.

Blandine

📖   Lecture du livre d’Isaïe (55, 6-9)

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Méditation musicale : The sound of Silence – Version pour violoncelle

📖   Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu (20, 1-16)

En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.’ Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? ’Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi.’
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?’ C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Sculpture 18198 640
Image par PublicDomainPictures de Pixabay

Résonances

La parabole que nous venons d’entendre est l’une des plus connue : les ouvriers de la dernière heure. Je retiens dans cette parabole, citée par Matthieu dans son évangile, l’insistance extraordinaire  du maitre de la vigne à vouloir embaucher des ouvriers à tout prix. Neuf heures, midi, trois heures et encore à cinq heures il sort lui-même pour les inviter à travailler à sa vigne. Il leur promet une juste rétribution, quant aux derniers seulement « Allez à ma vigne vous aussi ».
Ce geste d’invitation répété est bien le signe de l’amour du maitre (Dieu) inconditionnel et total. Aux yeux de Dieu chacun individuellement a une valeur identique. A tel point qu’il donnera la même somme d’argent à tous, aux derniers comme aux premiers. J’aime particulièrement cette phrase de la parabole : « Je vous donnerai ce qui est juste ». Ce n’est pas une notion de justice humaine mais une preuve d’amour non quantitative. Au point de renvoyer l’ouvrier de la première heure, qui demande justice, d’une manière brutale : « Prends ce qui te revient, et va-t’en ». La justice de Dieu n’est pas la justice des hommes car comme le dit Isaïe « mes pensées ne sont pas vos pensées ». Dieu renverse la table.

Bernard

♫ Méditation musicale : A Winged Victory for the Sullen, Le renversement

Nous avons tous pu observer les situations suivantes : un enfant joue tranquillement avec un jouet jusqu’au moment où l’enfant voisin prend un autre jouet non loin de là, le premier sort alors de son jeu pour chercher à prendre celui que son voisin utilise. Ou bien un parent s’amuse avec un petit sur ses genoux ; le frère ou la sœur aîné.e, comme s’il était moins aimé, va tenter de capter l’attention et l’amour de l’adulte et vient perturber le jeu. Ce sont des situations où quelqu’un ne se sent par reconnu à sa juste valeur et a l’impression de ne pas être à la bonne place.
J’ai l’impression que c’est ce qui se joue dans la parabole de cet Évangile ; ce qui arrive de bon à un autre peut engendrer chez moi le ressenti d’être à la mauvaise place, de ne pas être aimé ou de ne pas être reconnu à ma juste valeur, ceci me donnant un « regard mauvais ». « Alors ton regard est-il mauvais parce que je suis bon ? » dit le maître dans la parabole. Nous butons sur le chemin de l’accueil et de la construction du royaume qui est le domaine du don gratuit partagé et non du droit. Nous nous trompons si souvent de cible, nous nous accrochons au doigt qui montre et non à ce que montre le doigt. Les lois de la Vie ne sont pas selon nos pensées ou nos désirs. Cela doit être inhérent à notre nature humaine puisque le prophète Isaïe fait déjà dire à Dieu : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins. »
Que nous montre la parole du maitre dans cet l’Évangile en disant : « Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi » ? Nous allons pouvoir partager nos différentes manières de recevoir cette Bonne Nouvelle.

Michel

Partage

Photo de Patricia Serna sur Unsplash

Méditation en musique : Tyron James, A little sunshin

Quelques échos du partage :

  • Si le maître avait donné proportionnellement leur salaire aux derniers ouvriers, il n’aurait pas respecté leur dignité, car cela ne leur aurait pas permis de vivre.
  • La reconnaissance de la contribution de chacun, quelle qu’elle soit, est une forme d’équité.
  • Le lien d’amour avec Dieu n’est pas une « récompense ».
  • La parabole est un appel à ne pas nous comparer, nous commes chacun unique. La comparaison tue l’amour.
  • Je suis naturellement jaloux, il me faut tout un chemin pour en sortir.
  • Il est bon de savoir reconnaitre notre chance. Comment en discuter avec ceux qui en ont moins ?
  • La comparaison est aussi dans la jeunesse une force de vie, de progrès, de maturation – on apprend en imitant. Mais il faut apprendre à la lâcher, à la relativiser, en prenant de l’âge (où ça devient aussi plus facile).
  • L’amour ne se met pas en morceaux et en quantités.
  • Le maître veut nous faire entrer dans le système de la grâce, pas dans celui du droit.
  • Toute la société est construite sur la comparaison, c’est trop facile de demander aux riches de ne pas comparer, pensons à la situation des pauvres ! Ces discours me mettent mal à l’aise.
  • Caïn et Abel sont un exemple de comparaison mortifère. Joseph Pierron nous disait que le Royaume est de l’ordre de la multiplication, pas de l’addition ou de la soustraction.
  • Cette Parabole est un message d’amour, dans l’amour on ne compare pas ; la comparaison est destructrice, elle nous enferme en nous-mêmes, alors que l’amour nous dépasse.
  • Dieu ne mesure pas l’amour, il prend soin de chacun là où il en est. La justice sociale passera-t-elle par le revenu universel ?
  • Donner autant, ce n’est pas donner la même chose.

Tu donnes leur nom aux oiseaux,
Tu sais celui des fleurs des champs,
Tu scrutes le ciel et le vent ;
« Voyez, demain il fera beau ! »

REFRAIN
Et puis, et puis, tu marches sur la mer
Tu changes l’eau en vin,
Tu multiplies les pains,
Tu mets tout à l’envers !



Tu n’aimes ni l’or ni l’argent,
Tu n’as ni table ni maison,
Tu vas sans arme ni bâton,
Tu aimes les jeux des enfants.


Tu viens t’asseoir chez les pécheurs,
Ta place est avec les petits ;
Pour toi, le riche est démuni,
Pour toi, tout homme est un Seigneur.

Photo Alin-Andersen on unsplash

Prière universelle

♫ Refrain :
Dieu de tendresse regarde ton peuple,
écoute-nous, exauce-nous

Quelques échos des intentions partagées, appels à l’aide de l’Esprit et actions de grâce mêlés :

  • Apprenons à dire la bienveillance de Dieu pour nous.
  • Après un passage aux urgences hier, je rends grâce pour la bienveillance du personnel hospitalier et la gentillesse des amis qui sont passés pour essayer de me voir.
  • Prions pour tous ces morts anonymes : les morts de la rue chez nous, les corps échangés entre Russes et Ukrainiens là-bas.
  • Je rends grâce pour les 150 citoyens choisis pour être force de proposition lors de la campagne présidentielle.
  • Face à l’IA, que nous découvrions ensemble comment réagir, positivement mais dans la défense de l’humain.
  • Cette après-midi est prévue une manifestation contre les violences policières : pour que nous sachions comment mieux gérer la société avec moins de violence.
  • Prions pour ceux qui luttent pour éviter l’oubli de la situation des Palestiniens, qui se battent pour la justice.
  • Restons silencieux devant le mystère des milliers de disparus du Népal, et laissons-nous bouleverses par la surabondance de la vie qui jaillit de l’Evangile.
  • Prions pour que nos relations avec nos entourages ne soient pas marquées par le calcul.

… et toutes les autres intentions, exprimées ou gardées dans nos coeurs.

Notre Père – inversé –

Photo de Andrik Langfield sur Unsplash

Mon fils / Ma fille, qui es sur la terre,
Fais que ta vie soit le meilleur reflet de mon nom.
Engage-toi pour mon Règne à chaque pas que tu fais,
Dans chaque décision que tu prends,
Dans chaque attitude et chaque geste.
Construis-le pour moi et avec moi.
C’est là ma volonté sur la terre comme au ciel.
Reçois le pain de chaque jour,
Conscient(e) que c’est un privilège et un miracle.
Je te pardonne tes erreurs, tes chutes, tes abandons,
Mais fais de même face à la fragilité de tes frères.
Lutte pour plus de justice et de paix
Et je serai à tes côtés.
N’aie pas peur :
Le mal n’aura pas le dernier mot.
Amen.

Traduit d’après José Maria Rodriguez Olaizola s.j.
(Revue Jesuitas, Primavera 2017, p.9)

Bénédiction et envoi

📖  Psaume 144-145

Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Photo de Joshua Hoehne sur Unsplash


Laisser un commentaire (il apparaitra ici après modération)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.