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Dimanche 29 août 2021. « Accueillez dans la douceur la parole semée en vous »

Entrée en prière : Stravinsky : Three Easy Pieces (piano à quatre mains) – valse

Accueil : un supplément de vie

Bon jour ! Heureux de vous voir, non pas remplir des chaises, mais remplir nos yeux à tous. Que nous offrirons-nous ce matin ? Nous n’avons rien d’autre à nous donner qu’un supplément de vie :
– supplément de vie possible, grâce aux paroles diverses que nous propose la grande communauté Église ce matin,
– supplément de vie aussi par L’Esprit qui parle en chacun de nous,
– et encore supplément de vie grâce aux paroles que nous échangerons entre nous.
En ces temps où s’élèvent des murs, se dressent des barbelés, se comptabilisent avec froideur les êtres humains sur terre et sur mer, et ce dans des pays de culture chrétienne, comment ne pas évoquer Céline à qui nous avons dit au revoir mardi, elle qui voulait mettre la parole en pratique. Elle doit, là où elle est, piquer une nouvelle colère devant tous ces dénis d’humanité !
Et c’est au cœur de ce monde que nous accueillons avec douceur la parole semée en nous, comme dit Jacques. Cette parole aujourd’hui évoque les commandements prescrits par le Seigneur, le souci de l’autre, le changement du cœur, l’appel à mettre en pratique ce qui sort du meilleur de nous-mêmes.
Écoutons et partageons, nous qui sommes rassemblés au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.

Marie-José et Jean-Luc LD

📖   Lecture du livre du Deutéronome (Dt 4, 1-2.6-8)

Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

Pourquoi un alléluia ? Quel sens a cette acclamation rituelle que nous entonnons sans toujours y penser si ce n’est qu’elle permet de « proclamer » – comme chacun sait – la « Parole de Dieu ». Pas tout à fait ou plutôt pas seulement. Le texte du Deutéronome annonçait, parlait de Dieu, du Dieu d’Israël. Mais Dieu se fait homme et ce moment de la liturgie où l’on passe de l’Ancien au Nouveau Testament mérite toute notre attention, que l’on ouvre nos oreilles et notre cœur à cette Bonne Nouvelle que quelques hommes il y a environ 2000 ans ont tenté de relater, bouleversés par ce qu’ils avaient vécu auprès de Jésus, Fils de Dieu.
Avec eux, réjouissons-nous, louons Dieu, faisons éclater notre joie devant ce mystère. Alléluia !

Bénédicte R

Alléluia messe de saint Paul
Vassily Kandinsky, Composition 7, 1913, Tretyakov Gallery, Moscou

📖   Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

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coll. privée G. Renard

Méditation en musique : Orff: Carmina Burana / Uf dem Anger – Dance

Résonnances :

Dans le texte de l’évangile de Marc, il n’y a aucune allusion à des questions d’hygiène pour
ce qui est du lavage des mains et d’autres objets. Pour Jésus il s’agit clairement de mettre
en cause la tradition, comme création purement humaine et qui empêche l’homme de
saisir la présence de Dieu logé dedans, dans son cœur. Il renvoie aux pharisiens la parole
prophétique d’Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». Il
renverse ainsi leur position : ce qui rend impur l’homme ce n’est pas de toucher quelque
chose d’extérieur, mais c’est ce qui peut sortir de lui, de son propre cœur.
Pour moi, deux idées principales se dégagent de ce texte : une opposition
extérieur/intérieur et une redéfinition de l’idée de pureté : pour les pharisiens il y avait
deux catégories de personnes : les purs et les impurs. Frontière très importante dans le
judaïsme. Jésus remplace l’idée de pur et d’impur par la notion du bien et du mal. Il nous
libère de la crainte d’une contamination extérieure. C’est du dedans de l’homme que sort
la méchanceté, l’orgueil, la démesure … tout ce qui peut faire mal à l’autre. Heureusement
aussi il peut sortir tout ce qui est bon, beau et fait du bien.
Ce texte nous invite à lâcher nos habitudes et contraintes extérieures pour aller à
l’essentiel et purifier notre cœur pour essayer de vivre les enseignements de l’Evangile et
les mettre en pratique. Cette idée résonne dans l’épître de Jacques « Mettez la Parole en
pratique, ne vous ne contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion ».

Maria Cecilia G

Les textes d’aujourd’hui forment ensemble un cheminement : le Deutéronome, l’évangile
et la lettre de Jacques. Ils nous proposent trois déplacements, trois étapes de progression,
de prise de conscience, peut-être de libération.
Dans le Deutéronome, Moïse ordonne une loi, il prescrit une morale de comportements. En
principe la loi est utile, elle protège, elle sert à libérer de la violence et à souder la nation.
D’ailleurs, qui peut s’estimer affranchi de toute loi, ou capable de s’en affranchir ?
Dans l’évangile, premier déplacement, Jésus n’apprécie guère le respect de la loi si ce
respect n’est qu’un faux semblant. Il invite donc à se libérer du carcan des morales toutes
faites. Le critère, c’est la cohérence personnelle. D’ailleurs, qui ne se sent pas concerné
quand on parle de faux semblants, d’incohérences entre ce que l’on dit ou ce que l’on fait
et ce que l’on pense vraiment ?
On parle à Jésus de pur et d’impur, au fond, on lui parle de rites et de culte. Il ne dit pas
que personne n’a besoin de rites, de cultes ou de sacré. Chacun a sa propre sensibilité dans
ce domaine. Dans le groupe de préparation, certains disaient qu’ils n’ont plus besoin de
rites ou de sacré, sauf de ceux qui permettent de se rassembler, parce qu’on ne peut pas
croire tout seul. D’autres ont absolument besoin de rites pour eux-mêmes. Pour Jésus, le
culte paraît vain s’il n’est qu’une tradition ou qu’un lieu. Alors, qu’est-ce qui est vraiment
sacré pour nous, qu’est-ce que nous avons de sacré en commun ?
Dans l’évangile Jésus va plus loin. Il change de sujet pour parler du mal. Il dit « Comprenez
bien » : on ne peut pas être plus insistant. Le mal est d’abord le fait de l’être humain, voilà
le secret. Ce n’est pas que l’homme soit mauvais en lui-même, c’est que toutes ses relations
ont des ressorts très profonds qu’il maîtrise à grand peine. Des ressorts positifs comme
l’empathie, l’altruisme ou négatifs comme la jalousie, le ressentiment, l’orgueil. Ce n’est
pas que le mal des catastrophes n’existe pas, le tremblement de terre en Haïti ou la COVID,
c’est que nous sommes responsables d’atténuer le malheur de ceux qui subissent ces
catastrophes, de combattre autant que possible le mal. Le désir fait partie de notre
nature, nous sommes certes le jouet de nos désirs, individuellement et collectivement, et
pourtant rien ne nous empêche de travailler ces désirs pour éloigner méchancetés,
addictions et démesures. Voilà le deuxième déplacement, le secret du Royaume qu’énonce
Jésus en creux, c’est la libération intérieure.
La troisième étape du cheminement, nous a-t-il semblé, est celle de la lettre de Jacques.
Au-delà de la loi et du sacré, au-delà de la libération intérieure, il y a la pratique :
accueillir la Parole dans la douceur, se mettre du côté des victimes traitées injustement.

Jacques D

📖  Lecture de la lettre de saint Jacques (Jc 1, 17-18.21b-22.27)

Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures.

Accueillez dans la douceur
la Parole semée en vous ;
c’est elle qui peut sauver vos âmes.
Mettez la Parole en pratique,
ne vous contentez pas de l’écouter :
ce serait vous faire illusion.

Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure,
c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse,
et de se garder sans tache au milieu du monde.

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« Accueillez dans la douceur
la Parole semée en vous. […]
Mettez la Parole en pratique,
ne vous contentez pas de l’écouter :
ce serait vous faire illusion ».
Comment la lettre de Jacques résonne-t-elle
en nous ?

Chant

coll. privée G. Renard

Pourquoi enfermer ta Parole
Dans ces langages fatigués
Pourquoi s’étonner qu’elle s’envole
Pour dessiner ta liberté

Face aux palais, face aux déserts
Des prophètes, miroir du Livre,
Ont proclamé à ciel ouvert
Que ta vérité rendait libre.

Tu as semé en pleine terre
Dans les broussailles et les fossés
Les espérances de ton Père
Qui, malgré le froid, ont germé.

L’Esprit soufflant vers nos rivages
Bouscule nos corps assoupis
Comme ces vents venus du large
Poussent la voile après la nuit.

Il faut ouvrir aux mots de Dieu
Tous nos temples et leurs chœurs de pierre
Avant que l’homme ne soit vieux
Avant qu’ils ne soient ruine et lierre.

Quelles intentions de prière souhaitez-vous confier ?
………Dieu de tendresse, regarde ton peuple, écoute-nous, exauce-nous
Notre Père
Conclusion

En repartant vers notre quotidien et au cœur de ce monde en douleur d’enfantement,
rappelons-nous que ce n’est pas ce qui entre dans nos oreilles, nos yeux ou notre corps qui tue vraiment, mais c’est parfois ce qui sort de notre cœur qui peut porter destruction et mort.
Que Dieu nous en garde et nous bénisse.

Marie-José et Jean-Luc LD

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