Nous nous plaignons souvent de la lenteur des décisions prises par l’Église. Pourtant, il y a un lieu où elle roule à grande vitesse. En une soixantaine d’années, le caté, celui auquel on participe, enfants de familles « tala (*) », a fait un sacré bond.
Je devais avoir sept ou huit ans le jour où ma maman m’a accompagnée au caté de la paroisse pour la première et … dernière fois. Le prêtre nous a distribué un petit livre enrichi de quelques illustrations en noir et blanc, empli de questions suivies de réponses écrites en gras. Il nous a expliqué ce qui allait se dérouler pendant les trois ans à venir : la première communion, puis la communion et, à la fin, la confirmation. Il y avait une condition pour obtenir tout ça : bien apprendre les leçons du petit livre car nous devions passer chaque année un examen dont le résultat, certainement positif, certifierait que nous étions de bons petits catholiques. Je n’ai pas osé demander ce qui arriverait si on ratait l’examen. Nous avons ouvert le livre. La question du jour était : Qui est Dieu ? Je ne me souviens plus de la réponse qui commençait par : « un pur esprit… » Je suis rentrée chez moi avec le devoir d’apprendre par cœur la réponse pour la rencontre du jeudi suivant. Je n’ai jamais su qui est le Dieu du caté car mon papa, rouge de colère m’a pris le livre des mains et a sermonné ma mère. « Qu’est-ce que c’est que ces c[…]s ? Si on peut définir Dieu en trois lignes, alors c’est qu’il n’est pas Dieu et c’est, en tout cas, la preuve qu’il n’y a pas besoin de trois ans de catéchisme pour le connaître ! Ma fille n’y remettra plus les pieds ! »
Une grand-mère luthérienne et un grand oncle prêtre et chercheur ont pris mon éducation chrétienne en mains.
Fin du premier épisode.
Quelques vingt ans plus tard, me voilà conduisant, à mon tour, mon fils aîné au caté.
Plus rien à apprendre par cœur. Pas de définition de Dieu. Pas de catéchistes non plus, pas assez. Encore un prêtre qui, cette fois, me dit : « Madame, si vous voulez que votre enfant suive un cycle pour découvrir Dieu, devenez catéchiste, ce sera très utile. » Il me conseille une formation et je laisse mon garçon entre les mains de gens qui avaient l’air de savoir comment transmettre la foi.
Au bout d’un an, je reviens, histoire de me rendre utile, formée, ayant retenu, entre autres, que la foi ne se transmet pas, que c’est un cadeau de Dieu. Il s’agit d’éveiller à la confiance, de permettre une première découverte des Évangiles et de montrer comment vivent les chrétiens. Un revirement total depuis le vieux caté de mon enfance ! Je me mets aux parcours catéchétiques intéressants, intelligents, pédagogiques… jusqu’à Pâques. Le prêtre responsable acceptait que les femmes soient actrices de la catéchèse (il n’y avait pas un seul homme à part lui) mais elles n’avaient pas le droit de donner la communion aux enfants qu’elles avaient préparés. Le caté nous confiait les cervelles et les cœurs mais pas touche aux hosties ! Colère. Départ. L’École du dimanche de la petite église réformée voisine était plus accessible : pas de carrefour dangereux à traverser pour mes autres enfants…
Fin du deuxième épisode pendant lequel, je l’ai constaté, le caté avait évolué, s’était bien amélioré.
Troisième épisode.
Il y a quelque temps, j’ai participé à un “webzine“ de la Catho (ISPC) intitulé : Intelligence artificielle et catéchèse. Il s’agissait d’en comprendre les enjeux théologiques et de mesurer son utilisation dans la pastorale catéchétique. Pour moi, ce n’était que simple curiosité d’une grand-mère qui voit ses petits enfants grandir dans ce nouveau monde de l’IA. Comme j’ai suivi le travail, nouveau, d’adaptation du christianisme chez les premières nations du Québec, je me demandais comment le christianisme allait trouver l’inculturation nécessaire dans notre monde contemporain et les générations de l’intelligence artificielle.
Et bien l’Église est à l’heure et à l’œuvre, attentive au « travail de Dieu dans les objets de la technique ». Partant de l’idée que Dieu est constamment en train de créer le monde, on peut penser que l’IA offre à Dieu de nouvelles possibilités de faire avancer son plan de salut. Quant à nous, les humains, elle nous oblige à cultiver le discernement en accordant à l’IA sa juste place en nous souvenant qu’elle est le produit de l’intelligence humaine. En catéchèse, bien employée, l’intelligence artificielle donne accès à une masse d’informations et permet de faire davantage en moins de temps. Mais elle ne remplace pas le témoignage individuel. Il s’agit donc d’apprendre à s’en servir et de surveiller notre manière de l’utiliser, d’être sur nos gardes pour que ne s’affaiblisse pas la capacité de chacun à penser par lui-même. L’intelligence peut faire bon ménage avec la confiance.
Travail ambitieux, mais immense avancée depuis mon “caté par cœur“ !
Juste une réflexion qui m’est venue : tout le monde l’a constaté, la catéchèse a été laissée aux mains des femmes. Y aurait-il un rapport ?
(*) Sobriquet donné aux familles qui vont à la messe