Je suis ignare en théories de l’intelligence artificielle, et d’ailleurs en tout ce qui concerne les artifices en général : en toutes choses je préfère le réel, l’original, l’essentiel, voire le brut (notamment pour le cidre). Mais ne nous voilons pas la face : voilà un phénomène déferlant qui va avoir des conséquences directes sur tous les aspects de notre vie, et qu’il ne sert à rien d’ignorer.
Rappelons-nous d’abord que beaucoup de progrès techniques ont suscité des méfiances ou des peurs qui nous paraissent aujourd’hui risibles : non seulement la locomotive à vapeur, dont les Orléanais n’ont pas fini de se mordre les doigts de l’avoir exilée par prudence à distance de leur ville, ce qui leur vaut encore en 2025 une connexion SNCF problématique ; mais encore l’imprimerie, immense bienfait pour l’humanité, qui a permis de répandre le savoir pour tous, là où les savants prédisaient la perte de mémoire généralisée puisqu’on pourrait désormais la déléguer à du papier plutôt qu’à nos cerveaux.
Les dangers de l’IA, tels qu’ils sont évoqués un peu partout ces jours-ci, sont doubles. D’abord la perte de la maitrise sur des savoirs démultipliés, pas tant parce qu’elle en prend le relais comme l’imprimerie l’a fait en son temps, mais parce qu’elle ouvre la porte aux biais, aux manipulations, voire aux falsifications faciles et profondes : comment vivre dans un monde de fausseté ? Et plus généralement, son omniprésence dans nos vies, depuis nos logiciels de téléphones jusqu’au sommet de l’État, peut nous donner l’impression que le citoyen moyen ne maîtrise plus rien de ce qui se passe, puisque nos interlocuteurs, des commerçants aux soignants, sont eux-mêmes utilisateurs d’un système qui les dépasse et dont personne ne peut vérifier la pertinence : nous sommes obligés de nous fier aveuglément aux concepteurs, eux-mêmes répondant aux directives de dirigeants souvent obscurs. Et celui qui se trouve ne pas être obscur, mais qui s’affiche dans la lumière, Elon Musk, n’inspire pas particulièrement confiance, c’est le moins qu’on puisse dire.
Dans quel monde nous apprêtons-nous à vivre ? Notre vieille Europe arrivera-t-elle à ses fins, pour proposer une régulation raisonnable qui protège les citoyens ? Et pour promouvoir des systèmes d’IA alternatifs à ceux des États-Unis ou de la Chine, évitant ainsi le totalitarisme de pensées formatées, vouées au commerce tout puissant ? Garderons-nous le contrôle de l’intelligence humaine sur les monstres que nous programmons ? À suivre dans de (nombreux) prochains épisodes…

(Abuseur, mais) addict à la consécration
Un article récent de La Croix évoque le profil psychologique des prêtres abuseurs, dont certains « continuent de célébrer la messe dans leur salon ». Est-ce vraiment bon signe pour leur santé mentale, et surtout pour l’Église ? La chronique de Blandine Ayoub