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Un bus pas comme les autres

Depuis mon adolescence, j’utilise le bus, le préférant au métro souterrain qui occulte l‘animation des places et la vie des rues. C’est dire s’il m’est arrivé des aventures, souvent désagréables : pannes, accidents, arrêts à des terminus impromptus, invectives, empoignades variées et toutes sortes de situations imprévues dont on nous dit maintenant qu’il convient de les signaler. 

Il y a quelques jours, j’attendais le bus à mon arrêt habituel au milieu d’un paquet d’usagers auxquels ne vient pas l’idée de se mettre en file par ordre d’arrivée. Au contraire, il s’agit de se placer d’avance à l’endroit où la porte est supposée s’ouvrir… quand le bus stationnera.

Entrez, bienvenue !

Le bus est arrivé, déjà bien plein. La porte avant s’est ouverte. Le chauffeur s’est levé de son siège en s’écriant : « Bienvenue ! Vous entrez dans un bus spécial, le bus du sourire. » Penché au-dessus de la tablette qui le sépare des passagers, il a serré la main à chaque nouvel arrivant, avant de se remettre au volant jusqu’à l’arrêt suivant où il a recommencé son accueil. Ainsi, d’arrêt en arrêt.

À l’intérieur du bus, tout le monde souriait. Mieux : tout le monde se parlait.
Les uns avouaient : – Je n’ai jamais vu ça ! D’autres : – Il est incroyable, ce type ! 
Plusieurs exprimaient un réel plaisir : – Ça fait du bien en rentrant du travail.
Certains renchérissaient : – Oui, ça change des agressions verbales et des râleurs.
Ma voisine a décidé de prolonger son voyage de deux stations, histoire d’en profiter : – C’est tellement rare !
La plupart ont oublié leur téléphone ; ils s’en sont passé sans même s’en rendre compte. Et les gens se cédaient leurs places : – J’en ai profité, à votre tour, Madame.
Nous étions aussi serrés que d’habitude, aussi encombrés de paquets, de valises, de poussettes… mais joyeux.

La RATP embauche

J’ignore si notre bienfaiteur chauffeur fait partie des nouveaux embauchés que la RATP réclamait à cor et à cri ou s’il s’agit d’un “vieux de la vieille“ fatigué de voir des faces de carême et des tristes mines ou d’entendre : – La porte, chauffeur !
Je sais que ce monsieur a totalement bouleversé l‘atmosphère de nos habituels déplacements en bus, ouvrant non seulement ses portes mais les bouches, soudain prêtes à converser avec les inconnus qui suivent le même trajet.
Chacun, en quittant le bus, hurlait : – Au revoir, chauffeur, à bientôt ! Et plusieurs lui adressaient des signes de la main depuis le trottoir.

Désormais, quand j’attends le bus, j’espère me retrouver face à un chauffeur jovial capable de réjouir tout le monde mais… On ne gagne pas à tous les coups.
Le bus du sourire a fait du bien à des dizaines de personnes.
Ne le répétez pas, mais essayez ; il s’agit de la ligne 92 qui va de la Porte d’Orléans à la Porte de Champerret.

Vivre ensemble, sur Pixels

Joëlle Chabert

Joëlle Choisnard Chabert, géographe et journaliste retraitée. Autrice d’ouvrages pour adultes et pour enfants édités chez Bayard France et Canada, Salvator, Albin Michel. Thèmes : société, christianisme, vieillissement.

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