En ce dernier dimanche dit « ordinaire » avant le début du Carême, les textes nous invitent à faire nôtres les chemins ouverts par le Seigneur, par nos choix adultes et responsables, qui font vivre l’esprit de Sa loi au-delà de sa lettre parfois étriquée.
Entrée en prière
Fauré, Sicilienne for cello & piano, op. 78
Accueil
Bonjour à vous tous ! Venons, habités par ce qui a fait notre semaine ; venons, lourds de la mort violente du jeune Quentin à Lyon ; venons avec notre intelligence et notre cœur, venons entendre, venons chercher ce que l’Esprit nous propose de découvrir ! Paul nous met en appétit (1Co2) ; reprenant l’Écriture qui nourrit sa propre foi en Jésus, il nous redit les mots que voici :
‘’Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé.’’ Et bien, c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.
C’est à la lumière de cet Esprit, présent au plus intime de chacun, que nous vous proposons d’entendre l’appel de Jésus ce matin : découvrir avec un cœur renouvelé la loi reçue de Moïse… « On vous a dit…, moi je vous dis… »
N’ayons pas peur ! Il est là, au milieu de nous, quand nous sommes ne serait-ce que deux ou trois, réunis en son nom. Oui, nous sommes bien là au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.
Jean-Luc
♫ Méditation en musique, Arvo Pärt, Da pacem Domine

📖 Lecture de Ben Sira le sage (Si 15, 15-20)
Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.
♫ Méditation en musique, Ravel, Miroirs, M 43 II : Oiseaux tristes

📖 Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu (Mt 5, 17-37)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais. »
♫ Méditation en musique Bach, Suite pour violoncelle n°1 en G majeur

Résonance
Malgré la belle lecture que nous en offre notre ami Jean, ce long texte de l’Evangile selon Mathieu pourrait nous laisser quelque peu assommés, face à ces meurtres et autres adultères. Mais j’aurais envie de formuler ainsi le message qui s’en dégage : attachez-vous à l’esprit, et non pas à la lettre de la loi. Ce qui ne signifie pas une pratique au rabais, sous prétexte qu’elle est dégagée des nombreux petits règlements mesquins, mais bien plutôt qu’on monte le niveau d’exigence au-delà des prescriptions religieuses ou sociales codifiées. D’ailleurs Jésus le dit bien à plusieurs reprises : « Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir ». Il ne nous propose pas l’anarchie du chacun pour soi, mais bien une prise en compte encore plus essentielle du bien de l’autre, encore plus engagée que le cadre légal minimum.
En même temps, me voici responsabilisée devant mes choix de vie, choix personnels nous dit Ben Sira – « Il dépend de ton choix de rester fidèle » -, qui consiste à emprunter un chemin de vie plutôt qu’un chemin mortifère, et ce chemin n’est pas forcément borné de toutes parts par des injonctions ou interdictions précises. Il s’agit de vivre en cohérence avec ma foi, comme une « adulte dans la foi » nous dit Paul dans un passage de sa lettre aux chrétiens de Corinthe (que nous ne lirons pas ce matin). Cette foi adulte s’est dégagée du catéchisme seriné dans notre enfance pour nous laisser discerner par nous-mêmes comment s’orienter à la croisée des chemins. Elle nous conduit à choisir la justesse de l’esprit de la loi, plutôt qu’à nous contenter du balisage parfois étriqué de sa lettre.
Ce qui nous amène à la question proposée pour notre partage fraternel de ce matin : pourquoi, comment, je passe de la lettre de la loi à son esprit ?
Blandine
♫ Méditation en musique, Luna Handpan, Handpan & and violin in the Redwood Sanctuary


Temps de Partage
Pourquoi et comment je passe de la lettre de la loi à son esprit ?
Quelques échos du partage :
- La vie est un chemin, une unité du corps, du coeur et de l’esprit ; la loi n’est qu’un repère figé.
- « L’exception qui confirme la loi »
- « Le droit est droit, la vie est courbe ». Comme dans nos célébrations, où nous créons du neuf à partir d’une trame fixe.
- Jésus nous a montré le chemin, en dépassant la loi avec compassion.
- La loi est faite pour vivre ensemble en harmonie, sinon il faut la changer ; c’est le cas pour 80% des cas, et pour les autres 20% il faut réfléchir, prier, inventer des choses nouvelles.
- On est entre légalité et légitimité, mais avec écoute et intuition – pas intellectuellement, mais dans la vie.
- L’important, c’est l’amour !
- On a le devoir de ne pas appliquer la loi si on la trouve injuste.
- En remettant avec d’autres une loi en cause, on peut attester d’une Parole qui est avant nous et dont on vit.
- Il faut être directement confronté à des histoires de vie difficiles pour comprendre l’amour et être bienveillant au-delà de la loi.
- Rester dans la loi, c’est être en sécurité ; en sortir, c’est l’aventure, en liberté, – avec loyauté et courage.
♫ Chant
Écoute la voix du Seigneur
Prête l’oreille de ton cœur
Qui que tu sois ton Dieu t’appelle
Qui que tu sois il est ton Père
Toi qui aimes la vie,
ô toi qui veux le bonheur
Réponds en fidèle ouvrier
de sa très douce volonté
Réponds en fidèle ouvrier
de l’Évangile et de sa paix
Écoute la voix du Seigneur
Prête l’oreille de ton cœur
Tu entendras que Dieu fait grâce
Tu entendras l’Esprit d’audace
Ecoute la voix du Seigneur
Prête l’oreille de ton cœur
Tu entendras grandir l’Eglise
Tu entendras sa paix promise
Prière universelle
♫ Refrain : Loi de l’esprit, délivre nos coeurs (bis)
Quelques échos des intentions partagées :
- Pour les Iraniens et tous ceux qui vivent sous des lois iniques, et pour ceux qui appliquent la loi avec humanité.
- Pour les Palestiniens et les Israëliens.
- Pour tous les puissants de la Terre qui ne jurent que par la loi du plus fort.
- Pour ceux qui vivent et dorment dans la rue et le froid.
- Pour ceux qui sont atteints par les lois de la maladie.
- Pour ceux qui souffrent de solitude.
- Pour les immigrés marginalisés par des lois administratives complexifiées (quasi kafkaïennes).
- Que l’Esprit nous habite en ces temps d’affrontements pré-électoraux.
- Pour une meilleure capacité d’écoute et de dialogue entre chrétiens.
- Je rends grâce pour le témoignage de Gisèle Pélicot, sa dignité, la richesse qu’elle donne au monde : la loi de l’amour est primordiale !
- Pour notre communauté, que nous conservions le goût de la liberté et d’avancer tous ensemble ; que les groupes Carême nous permettent d’être en harmonie entre nous.
- Pour nous tous, citoyens, pour le discernement dans nos choix et engagements politiques, qu’ils portent au pouvoir des législateurs animés par un esprit de solidarité et d’amour.
Prière de saint François
Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.
Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
Bénédiction





