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Rencontre de Taizé : une bouffée d’Espérance

La 48e Rencontre européenne de Taizé à Paris, du 28 décembre 2025 au 1er janvier 2026, a donné l’occasion à plusieurs membres de notre communauté de participer aux différents ateliers et célébrations, aux chants, à l’accueil et à l’hébergement des participants. Au témoignage d’Alexandra s’ajoutent les petits échos de quelques-uns d’entre eux.

En tant que bénévole, j’ai eu la joie de participer à la Rencontre européenne de Taizé à Paris fin décembre 2025. La situation géopolitique n’était plus celle des précédentes rencontres à Paris, qui avaient rassemblé jusqu’à 100 000 participants en 1994. À l’époque, le mur de Berlin venait de tomber et les jeunes de l’Est découvraient l’Ouest.
Pour cette édition 2025-2026, après le tournant et la très importante baisse des inscrits avant et après le Covid, environ 15 000 participants de 72 nationalités se sont réunis, dont 6 000 jeunes Français.
Par ailleurs l’œcuménisme – vocation initiale des Frères de la colline bourguignonne – m’a paru moins manifeste qu’auparavant en raison des interventions diverses des responsables catholiques dans les médias français et au cours des grands rassemblements alors que les pèlerins étaient plus divers (orthodoxes, catholiques, protestants dont évangéliques…), venant du monde entier, sans oublier la présence d’un millier d’ukrainiens.
A noter également, le peu de prises de parole féminines et l’iconographie totalement masculine lors des grands rassemblements. Heureusement, la réalité des pèlerins et de leur expérience vécue a permis de bien mette en valeur la complémentarité des différences.

D’autres dimensions méritent d’être mises en lumière

D’abord, un déploiement géographique notable bien au-delà de Paris intra-muros : malgré un partenariat raté avec les transports locaux, c’est toute l’Île-de-France qui a bénéficié de cette bouffée d’air frais offerte par les jeunes.
L’accueil en familles et paroisses a permis d’éviter totalement l’anonymat des gymnases et de tisser des liens authentiques entre générations et cultures, notamment lors des veillées du Nouvel An décentralisées, priantes puis festives, aux couleurs de toutes les délégations.
La modernisation de la logistique (mise en place d’une application au service de la coordination et de l’organisation) a facilité les rencontres et mouvements sans nuire à l’esprit de simplicité et d’improvisation qui font le charme de Taizé.
La distribution des repas au pied de la Tour Eiffel a judicieusement permis de canaliser l’effet « touristes à Paris » et donnait l’occasion de joyeuses discussions aux allures de Pentecôte : chacun arrivant à s’entendre en dépassant l’obstacle des langues.

Des signes forts dans un contexte bouleversé

Le contexte mondial, marqué par la violence, la guerre et les tensions internationales, a déplacé le centre de gravité de cette rencontre, autrefois très orientée vers le dialogue interconfessionnel. En 2025-2026, la question de la paix s’est imposée comme préoccupation centrale. Entre l’écoute de l’Evangile, les chants, méditations et plages de silence, le témoignage émouvant d’une jeune Ukrainienne à l’Accor Arena, évoquant l’importance vitale pour elle et son peuple d’être entendus, a donné un visage et une voix à cette urgence.
Particulièrement impressionnante était la qualité du silence – près de 10 minutes à Bercy, deux soirs durant sans doute – aidé par les chants de Taizé, simples et méditatifs. Ainsi de grands espaces de recueillement, une parole de qualité, sans prosélytisme ni religiosité ostentatoire ont permis de bousculer des préjugés essentialisant sur une génération soi-disant incapable d’intériorité, addicte aux smartphones, et de surcroît indifférente à l’Evangile ou alors trop conservatrice.

« Que cherches-tu ? » : une question sans réponse toute faite

La thématique rejoignait la quête de sens de tant de jeunes aujourd’hui. J’ai particulièrement apprécié de ne pas entendre de recettes ni de réponses préfabriquées.
Les jeunes étaient simplement invités à se laisser habiter par la question et par l’écoute : de l’Évangile, de soi-même, des autres, pour inventer leur propre manière de l’appréhender.
Ce « pèlerinage de confiance sur la Terre » initié dans les années 70 par frère Roger Schutz m’a semblé être aussi une invitation adressée aux aînés : croire aux plus jeunes, ne pas les enfermer dans des stéréotypes, apprendre à lâcher prise pour les laisser faire autrement. Le sens des responsabilités et la capacité d’adaptation des bénévoles face aux imprévus, la manière de nouer des liens fraternels hors de la montée des « identitarismes », a prouvé – si besoin en était – combien cette confiance compte et témoigne de l’Evangile à l’œuvre aujourd’hui.

Une rencontre sans clivages

C’est ce que j’ai le plus apprécié : la cordialité des échanges, sans prosélytisme, sans idéologie, sans clivage. Pas de lutte entre ceux qui prient et ceux qui agissent. Pas de division entre chrétiens « comme-ci » et chrétiens « comme-ça ». La place laissée à ceux qui cherchent sans nécessairement se dire chrétiens.
Et surtout, pour cette année, des ateliers particulièrement nombreux et divers ont permis d’incarner concrètement une des vocations de ces rencontres : aider les jeunes à discerner comment s’engager une fois de retour chez eux. J’ai pu participer à plusieurs d’entre eux, notamment celui proposé par la pasteure Marion Muller-Collard sur « Croire, qu’est-ce que cela change ? ». La qualité des échanges témoignait d’un déplacement fécond de la question devenue : « Est-ce que Dieu peut croire en nous ? »

Un souffle d’espérance

Merci à la communauté de Taizé et aux jeunes pour ce merveilleux souffle d’espérance. Leur témoignage de profondeur, d’intelligence collective et de capacité à nouer des amitiés par-delà les frontières redonnent confiance en l’avenir.
Dans un monde bruyant et fracturé, ils nous rappellent que le silence, l’écoute, la fraternité, l’engagement restent possibles ; et que, oui, nous pouvons croire en la capacité des plus jeunes à ne pas s’enfuir dans la religion comme avec de l’opium ou derrière un étendard, mais à vivre de l’Evangile comme une source et un levier pour transformer le monde que nous leur laissons.

Alexandra N.

Ouvrir sa maison, découvrir une paroisse

Pour passer dans la joie de 2025 à 2026, il suffisait de pouvoir ouvrir sa maison à des jeunes venus pour le rassemblement de Taizé à Paris, et pour moi ce furent trois Ukrainiens exilés à Budapest ou à Prague, Sofia, Roman et Anna, d’où de nombreuses conversations à l’heure du petit-déjeuner ou le soir autour d’une boisson chaude. S’y ajoutèrent deux Lettones et une Bosniaque pour le déjeuner du 1er janvier – grâce au renfort de mes enfants pour la fluidité des échanges en anglais… avec des découvertes culinaires puisque nos hôtes, appréciant les canelés de mon fils, sont repartis avec sa recette, et tous, nous avons profité d’un excellent tokaï d’un vignoble hongrois !

Ce fut pour moi l’occasion de découvrir une paroisse ouverte du nord du 17ème, Saint-Joseph-des- Epinettes, où des petites soeurs de l’Evangile vivant dans un HLM voisin ont remarquablement géré l’accueil d’une cinquantaine de jeunes d’une dizaine de nationalités, mêlés à des habitants du quartier pour certaines messes et temps de prière, ou pour la veillée festive du 31 avec chants et danses folkloriques de toute l’Europe. J’ai beaucoup apprécié d’y trouver des assemblées priantes soutenues par les beaux chants de Taizé, et j’ai eu la surprise de découvrir la reproduction d’une icône copte, fabriquée par les moines de la communauté, représentant Jésus mettant la main sur l’épaule de Ména, appelée “ icône de l’amitié”, qui pour moi symbolise parfaitement ces rencontres multiculturelles et intergénérationnelles proposées aux Franciliens par Taizé. 

Solange de R.

Une expérience spirituelle inspirante

« Ah, Taizé ! Ce petit printemps ! » Cette expression qui disait le plaisir d’être vivifié était le salut qu’adressait Jean XXIII quand il rencontrait Frère Roger. C’est exactement cette pensée qui m’était venue à l’issue de ma première célébration à Saint-Merry (encore dans les murs) : « Ah, un petit printemps ! » Je ressortis nourri, désaltéré, remis sur un chemin d’Espérance. Ma rencontre avec Taizé, c’était quelques années plus tôt, dans le cadre de l’aumônerie du lycée, une semaine en hiver plusieurs années de suite. Quelle expérience spirituelle inspirante que d’aller ainsi à l’essentiel de la foi, par l’écoute de la parole, l’expérience du silence, de la solidarité, la rencontre de diverses cultures, la beauté des chants et de l’Eglise de la Réconciliation, le partage autour de nos inquiétudes pour notre vie d’adultes en devenir, de notre envie de rendre cette terre plus habitable, de cette étrange aventure qu’est de croire en Christ Ressuscité ! J’ai beaucoup aimé renouer avec l’esprit de Taizé à Paris en cet hiver 2025. J’ai découvert des chants que je ne connaissais pas ; les amples minutes de silence à plus de 10 000 personnes dans l’Accor Arena furent impressionnantes de simplicité et d’intensité. Je n’ai plus 15 ans, j’ai moins d’illusions ; mais quelques lumignons et magnifiques mélodies m’ont permis de communier avec cette jeunesse qui veut croire en des temps meilleurs. En toute circonstance, vivre l’aujourd’hui de Dieu…

Benoît V.

La découverte d’une Pentecôte calme

Le Christ et L’abbé Mena, icône égyptienne du 6e siècle, Musée du Louvre (source Wikimedia Commons)

Ce 30 décembre, allais-je découvrir Taizé, un nom qui m’évoquait petits groupes et silence priant ? Taizé à Bercy, un grand show racoleur ? N’était-ce pas contradictoire et contre-indiqué ? Se recueillir à 15 000 personnes était improbable ou impossible… Eh bien, pendant une heure seulement, inoubliable, j’ai vécu ma première « expérience Taizé » si j’ose dire. Ce qui m’a frappé, c’est le calme et la sérénité de ces jeunes qui, à la nuit tombante, faisaient une immense queue et en profitaient pour parler tranquillement et doucement à leurs voisins, dans toutes les langues. Un esprit de Pentecôte ? C’étaient surtout des jeunes mais il y avait quelques cheveux gris et cheveux blancs que les jeunes mêlaient facilement à leurs échanges.  Pas non plus de bousculade pour s’installer mais de la gentillesse. Dans l’immense conque de la salle, une décoration réduite à sa plus simple expression : trois ou quatre immenses

bandes de tissu, une scène très dépouillée avec uniquement l’icône de Jésus avec Ména, cette icône où on voit Jésus tenant par l’épaule un prêtre, un appui fraternel. Les frères en simple aube blanche rangés en deux blocs, au sol. Pendant une heure, beauté émouvante des chants très simples avec des couplets en langues différentes, beaucoup d’anglais et un peu de latin : une recette logique et œcuménique pour une fraternité internationale bien d’aujourd’hui. Quelques interventions très courtes avec le plus de discrétion possible : la maire de Paris, notre archevêque et le pasteur responsables (en clergyman), le patriarche orthodoxe, tous ont dit peu de mots et sans aucune mise en scène théâtrale. Le prieur de Taizé a parlé en simple pasteur, de paix, de justice, d’action. Des respirations de prière, courtes mais intenses. Et c’était déjà le dernier chant dans la nuit, avec, pour exprimer la joie de tous, les lumières des petits écrans qui dansaient librement et en cadence, signes de vie et d’espoir.

Marguerite R.-C.

 

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