Il y a tant à fêter, à célébrer ou à commémorer le Jeudi Saint ! Cette célébration est aujourd’hui plus particulièrement tournée vers l’amour en actes incarné par un Jésus serviteur, qui nous propose un véritable retournement des valeurs : aimons-nous les uns les autres, en nous mettant au service les uns des autres.
Accueil
Bonjour à toutes et à tous, dans cette chapelle qui accueille notre communauté de Saint-Merry Hors-les-Murs pour cette célébration.
Que célèbre-t-on le Jeudi Saint ? Finalement, beaucoup de choses : le dernier repas de Jésus avec ses proches et l’institution de l’eucharistie, ce que certains comprennent comme un sacrifice christique et d’autres comme un repas fraternel ; la fête des prêtres, qui donnera lieu à de nombreuses concélébrations ce soir ; mais aussi, par le texte de l’Exode, un mémorial, la libération de l’esclavage en Egypte, et le repas solidaire pris à cette occasion ; mais encore le souvenir de sacrifices animal et humain ; le psaume prévu ce jour renchérit sur l’évocation de la mort, du sacrifice et du salut grâce à Dieu tout puissant ; et enfin l’Evangile opère un vrai retournement avec l’évocation du Christ à nos pieds, en position de serviteur.
En préparant cet office, les participants ont choisi d’élaguer un peu dans cette forêt de possibles ; de laisser de côté pour ce soir les textes évoquant les massacres sanglants, qui font pourtant bien écho à l’actualité brûlante de notre monde, peut-être en attente d’une célébration de Vendredi Saint ; et de garder en exergue cette phrase de l’Evangile du jour, « Il les aima jusqu’au bout », pour centrer notre temps de rencontre et de célébration sur l’esprit de service, qui doit nous animer les uns envers les autres : rendre service, se mettre au service, dans le retournement des valeurs que nous propose Jésus par le lavement des pieds.
Entrons donc dans cette célébration de l’amour en acte qu’est le service, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.
Blandine
♫ Chant : Le pain dans nos mains
Paroles et Musique : N. Colombier
Entre nos mains, Tu es le Pain,
Entre nos mains, Tu es la Vie,
Ouvre nos mains pour donner le pain,
Ouvre nos mains pour donner la vie.
Ces mains cordiales de l’accueil, comme une porte ouverte
Ces mains, levées comme un appel, les mains de la prière
Ces mains, quand elles partagent le pain, chantent ta gloire.
Ces mains qui remettent debout, qui soignent ou qui guérissent
Ces mains, qui sauvent et donnent vie quand elles refont tes gestes
Ces mains, quand elles partagent le pain, chantent ta gloire.

♫ Acclamation de la Parole
Donne-nous de goûter ta Parole, Gloire et louange à Toi !
Qu’elle éclaire aujourd’hui notre route, Gloire et louange à Toi !
Que nos cœurs à ta voix se réveillent, Gloire et louange à Toi !
📖 Evangile selon Jean, 13 (1-15)
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Jésus lavant les pieds de Pierre © Tate, Londres, Dist. GrandPalaisRmn / Tate Photography
Résonance
L’Evangile selon Jean est original. Cette originalité est manifeste dans cette scène absente des trois autres Evangiles. Elle se situe au début du repas d’adieu de Jésus. Le texte semble dire que Jésus a la certitude de sa mort prochaine. Or, Il se lève, il dépose son vêtement et il se met à laver les pieds de ses disciples, ceux de Judas comme ceux des autres, puis à les essuyer. C’est un geste insolite. Dans une société hiérarchisée où chacun a son rôle et sa place, il est impensable que celui qui préside la table prenne le rôle de l’esclave, du serviteur. Jésus qui est appelé Maître, Seigneur, exerce son pouvoir ou, plutôt, montre son autorité d’une façon bizarre, plus exactement : renversante.
Voilà l’image qu’il veut imprimer dans la mémoire de ses disciples : Lavez-vous les pieds les uns les autres ; faites-vous serviteurs et servantes ; mettez-vous au service les uns des autres. Pour moi, cette attitude n’est pas seulement une leçon d’amour fraternel. Je crois que Jésus révèle Dieu. Quand on lave les pieds de ses enfants, quand on lave les pieds de ses parents, quand on lave les pieds d’un malade, on se met à quatre pattes ou à genoux devant eux.
Quand Jésus lave les pieds des apôtres, à quatre pattes, il les regarde de bas en haut. Alors, il nous dit qui est Dieu. Ce Dieu que nous cherchons au ciel, dans les hauteurs, Jésus, par ce geste nous dit qu’il n’est pas ailleurs qu’en bas. Il nous montre un Dieu qui ne nous regarde pas de haut, un Dieu humble. Jésus, en lavant les pieds de ses invités nous montre une fois encore que les petits sont les vrais grands. Il nous révèle en même temps l’humilité de Dieu.
Joëlle
Partage
Chacun de nous a sûrement rendu des services. Chacun de nous a sûrement bénéficié de services. Nous vous proposons, maintenant, d’évoquer un service reçu tout simple, que nous n’attendions pas, et qui nous a vraiment touchés.

Quelques échos du partage :
- Une collègue, qui ne faisait pas partie de mon premier cercle d’intimes, m’a proposé de s’occuper toute une journée de mon enfant de 4 ans, alors que, venant de faire une fausse-couche, j’étais très triste et fatiguée, me donnant ainsi le cadeau inestimable de quelques heures pour me reposer et m’occuper de moi-même ; elles m’ont rapporté le soir un gâteau qu’elles avaient fait ensemble pour moi. J’y pense encore 35 ans après : c’était un cadeau inestimable.
- « Enfermés dehors » après avoir eu un problème de clés à Amsterdam, nous avons été accueillis pour la nuit par des inconnus, voisins de notre location, le temps de prendre contact le lendemain avec notre logeuse.
- J’ai beaucoup appréciés les visites des amis de Saint-Merry quand j’ai été hospitalisé.
- Arrivée dans une ville inconnue d’un pays lointain, sans être accueillie à l’arrivée comme prévue, j’ai été recueillie par une inconnue qui voyageait dans mon avion : elle m’a logée puis a recherché mes contacts pour qu’ils puissent me récupérer.
- Hier, ma femme a lâché ce qu’elle était en train de faire, et qui était important pour elle, pour venir m’aider alors que je ne m’en sortais pas avec mon ordinateur.
- Hier, j’ai donné une pièce à un SDF, qui m’a répondu : « je vous ai rendu le sourire ! »
- Une voisine, de façon inattendue, m’a apporté une soupe pour diner, sachant que j’étais malade.
- Beaucoup de jeunes gens se lèvent pour donner leur place assise dans les transports en commun, devant nos cannes ou nos cheveux blancs.
- Un jeune inconnu a porté ma valise sur une longue distance jusqu’à la gare.
- Hier, j’ai logé un ami, et ce matin, le ménage était fait !
♫ Chant : Comme Lui
Paroles et musique : R. Lebel
Comme Lui, savoir dresser la table,
Comme Lui, nouer le tablier,
Se lever chaque jour et servir par amour, comme Lui.
1-Offrir le pain de sa parole
Aux gens qui ont faim de bonheur
Être pour eux des signes du royaume
Au milieu de notre monde.
2-Offrir le pain de chaque Cène
Aux gens qui ont faim dans leur cœur,
Être pour eux des signes d’Évangile
Au milieu de notre monde.

Liturgie eucharistique
Préface
Seigneur, Père de toute éternité, nous te disons notre bonheur, ce jour où nous entrons dans la Pâque de Jésus. Oui Père, l’Église crie sa joie, ce jour où le Christ institue le sacrement de l’eucharistie, ultime geste d’alliance au travers du partage du corps offert et du sang versé ; le sacrement de l’Ordre, appelé à perpétuer cette offre d’amour et le signe du serviteur parfait, image du Dieu fait homme, qui s’abaisse, appelle à la joie et à la souveraineté du service. Oui Seigneur, avec ferveur nous saluons la béatitude du service. Nous mettons ce jour un accent particulier sur le renversement et le service par amour. Et en confiance, une certitude confortera notre prière de ce jour, entre le service rendu et le service reçu, à travers nos mains cordiales de l’accueil qui, telles celles du Christ, refont ses gestes, guérissent, remettent debout. Et il y en a de tout simples, qui peuvent nous toucher. Seigneur, dans cette action de grâces que nous te rendons, laisse-nous participer dignement à ces mystères, en proclamant :
♫ Sanctus
Saint le Seigneur est saint, Il est le Dieu de l’univers
Saint le Seigneur est saint, éternel est son amour !
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire
Hosanna ! Hosanna ! Hosanna ! au plus haut des cieux/ R
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur
Hosanna ! Hosanna ! Hosanna ! au plus haut des cieux/ R
Dieu notre Père, Toi qui es source de toute sainteté, nous voici rassemblés devant toi pour célébrer le jour où Jésus fut livré pour nous. Par lui que tu as glorifié et élevé à ta gloire, Dieu notre Père, nous te prions : sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit : + qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur.
📖 Lettre de Paul au Corinthiens, 11 (23-26)
Moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
♫ Anamnèse
À Toi qui es mort pour nous
À Toi qui es vivant, à Toi qui reviendras,
Honneur, Louange et Gloire
Seigneur, ce jour, nous rappelons le mémorial du Christ, qui va jusqu’au bout de l’amour inconditionnel. Et dans le souci d’affermir ses frères dans la foi, Paul raconte cette extraordinaire histoire, qui nous fait fait prendre conscience et souligne la nécessité de nous retrouver autour de Jésus, de nous recentrer sur ce qu’il a dit et fait ce jour-là. Avec joie, nous faisons mémoire de cet ultime instant où, par amour, il s’offre pour nous. Et ce, pour nous permettre de mieux saisir la portée de notre mission : vivre pleinement ce bonheur d’être fils de Dieu, sel de la terre et lumière du monde, qui s’exprime, au quotidien, à travers le service de nos frères en humanité. Nous portons ainsi la mémoire de sa résurrection d’entre les morts et de son ascension dans le ciel. Et dans l’attente de son retour en gloire, nous offrons ce corps et ce sang. C’est le geste du prêtre par excellence, Jésus, le Christ. C’est lui, ce Dieu qui s’abaisse, se fait serviteur, se met à ras de terre. Et ce, afin de nous entraîner vers une nouvelle éclaircie, dans une dynamique de solidarité toujours à construire, dans une logique des mains ouvertes et un cœur d’enfants, qui rappelle la force et les engagements du baptême.
Merci Seigneur d’accompagner de nos prières et de notre attention soutenue tous nos frères qui vivent actuellement cette dure épreuve du sang versé, dans ces lieux de conflit et de guerre où l’on associe parfois ton nom à ces événements qui saluent et disent ta mort et celle de l’homme, cette créature née à ton image et à ta ressemblance. Le sang lui-même devient ainsi un signe pour nous aujourd’hui, un signe qui interpelle, un signe qui appelle à l’action. Et fort heureusement, le don sacré du corps offert se fait exigence de vérité. Son expression manifeste se vit à travers ces repas qui réunissent pour restaurer et se restaurer du don sacré de ce Dieu fait homme, et qui nous appelle à faire comme Lui et en mémoire de Lui pour nous associer à sa divinité.
Cette conviction de foi dans la confiance, nous la portons en union au pape Léon, qui tout dernièrement à Monaco, dénonçait les structures de péché qui creusent les abîmes et invitait à l’identité, à la responsabilité et à la mission. Nous la portons également en union à Laurent, notre évêque, et à toutes ces volontés qui par le témoignage de leur vie, rendent vive la force et l’actualité de la Bonne nouvelle du Christ et donnent force et vie à l’espérance des peuples.
En union à Marie, à Joseph, et à tous ces témoins anonymes qui au long des siècles et aujourd’hui encore font ta joie, nous voulons, Père, te glorifier, par Jésus le Christ, notre Seigneur.
Par Lui, avec lui et en Lui,
à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit,
tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles.
José E. M.




♫ Agnus
Par ton Corps offert, Nous avons part au même Pain,
Par ce Pain rompu, Nous formons le même Corps.
Communion
Nous faisons circuler dans l’assemblée des corbeilles de pain arabe consacré, dans lesquelles chacun se sert, et on attend que tout le monde soit servi avant de communier tous ensemble.
♫ Chant : Pour que nos coeurs
Auteurs : Walther et Scouarnec
Pour que nos cœurs deviennent de chair (bis)
Tu as rompu le pain (bis)
Comme un fruit de justice, comme un signe d’amour
Pour que nos cœurs éclatent de vie (bis)
Nous fêtons ta mémoire (bis)
Tu libères ton peuple et tu es son chemin
Prière et Bénédiction
Seigneur, tandis que le Christ nous appelle à nous laver les pieds les uns les autres, Il nous replace aujourd’hui au cœur de cette expérience ultime de libération qui animait sa vie et son œuvre. Il nous met en demeure de le faire, en mémoire de Lui. Que les dons reçus ce jour fassent de nous des témoins authentiques, des pèlerins de l’espérance. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
J.E.M









