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Les universels du Louvre – Un livre de Souleymane Bachir Diagne

Un philosophe nous invite au musée du Louvre pour visiter la nouvelle Galerie des cinq continents. Grâce à un livre tout simplement « beau », Souleymane Bachir Diagne nous plonge dans l’universel de la beauté.

L’auteur nous amène à découvrir les exigences d’une approche vraiment universelle de l’art.

Découvrir des œuvres côte à côte sur un même plan d’égalité provoque un dialogue des cultures entre des œuvres d’art appartenant à des aires et à des époques très différentes.

Souleymane Bachir Diagne (extrait du livre Les universels du louvre)
Couverture du livre « les universels du Louvre »

Des œuvres « exotiques »

Une telle exploration, bienvenue en ces temps où notre humanité vit une mondialisation interdépendante et une vague de replis identitaires agressifs, n’est pas évidente. Napoléon voulait enrichir le Louvre des fruits de ses conquêtes ; ses successeurs en firent le plus grand musée du monde. Aucun d’eux n’échappaient à une attitude paternaliste envers l’art venu de l’étranger. Lui faire une place, certes, mais à part, comme un ajout exotique à l’art occidental qui résumerait à lui seul la Beauté. C’est ainsi que fut créée une Galerie spécialisée dans les arts étrangers. Puis un Musée consacré aux Arts premiers ; avec toute l’ambiguïté que comporte cette appellation. Premiers, ce n’est pas très loin de primitifs, par rapport à des arts qui, seuls, relèvent vraiment du Beau ; et qui, comme par hasard proviennent de notre culture. Seul l’Occident serait-il témoin de l’universalisme de la beauté ? L’Afrique, par exemple, ne serait-elle jamais entrée dans l’histoire du beau ? Il est intéressant de se demander « comment les objets ont-ils pris racine au Louvre, comment y ont-ils acquis des significations nouvelles et comment peuvent-ils, placés côte à côte, mettre en dialogue le monde ».

Entre pillages, appropriations et restitutions

L’étude des circonstances dans lesquelles les objets étrangers ont pénétré nos galeries, n’est pas anodine. Tout conquérant militaire se doit de rapporter chez lui les œuvres d’art trouvées ou plutôt pillées sur place afin de leur faire l’honneur de pénétrer nos musées. « Les musées peuvent être des lieux très douloureux pour les peuples autochtones en ce qu’ils sont intimement liés à la colonisation ». Avec les indépendances apparurent des mouvements de réclamation de leurs chefs d’œuvre par les peuples qui en avaient été spoliés. Il est intéressant de constater que « restitution, décolonisation, justice sociale et justice patrimoniale vont de pair ».

Sans oublier l’appropriation de certains objets d’art étrangers par des artistes occidentaux, tel que Picasso. On peut s’interroger : « Un artiste occidental qui intègre dans ses œuvres des arts venus d’ailleurs est-il toujours un prédateur ? ». Ne peut-il être un admirateur sincère découvrant le beau dans une réalisation venue d’autres continents ? Picasso éprouva une immense et sincère émotion devant des objets nés ailleurs. Le qualificatif d’arts premiers ne peut-il alors signifier que ces ouvrages disent à leur manière ce que l’on ne peut enfermer dans notre propre langage. Ils appartiennent à une langue première de la Beauté, celle qui dépasse une reconnaissance partisane et exclusive ; une langue universelle qui existe par elle-même, sans comparaison ni appropriation.

Co-naissance et dialogue des cultures

Pour Malraux, « le fétiche (africain) ne balbutie pas la langue des formes humaines : il parle la sienne ». Une étude sérieuse permet de resituer ces créations artistiques, -serpent à plumes, masques, statuettes-, dans leurs contextes, leur cosmogonie. D’apprendre et découvrir les conditions de leur naissance. Ayant fait cet effort, l’artiste occidental permet à son œuvre de co-naitre, avec une œuvre qui vient d’ailleurs.

Pour le visiteur, les œuvres, à travers leur diversité, vont apprendre à dialoguer, et ce dialogue parle vraiment la langue de l’universalité. Une statuette océanienne représentant un oiseau semble inviter un héros grec à faire un bout de chemin avec elle ; tandis que le tambour-parleur ivoirien propose une petite danse à la statue d’un égyptien prêt à esquisser quelques pas ; une figurine haïtienne regarde d’un drôle d’œil le masque du roi du Bénin ; le dieu serpent d’Amérique centrale ose menacer l’ensemble grec de la Victoire de Samothrace.

La Galerie des cinq continents du Louvre n’est donc pas une galerie supplémentaire présentant, après les galeries d’art « occidental » des œuvres venues d’ailleurs comme un ajout dans un catalogue qui prétendrait être universellement complet. Elle devient le lieu où des œuvres venues de cultures appartenant aux cinq continents de la planète, co-naissent pour faire vibrer le mystérieux élan de la création artistique chez l’être appelé, Homme. Ces œuvres universalisent le musée du Louvre par leur co-apparition, ensemble dans un dialogue des cultures, dans une mondanité qui réunit toutes les régions du monde. « L’universel n’est pas cet universalisme autoproclamé (par les vainqueurs), mais un (multi)latéralisme à construire, et à construire comme dialogue des cultures ».

À travers l’ouvrage stimulant de Souleymane Bachir Diagne et les nombreuses illustrations qu’il comporte, nous voici invités à découvrir ce reflet de l’universel humain.

Ami, n’entre pas sans désir

Paul Valéry

Lien vers le site de l’éditeur et la description du livre Les Universels du Louvre
de Souleymane Bachir Diagne ICI

Guy Aurenche

Avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire. À lire de Guy Aurenche : « Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

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