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Vous avez dit « gouvernance » ?

Dans les débats de Saint-Merry Hors-les-Murs, un mot est souvent utilisé sans qu’il soit précisément défini : la « gouvernance ». Comme nous voyageons dans les interprétations, c’est un mot-valise. Essayons de l’ouvrir. Question de langage par Michel Micheau

Il est très probable que le mot « gouvernance » ne soit pas mentionné dans une vitrine de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts.

Et pourtant, il est sous-jacent  à l’ordonnance de 1539 signée par François Ier, qui impose le français dans les actes administratifs et juridiques ! On pourrait l’appeler « gouvernance linguistique d’État », car elle s’impose à toutes les institutions qui doivent travailler ensemble.

De son côté, l’Église a créé ses mots pour gérer et contrôler toutes ses composantes, depuis des siècles. Mais, plus récemment, elle a adopté l’usage du terme, car le monde a complètement changé, car la gouvernance est partout.

Un ancrage saintmerryen ?

En 2026, le mot se trouve en coulisse des prochaines journées communautaires et il fait d’ores et déjà débat.
En 2025, le compte rendu de la dernière assemblée communautaire du 15 juin le mentionnait, mais avec une certaine prudence.

Assemblée communautaire StMHlM 15 juin 2025

Gouvernance : elle est toujours à réfléchir, au-delà de notre pratique de la coresponsabilité à Saint-Merry dans et hors les murs.
On l’utilise aussi associé à beaucoup de nos termes familiers[1]  (coresponsabilité, transparence, synodalité, etc.)

Un mot qui vogue

Une recherche sommaire sur son usage dans l’Église révèle que ce n’est pas en fait un mot-valise.

Il est précisément défini au niveau de la conférence des évêques, « Les rôles clés dans la gouvernance diocésaine » .

La dimension verticale est profondément marquée par l’histoire, même si le Concile Vatican II a impulsé une implication des fidèles (Lumen Gentium).


Le terme a comme ancêtre (ou cousin) « gouvernement », qui, lui, est lié au monde des bateaux (gubernare, « tenir le gouvernail » ; bien vu pour la barque de Pierre !).

Céleste Boursier-Mougenot. Clinamen @J2M

Au Moyen Âge, le terme gouvernance signifiait simplement : action de gouverner ou manière d’administrer et de diriger. À partir du XVIIᵉ siècle, le terme « gouvernement » s’impose peu à peu et « gouvernance » tombe en désuétude dans la langue politique. Le mot réapparaît dans les années 1970-1990 grâce aux sciences  sociales. Si on parle ainsi de « corporate governance » dans l’entreprise (relation actionnaires/dirigeants), il devient usuel avec gouvernance publique, gouvernance mondiale, gouvernance ecclésiale.

En Église, la notion met davantage l’accent sur les dynamiques de décision, la collégialité, la transparence et la responsabilité, les réseaux d’acteurs. Mais elle repose avant tout sur le droit canon, qui, lui, ne transige pas[2] et ne se négocie pas.

Synthétiquement, on peut repérer des différences

Gouvernement d’ÉgliseGouvernance d’Église
Notion traditionnelleNotion moderne
Centrée sur l’autorité et la hiérarchieCentrée sur les processus et les acteurs
Approche juridique et institutionnelleApproche organisationnelle et relationnelle
Qui gouverne ?Comment gouverne-t-on ?

Le gouvernement d’Église renvoie principalement à la structure d’autorité et aux institutions qui dirigent l’Église, alors que la gouvernance d’Église analyse les mécanismes, les processus et les acteurs impliqués dans cette direction.
Le premier terme repose sur une conception unilatérale et inégalitaire du pouvoir, alors que le second incarnerait plutôt le « pragmatisme ».
En fait, la distinction reflète une évolution plus large du vocabulaire politique : on est passé d’une conception centrée sur l’autorité et la hiérarchie à une approche plus processuelle et participative du pouvoir (encore que…).

 À Saint Merry, la verticalité s’exerce moins fortement, mais elle peut s’exprimer dans la brutalité comme en 2021. La gouvernance de l’évêque s’est exercée à plein, fidèle à sa propre définition.

Et maintenant ? La sensibilité saintmerryenne est bien plus proche de la définition usuelle et donnée par les sciences sociales[3].

La gouvernance à Saint Merry, un océan de tranquillité ?

Il est nécessaire d’adapter  la «  Gouvernance » à un nouveau temps, pour un éventuel futur lieu promis à cette communauté. Comment et sur quels objets pourrait-elle être mise en œuvre ? Qu’est-ce que cela pourrait apporter ?

Horloge du musée d’Orsay, l’attente de la photo à prendre @J2M

Fondamentalement, la gouvernance à Saint-Merry est spécifique, elle ne peut être un concept mou. Dans une esquisse de définition tournée vers l’action, il s’agit d’expliciter ou plutôt de négocier entre nous, des « règles » qui vont permettre de mieux  faire travailler ensemble les cinq composantes qui définissent actuellement la communauté. Or, on entre vite dans la complexité, car chaque partie a ses règles propres et des membres participants peuvent appartenir à plusieurs composantes. Chacune a sa logique et ses intérêts, sa vision du pouvoir, mais elles œuvrent pour des projets communs (cf. le Projet pastoral) ou partiellement communs, dans le cadre de :

  • Assemblées générales et communautaires
  • Association Loi 1901 « Les Amis de Saint-Merry Hors-les-Murs»
  • Équipe pastorale
  • Voix au Chapitre
  • Ensemble des groupes ou anciens pôles

La synodalité est une manière d’avancer ensemble, fondée sur des méthodes d’écoute et d’échanges de paroles et d’arguments. Cette notion est différente de la gouvernance, car elle est plus normée et peut être un outil, un style.

Quelles questions peuvent émerger et être discutées ce 12 avril, lors de notre journée communautaire :

  1. Qu’est-ce qu’un projet de statut canonique (discuté entre l’évêque et Saint-Merry Hors-les-Murs) en cas de nouveau lieu va changer et qui va le prendre en charge dans sa définition et sa gestion ?
  2. L’association Saint-Merry Hors-les-Murs doit-elle modifier ses statuts ?
  3. EP et, peut-être dans le futur, Centre pastoral. Quelles relations externes avec les autres composantes ?
  4. Quel autre visage de l’EP ? Quelles règles internes doit-elle adopter ? Quel système d’élections concevoir  ?
  5. La Voix au Chapitre n’est pas une mini AG. Que peut-elle être ?
  6. Instances de régulation ou de contre-pouvoir. Où se trouvent-elles ?

Mais pourquoi donc débattre (avec vivacité peut-être…) de nouvelles modalités de gouvernance ? Où se trouvent les urgences ?

  1. La communauté s’est réduite en nombre et l’énergie n’est plus la même (cf. la vie des groupes).
  2. Le contexte sociétal et de l’Église a complètement changé. Ainsi, la question du numérique transforme notre manière d’être ensemble et de prendre des décisions ; la montée des incertitudes altère notre vision de l’avenir, donc des régulations possibles.
  3. Le diocèse nous promet un lieu, mais si nous ne sommes sûrs de rien, il faut être prêts.
  4. Il va falloir définir un statut canonique pour habiter ce lieu et redessiner toutes les responsabilités.
  5. Nous avons une lettre de mission et un  projet pastoral écrit en 2022, à ajuster au fil du temps. Il s’affinera avec le lieu et l’ouverture à d’autres (les chrétiens d’ouverture). Cela prendra du temps. Le projet a besoin d’un « cadre de gouvernance », avec des règles reconnues, pour se décliner par axes ou par groupes, selon les spécificités de chacun d’eux.
  6. Etc.
RC
Romain Cayla @Romain Cayla, courtesy

Peut-on négocier un esprit de gouvernance à Saint-Merry Hors-les-Murs ?

La gouvernance de l’Église est très normée. À la base se trouve la paroisse qui a fait l’objet d’un texte de François, Evangelii Gaudium, § 28.33.
« À travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation. Elle est communauté de communautés, sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, et centre d’un constant envoi missionnaire .

À Saint-Merry, la lettre de mission et le Projet pastoral guident la communauté et sont des repères. Mais le sens du service, l’attention à l’autre, le respect mutuel dans la parole échangée et la recherche permanente de la fraternité pourraient être de vrais piliers d’une bonne gouvernance. Celle-ci aura besoin de la charité pour résister à toute tentation de pouvoir ou de domination dans chacune des cinq composantes et dans leurs multiples relations.

AG Juin 2025, Reportage

Et vous, lectrice et lecteur, comment participerez-vous à la gouvernance d’une communauté dont vous connaissez les caractéristiques ?

Michel Micheau, membre de l’EP

PS : Question de langage…Le mot Gouvernance est si complexe, que le texte ci-dessus a été confié in fine à Claude (IA) pour le transformer en un poème contemporain à la manière d’Olivier Barbarant, grand poète, ayant reçu de multiples prix, et éditeur de l’œuvre d’Aragon et d’Éluard. Dans le texte ci-dessous, la conclusion ne peut qu’attirer notre attention.


[1] Extrait de l’article sur l’AG du 15 juin 2025. Un exemple parmi d’autres.

Gouvernance
Pour que la coresponsabilité concerne tout le monde, et pas seulement l’Équipe pastorale, deux propositions :
– se retrouver plus souvent en présentiel
– mettre des personnes en coresponsabilité au sein des groupes, avec des mandats limités
L’Équipe pastorale pourrait être plus transparente sur le contenu de son travai

[2]

  • Canon 129 : il établit que le pouvoir de gouvernement dans l’Église appartient aux clercs, tout en permettant la coopération des fidèles laïcs selon le droit.
  • Canon 330-367 : il décrit le gouvernement de l’Église universelle par le pape et le collège des évêques.
  • Canon 375-411 : il traite du gouvernement des Églises particulières par les évêques.

Ces dispositions montrent une conception classique du gouvernement ecclésial

[3] Approche de la gouvernance dans les sciences sociales : La gouvernance peut être définie comme une méthode de régulation, un processus de coordination d’acteurs, de groupes sociaux, d’institutions, qui coopèrent pour atteindre des buts propres discutés et définis collectivement dans des environnements fragmentés et incertains.

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