En ce dimanche du Bon Pasteur, c’est la liberté laissée aux brebis que nous avons souhaité célébrer. Le berger leur procure nourriture et vie en abondance, mais en les laissant chacune aller et venir selon ce qui leur parait bon, comme nous le suggère l’Évangile. Le pasteur est aussi la porte, mais une porte ouverte.
♫ Entrée en prière
Moussorgski, Tableaux d’une exposition, La grande porte de Kiev
Accueil
Bonjour et bienvenue à toutes et tous, en ce dimanche du Bon Pasteur, avec une salutation particulière à celles et ceux qui viendraient pour la première fois à cette rencontre autour du partage de la Parole.
Nous allons célébrer ce matin la liberté des brebis, qui peuvent entrer et sortir pour trouver leur pâturage, et la vie en abondance. Leur berger se présente également comme la porte, mais c’est une porte ouverte, pas une clôture cadenassée.
Dans le texte des Actes des Apôtres prévu en première lecture mais que nous ne lirons pas ce matin, Saint Pierre s’adresse ainsi à la foule de la Pentecôte :
« La promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » (Ac 2)
Elle s’adresse donc aussi à nous, loin dans l’espace et le temps, lointains enfants de ces premiers compagnons de Jésus et chrétiens de la Pentecôte, libres de répondre à l’appel du Bon Berger, d’entrer et de sortir par la porte ouverte pour trouver notre pâturage.
Nourrissons-nous donc de cette Parole qui nous est adressée, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.
Blandine
📖 Evangile selon Jean (Jn 10, 1-10)
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Résonances
Réentendons. Jésus dit : « Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits. Moi, je suis la porte. »
J’aime ce texte parce qu’il met Jésus au centre de notre compagnonnage, et un Jésus qui n’enferme pas, au contraire, un Jésus qui ouvre des passages, un Jésus qui laisse toute liberté à ceux et celles qui l’accompagnent. Pas de clé, pas d’interdit.
Jésus, le passionné de chacune de nos vies, Jésus chantre de l’autonomie de chacune et chacun.
Jean-Luc
« Il pourra sortir et trouver un pâturage »
Pendant longtemps, le seul pâturage autorisé était le sermon du curé, brave homme qui a transmis durant des siècles le message de l’évangile et de l’Église. Puis, la possibilité de lire augmentant, certains ont trouvé le pâturage fade, ils ont cherché et en ont découvert d’autres. Malheureusement, l’Église se sentant responsable de la bonne transmission de l’enseignement qu’elle croyait le plus exact, a pris des dispositions punitives qui ont déclenché des violences épouvantables. Ceci n’a pas empêché de nouvelles recherches : des philosophes, des intellectuels ont sans cesse continué à explorer de nouveaux pâturages, toujours plus éloignés, engendrant une attitude toujours plus répressive, plus dogmatique de l’Église. Enfin, Vatican 2 est arrivé, supprimant l’index, censure appliquée aux publications catholiques, et invitant toutes les brebis du monde à ouvrir leur pâturage, à s’inviter, à travailler ensemble.
Aujourd’hui, j’ai la possibilité de choisir mon pâturage, la responsabilité de ne pas paître là où j’avais l’habitude, mais de lire, de découvrir la qualité et le goût de l’herbe parfois inattendus. L’offre sur le marché est immense et variée, me permet de m’arrêter, de faire des allers-retours, d’être libre, pas emprisonnée par la rigueur des règles et des « Il faut ». Je me sens appelée à être responsable, à me prendre en mains, à ne pas rester seule et à participer à des recherches, des partages : il ne s’agit pas de me laisser dévorer au petit matin sans m’être protégée du loup de plus en plus dangereux, en partant seule, nez au vent vers des pâturages toujours meilleurs mais inaccessibles. Partir, oui, mais partir avec d’autres qui cherchent eux aussi l’herbe qui leur convient !
Et pour chacun de nous : C’est quoi mon pâturage ?
Marie-José
♫ Méditation en musique
Beethoven, Symphony No. 6 Pastorale, (deuxième mouvement)
Partage :
« C’est quoi mon pâturage ? »

Quelques échos du partage :
- Mes pâturages, ce sont mes combats pour la justice (contre l’excision, le mariage forcé, la polygamie…)
- Mes pâturages, ce qui me nourrit, ce sont la Parole et la littérature d’un côté, la vie dans le monde et les autres dans leur diversité de l’autre.
- Mon pâturage, c’est la Bible : d’autres m’indiquent comment aller paître dans certains de ses buissons qui me paraissaient inaccessibles.
- Il faut déjà franchir la porte entrouverte pour gagner le pré plein d’inconnu ; sinon, j’escalade la barrière, ou je passe en-dessous.
- Notre vie dans le pâturage : façonner et se laisser façonner.
- Dans mon pâturage, j’ai besoin de confort, et de confiance en les autres et en Dieu.
- Mon pâturage, c’est l’autre différent de moi et qui vit sa vie avec droiture.
- Quelques-uns de mes pâturages : accompagner un ami aveugle m’invite à mieux regarder ; la Compagnie de Jésus, dont je suis membre hors les murs, et le cardinal de Lubac ; la Bhagavad gita, texte subversif prônant la liberté et la dignité de chacun…
- Le vendredi, au camion de prévention des usagers de drogues, on accueille en demandant juste le prénom, sans enfermer dans des catégories.
- Mon pâturage : la vie qui est la mienne, dans laquelle je dois toujours manifester l’envie de rentrer chaque jour.
- L’importance, dans la vie, de s’aider les uns les autres à franchir des portes.
♫ Chant : La porte de Dieu
Entre terres et cieux
Au seuil de nos alliances
Tu es porte de Dieu
Qui ouvre vers ces lieux
Où chante le silence
Toi la porte de Dieu
Toi la porte de Dieu
Porte des oubliés
Tes gestes donnent vie
Aux ombres sans mémoire
Porte de dignité
Porte des prisonniers
Tu lèves leur fardeau
Aux captifs des ténèbres
Porte de liberté
Porte des égarés
Tu confies un sentier
Aux fils perdus de l’homme
Porte de l’unité
Porte des attardés
Ton pas avance au pas
Des cœurs lents à comprendre
Porte de vérité
Porte des réprouvés
Tu offres le pardon
Aux larmes des prodigues
Porte de toute paix

Prière universelle
♫ Refrain
Dieu qui est l’amour, Dieu qui me rends fort, donne-moi d’aimer
Quelques-unes des prières partagées :
- Pour que nos bergers soient accompagnés du souffle de Dieu : qu’ils le sollicitent !
- Pour que les jeunes qui participent au pélerinage de Chartres, au-delà des risques de manipulations, puissent y découvrir le Christ.
- Pour savoir accepter la vieillesse, et pouvoir continuer à accompagner mon mari.
- Pour que les portes restent entrouvertes, pour chacun.
- 40 ans de Tchernobyl ! Pour tous ceux qui ont travaillé à arrêter la catastrophe et à nettoyer le site, et ceux qui souffrent encore des séquelles.
- Pour Joëlle Chabert et sa famille, pour son fils Cyril qui entre dans d’autres pâturages.
- Pour ceux qui vivent dans des pâturages bombardés et minés par la guerre : prions pour la paix.
- Pour les migrants qui pensaient trouver chez nous un bon pâturage.
- Pour les autres intentions exprimées ou tues ce matin…
📖 Psaume 22
♫ Refrain : Le Seigneur est mon berger
Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Notre Père
Notre Père, Toi le père de tous ceux qui luttent
pour faire éclater l’amour, la solidarité, la justice.
Ton nom est sanctifié par tous ceux qui travaillent jour et nuit,
afin de sortir leurs frères de l’ignorance, de la maladie,
de l’exploitation et de la persécution.
Par tous ceux qui donnent un peu de leur temps
pour changer leurs conditions de vie, de travail,
sur le quartier, à l’usine, au bureau.
Que ton règne vienne et qu’il vienne pour tous.
Oui, que ta volonté soit faite.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
de ce pain trop rare, confisqué par une minorité,
insuffisant sur les trois quarts du globe.
Le pain d’un travail pour tous,
le pain d’une vraie formation,
le pain d’une vraie vie aussi.
Et pardonne-nous tous ces cris que nous n’entendons pas,
tous ces sourires que nous ne voyons pas,
toutes ces injustices contre lesquelles nous ne faisons rien.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation de baisser les bras,
de fermer la porte sur notre petit bonheur,
de croire qu’un avenir n’est plus possible et que la violence,
le racisme et l’intolérance vont prendre le pouvoir.
Mais délivre-nous du mal qui, au fond de nous-mêmes,
nous invite à vivre notre vie en la gardant pour nous,
quand toi tu nous invites à la donner.
Donne-nous cet enthousiasme qui engendre un monde plus beau.
Edouard Pivotsky, prêtre de la Mission de France
Bénédiction
Et bonne route dans nos pâturages : la Parole, les autres, la vie…





