Vivre en harmonie avec ses exigences intérieures, rejoindre ce que l’esprit ou notre conscience nous souffle, c’est souvent impérieux, cela nous déborde, nous brûle ; ainsi fait Jérémie avec la Parole de Dieu…. et tous se moque de lui ! Perdre sa vie égoïstement centrée sur soi, pour la trouver avec les autres, une vie élargie, pleine et inspirée par la Parole de Dieu
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Bonjour à toutes et à tous,
Parce qu’on ne se refait pas, j’égrenais ces jours-ci les dates anniversaire de la semaine : la Saint-Barthélémy, la Déclaration de l’Homme et du Citoyen, ces journées de 1945 où de nombreuses villes furent libérées, en pensant à ces hommes et ces femmes qui sont morts à cause de leurs convictions religieuses, humanistes, voire politiques (mais ne devrait-ce pas être la même chose ?)…
Et par extension, je pensais à celles et ceux qui aujourd’hui encore se battent au nom de leurs idéaux, sortent chaque jour de leur zone de confort, sacrifiant un peu de leur vie familiale, sociale, parfois de leur santé, pour une cause qu’ils estiment juste et plus grande qu’eux. Je crois qu’ils sont nombreux à sentir en eux comme un feu brûlant, et à prendre le risque de perdre un peu pour donner plus de sens à leur vie.
Mais, comment ce matin, en lisant la phrase du Christ – « celui qui veut sauver sa vie la perdra »- ne pas penser à ceux qui perdent tout sans avoir rien choisi : leur village, leurs proches, leurs biens, parfois la vie, en quelques secondes parce qu’un pan de montagne s’effondre, que l’eau, la boue submergent une vallée entière ?
Bien sûr, cela n’a rien à voir, allez-vous me dire. C’est même un contresens ! Peut-être. Et pourtant, les mots se heurtent en moi.
Comment ne pas penser non plus aux morts de cet été : sur la route des vacances, dans les incendies en Algérie, en Espagne, sous l’effet des canicules en France ou dans les villes surpeuplées du Pakistan de l’Inde ou du Brésil…
Au milieu de tous ces drames, Mon Dieu, je te cherche dès l’aube…
Le chant du psalmiste résonne. Mais c’est avec les mots d’aujourd’hui que, ce matin, nous interpelons Dieu, que nous crions vers lui, ou que nous lui rendons grâce.
En effet, il y a quelques années, plusieurs membres du groupe chant ont été invités à réécrire des psaumes : non pour effacer les mots d’hier, mais pour leur permettre de résonner dans nos vies et dans le monde d’aujourd’hui. Bernadette nous livre sa réécriture du psaume 62 que l’Église nous propose en ce dimanche.
C’est avec cette prière que nous entrons dans notre célébration, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit
Bénédicte I.-R.
Psaume 62 dans nos mots d’aujourd’hui
♫ refrain : Dieu mon Dieu, je te cherche mon Dieu Mon âme a soif de toi
Dieu, mon Dieu, je te cherche dès l’aube

Qu’elle est salutaire, l’eau fraîche du torrent après une longue marche !
Qu’elle est persévérante la fleur qui perce le sous-bois pour trouver la lumière !
Mais mon âme, Seigneur, que cherche-t-elle vraiment ?
Quel désir de ton jour ?
Quelle soif de ton eau vive ?
Quel courage pour dire ton chemin ?
Comment témoigner de solidarités humaines et de pardons toujours recommencés alors que la société élit, jour après jour, l’égoïsme forcené, une vérité détournée et l’enfermement dans un modèle où la vie est tronquée !
♫ refrain : Dieu mon Dieu, je te cherche mon Dieu Mon âme a soif de toi

Je suis dans ce magma, et me voilà complice,
j’étouffe, je me débats et je glisse,
improbable issue de mes forces esseulées
… mais tout au creux, là même où j’ai douté, tu as répandu un parfum d’espérance au berceau de ma vie et cette espérance a grandi…
J’ai vu se lever le soleil de ton jour, Seigneur,
J’ai parfois goûté le pain blond des attentes,
J’ai éprouvé l’incroyable joie de la rencontre
Après m’avoir vidée de l’illusoire désir d’abondance,
tu as comblé de silence la nuit de mes disettes,
tu m’as aidée à ne pas replier mes ailes, alors que le soleil faiblissait,
et j’ai volé en ta présence, dès l’aube je t’ai cherché
comme on cherche l’air,
vital,
pour respirer.
♫ refrain : Dieu mon Dieu, je te cherche mon Dieu Mon âme a soif de toi
Bernadette C.
📖 Au livre du prophète Jérémie (20, 7-9)
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi.
Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie.
Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. »

Résonance
Vivre en harmonie avec les exigences intérieures qui nous habitent, rejoindre ce que l’esprit ou notre conscience nous souffle, c’est souvent impérieux et on ne se sent pas bien d’y échapper, cela nous force à sortir de notre zone de confort…
N’est-ce pas précisément ce que vit Jérémie ? l’expérience douloureuse qu’il en fait ?
Réécoutons-le : « à chaque fois que j’ai à dire la parole, cela attire sur moi moqueries et insultes ».
Mais il ne peut pas s’abstenir, sous peine de se sentir infidèle à ce qui l’habite…
Ces mots à dire, il les ressent comme un feu brûlant dans son cœur, impossible de se taire ! Ça lui tient au corps, c’est comme « enfermé dans ses os », dit-il !
Quelle exigeante expérience pour Jérémie que cette urgence à s’exprimer, même dangereusement !
Véritable interpellation pour moi, pour vous peut-être ?
Oser dire…Oser être…Oser faire…Ne pas étouffer la vie qui est en nous, quoi qu’il en coûte !
N’est-ce pas l’expérience même que va vivre Jésus ? Par amitié, Pierre voudra la lui épargner, Jésus résistera ! « Ne m’empêche pas d’oser vivre ma vie et d’aller jusqu’au bout ».
Jean-Luc L.
Méditation musicale
RAVEL – Miroirs – Une barque sur l’océan

📖 Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu (16, 21-27)
À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.
Résonance
« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute » (Tu pourrais me faire tomber). J’ai d’abord été surpris, choqué, par la violence avec laquelle Jésus s‘adresse à Pierre, ce même Pierre à qui il vient pourtant de confier les clefs du Royaume, dans ce même chapitre, ainsi que nous l’avons entendu dimanche dernier. Pierre a été effrayé d’entendre énumérées une à une les étapes de la Passion : « partir », « souffrir », « être tué ». Et il n’est pas certain qu’il puisse alors comprendre ce que veut dire : « ressusciter ».
« Passe derrière moi, Satan ! » : ce sont les paroles de Jésus quand il est tenté au désert : « Arrière Satan ! ». (Mat 4, Jean 6). Je me demande si la violence de Jésus n’est pas tournée autant vers lui-même que vers Pierre. Jésus n’est-il pas lui aussi partagé entre les pensées de Dieu et celles des hommes, lui qui demandera sur la croix « S’il est possible que ce calice s’éloigne de moi. »
Et qui d’entre nous n’éprouve pas cette tentation, quotidiennement, de suivre les pensées des hommes plutôt que celles de Dieu, de sauver cette vie que l’on peut aujourd’hui rallonger artificiellement ? Notre société nous fait miroiter pour cela des moyens de plus en plus performants. À quel prix ? Au prix peut-être de notre vraie vie en Jésus-Christ. La vie humaine est fragile, vulnérable mais le pape Léon nous enjoint, dans sa dernière encyclique, à assumer cette vulnérabilité car « l’amour vaut mieux que la vie » comme le chante aujourd’hui le psalmiste.
Cette injonction est capitale pour moi qui arrive en fin de vie. Oui, j’ai encore beaucoup à découvrir, il me faut aimer l’avenir, et la question n’est plus de savoir s’il y a une vie après la mort mais d’espérer vivre jusqu’à ma mort, mais vraiment vivre, c’est-à-dire aimer et être aimé jusqu’à mon dernier jour. Des témoins l’ont fait autour de moi.
Jean V.
Alors peut-être faut-il entendre autrement cette parole de Jésus : perdre sa vie pour la trouver. Et nous demander très simplement : qu’est-ce que j’accepte de perdre pour avoir plus de vie ?
Partage
Qu’est-ce que j’accepte de perdre pour avoir plus de vie ?

Méditation musicale
COVERSART – P. Glass – Métamorphosis
Quelques échos du Partage
- Je ne me pose pas cette question qui me gêne un peu : je fais des choix et je vais jusqu’au bout
- J’ai choisi de renoncer à un certain confort de vie qui m’avait convenu pendant 25 ans avec un temps partiel pour concilier travail et vie familiale, mais les enfants grandissant, j’ai souhaité être plus au contact, des élèves, des enseignants et de l’administration
- Même si on n’a pas pu avoir d’enfant – ce qui est un grand chamboulement dans une vie personnelle – chaque vie humaine a un sens et est féconde à sa manière
- Dans mon expérience d’immigré, j’ai toujours cherché à me valoriser car j’avais un sentiment d’infériorité, puis j’ai compris que ce n’était plus cela que l’évangile demande : c’est sortir de son égoïsme et valoriser les autres, leur porter mon attention
- Que faut-il accepter d’avoir perdu pour renouveler la transmission de la vie, y compris la mienne ?
- Perdre du temps, avec les autres, pour les autres, dans une époque où tout pousse à gagner du temps, être plus performant… dans mes activités avec les personnes sdf, usagers de drogue, il n’y a rien à gagner, plutôt tout à perdre, perdre du temps et c’est comme cela qu’il y a quelque chose à gagner
- Ceux qui n’ont pas choisi de perdre leur vie – évoqués dans l’accueil : moi non plus, je n’ai pas choisi de perdre ma vie, mais je la perds à petit bout, la mémoire, des pans entiers de souvenirs s’effondrent en silence comme du glacier, je perds aussi la possibilité de voyager et puis j’ai perdu ma compagne – 70 ans de vie commune, je perds des amis mais je peux encore choisir de vivre intensément le temps qu’il me reste à vivre
- Tous les textes de ce jour font référence aux drames de l’été, aux problématiques de l’écologie et au silence qui accompagne tous ces cris ! Tout le monde se moque de moi, dit Jérémie… on s’est beaucoup moqué des pionniers de l’écologie. Le groupe écologie s’engage et vous propose des actions…. on perd du temps pour réfléchir à tout cela et trouver des solutions, mais on est aussi renvoyé au déluge… faut-il une disparition complète ? Où est la voie de Dieu ?
- Dans le film Fjord, rencontre entre une famille traditionnelle roumaine et l’accueil ou le non accueil par les Norvégiens, ce que je trouve intéressant, c’est la perte de certitudes, la perte de sécurité, des deux côtés, pour oser la rencontre…. oui, comme dit le poète, « l’aventure est au coin de la rue »… on peut toujours ouvrir la porte et laisser souffler le vent des autres. Par les autres, j’accueille la vie !
- Quitter, me débarrasser des soucis qui pourraient m’arriver dans l’avenir, des tracas sur le comment va se passer la fin de ma vie proche… c’est un abandon, un effort … mais pour aller plus loin en vivant plutôt le bonheur de ce que j’ai et ce que je peux faire… donc c’est toujours en marche, dans l’espérance et l’abandon

♫ Chant : Pour inventer la liberté G 157
Paroles : M. Scouarnec – Musique : Jo Akepsimas
- Pour inventer la liberté
Brisons nos murs de solitudes.
Pour accueillir la vérité
Brisons nos vieilles habitudes.
Dieu nous appelle aujourd’hui
À nous lever de nos tombeaux.
Dieu nous réveille aujourd’hui
Pour nous donner un coeur nouveau.
2. Pour que renaisse notre espoir
Brisons les murs de l’impossible,
Pour que fleurisse l’amitié
Tissons les liens de l’invisible.
3. Pour partager sur nos chemins
Nos cris de joie, nos chants de peine.
Pour découvrir chaque matin
L’Esprit qui fait germer la graine.
Prière universelle
Élargissons notre prière pour que, par nos voix, elle se fasse universelle
♫ R : Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera
- Je rends grâce pour toutes vos paroles qui m’ont beaucoup touchée et que j’aimerais faire mienne et pour Huguette, ma voisine, décédée ce matin
- Pour tous ceux qui sont victimes de catastrophes naturelles, au Népal ou ailleurs, et je voudrais aussi rendre grâce pour tous ces jeunes qui se mettent au service des autres
- Je voudrais associer Bénédicte une voisine qui a accompagné en Belgique son amie Claire qui a demandé à mourir
- J’ai une pensée pour tous ceux qui ont subi une addiction, tous ceux qui redécouvrent la vie qui est en eux et tous ceux qui n’y arrivent pas et qui en meurent
- Je rends grâce pour cette célébration que j’écoute en marchant dans l’Aubrac magnifique. Merci pour vos paroles et toute cette nature
- Je prie pour tous ceux qui sont sur le front de cette rentrée scolaire
- Pour que nous tous, nous choisissions la vie, la vie vers l’avant, débarrassée de toutes ses scories
- Dans cette année électorale, pour tous les candidats qui se présenteront une passion commune pour la France et tous les Français et pas d’autre chose
- Je voudrais rendre grâce pour tous ceux qui résistent, les petits, les grands, ceux rencontrés au festival des poussières, mais aussi ceux qui résistent dans leur vie professionnelle ou quotidienne, syndicale ou associative dans les pays comme l’Ukraine ou Gaza et puis le Canada qui résiste à Trump, je voudrais les remercier et prier pour que d’autres s’y joignent
- Pour que l’Esprit – le souffle de la vie- nous éclaire sur qui est Dieu

Notre Père
♫ Chant : tu m’as séduit Seigneur
P : Grostefan / M : Wackenheim
Tu m’as séduit, Seigneur,
Lumière sur mes pas.
Dis-moi où tu demeures,
Maître en qui je crois.
1/ « Si tu savais le don de Dieu,
Si tu osais risquer ta vie,
Tu porterais au monde le feu,
Tu le plongerais dans l’Esprit. »
2/ « Si tes épaules portaient la croix,
Si tu voulais prendre ma route,
Tu donnerais au monde la joie,
Et tu le garderais du doute. »
3/ « Viens à ma suite, ne tarde plus,
Parmi tes frères, sois mon témoin.
Le jour est prêt, l’heure est venue,
Laisse là les morts, tu es vivant. »
Bénédiction et envoi
Est-ce qu’avec Jérémie nous pouvons dire : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi » ?Gardons et méditons cette semaine les paroles entendues : Choisir de vivre intensément, chercher la voie de Dieu, sortir de ses sécurités, quitter les inquiétudes et viser le bonheur dans l’espérance. Que la bénédiction du Seigneur soit sur nous, Lui qui est Père, Fils et Esprit
Bon dimanche et bonne semaine. Lundi 31 août à 19 h, venez nombreux préparer la prochaine rencontre autour de la Parole du dimanche 6 septembre




