« Au commencement était le Verbe »
Ainsi s’ouvre l’Évangile de Jean, que nous avons écouté le jour de Noël.
Un écrit inépuisable qui mérite qu’on y revienne encore et encore. C’est pourquoi nous voulions vous partager ce beau commentaire, reçu d’un ami de Saint-Merry Hors-les-Murs, de Biarritz.
C’est Noël, et voilà pour accompagner la méditation sur la naissance de Jésus, un sacré morceau de théologie Johannique ! Mais ce texte intimidant, ne serait-il pas d’abord un poème à recevoir comme un cadeau ?
Quelle entame ! D’emblée, nous voici immergés dans un récit des origines, comparable à celui de la Genèse : Au commencement… la Parole, le Verbe… par qui tout est venu à exister…la Lumière brillant dans les ténèbres. Cela nous rappelle le souffle de Dieu planant sur les eaux : que la lumière soit ! C’est donc un récit de Premier Jour, comme celui qui ouvre la Torah. Un récit que tous les Juifs, tout comme les rédacteurs de cet évangile, connaissent bien. Et nous aussi !

Par la magie poétique de ce prologue où se déploient toutes les narrations des commencements, c’est un immense espace-temps qui s’ouvre à nous. Et puisque c’est Noël, nous ne résistons pas à lever les yeux vers ce ciel nocturne où des voyageurs, des bergers, des mages (des savants) scrutent dans les étoiles les clés des origines obscures. Où, de tout temps, les humains qui ne dorment pas cherchent aussi les signes concernant leurs destinées ; de la même façon, qu’aujourd’hui encore, nous y scrutons d’éventuels signes de vie. Cette voûte, qui ce soir accompagne Orion, la magnifique constellation de l’hiver, ce peut être aussi l’espace des anges, ces messagers de la Bonne nouvelle pour les bergers (Lc 2, 8-14), compagnons à travers les siècles et à chaque époque de notre humanité qui peine à découvrir la Lumière…
L’évangéliste nous livre une clé : la Lumière qui surgit, c’est la Vie ! La Vie vivante, celle qui porte le souffle et qui naît de ce souffle. La vie aux mille formes. La vie qui se donne et se reçoit. La vie, finalement, aussi insondable que l’espace stellaire. La vie pour laquelle on vit et on meurt. La vie des autres, de tous les vivants, la nôtre vie, si précieuse, si fragile. La Vie qui est Lumière. À accueillir, à protéger, à transmettre !
Soudain le récit se focalise sur Jean. Non pas l’auteur de ce texte, ni le disciple le plus proche, mais celui qui, tel Jean-Baptiste, dira de lui-même qu’il est simplement témoin. Non pas Lumière mais témoin de cette Lumière, ce Souffle, cette Parole, cette Vie, que les ténèbres ne peuvent arrêter. Mais le monde ne l’a pas reconnue, les siens ne l’ont pas reçue !

Ainsi, c’est clair, voilà la menace de toujours pour toute humanité : ne pas reconnaître la vraie Lumière, céder aux ténèbres. Nous connaissons tous cet enténèbrement du monde. Ce n’est pas du tout une saga de la lutte entre l’esprit du bien et du mal comme le proclament les gnostiques de toutes les époques. C’est simplement, familièrement, tous les comportements mortifères que nous sommes invités à ne pas choisir : toutes les formes de solitudes, de tristesses, de violences, d’égarements. Ne pas reconnaître la Lumière, c’est abandonner ceux qui sont seuls, ne pas partager ni faire circuler la joie, consentir, yeux fermés et oreilles bouchées, aux traitements inhumains, laisser les uns ou les autres se perdre dans leurs addictions et leurs passions mortifères comme le dieu-Argent et tant d’autres impasses. C’est enfin et surtout, s’abandonner soi-même, en refusant de choisir la Vie !
Voilà comment la Parole qui éclaire tout homme n’est pas reconnue.
N’y aurait-il pas d’issue ? Ne sommes-nous pas tous des enfants de Lumière, nés du Souffle de ce Dieu qui nous a sauvés des ténèbres ?

C’est le moment de retourner ce Prologue et reprendre ce texte à l’envers : Jésus, l’attendu, est arrivé un jour au bord du Jourdain auprès de Jean-Baptiste qui a reconnu en lui le vrai porteur de Lumière. Le Galiléen, désigné par « le plus grand des prophètes », a quitté les siens, s’est mis en marche avec des amis. Par ses paroles, par ses actes, par sa vie et jusqu’à sa mort, il n’a jamais abandonné aux ténèbres cette Lumière dont il était né, et qui l’habitait. Et voilà qu’il nous a donné à nous tous, le pouvoir de devenir vraiment enfants de Dieu ! Non par notre volonté de puissance et de gloriole. Mais simplement en le reconnaissant. Le miracle (le signe) de Noël est dans ce renversement total de nos perspectives imaginaires. Un de nos enfants, un bébé de Galilée, n’a pas ébloui le monde par ses exploits comme nos héros, nos champions, nos élites. Il a reconnu sa dépendance à la source de toute vie et de toute lumière, il s’est armé de douceur (on dit aujourd’hui non-violence), il a gardé un cœur de pauvre pour tout partager avec tous, et il a montré un chemin évidemment caché aux puissants. C’était la voie du salut !

Cet inépuisable texte qui ouvre l’évangile de Jean n’est décidément pas uniquement réservé aux savants. Ni même peut-être aux seuls croyants. Puisque c’est Noël, proposons-nous d’oser le regard du nouveau-né. Le regard de celui qui ne sait rien, qui ne peut rien, et que tout va étonner.
Le regard de celui qui reconnaît que la Vie est un don et qui n’a d’autre option que la confiance que tout ce qui fait vivre lui sera donné : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur la terre, aux hommes que comble sa bonté » !
Bernard Contraires




