Quelques échos du livre de Claude Plettner, Souffler sur quelques lueurs par temps d’inquiétude, Ed Nouvelle Cité, 2026, une recension de Guy Aurenche
Ce livre émouvant et très personnel rejoint le lecteur dans quelques-uns des rendez-vous incontournables de l’existence : affronter une maladie annonciatrice de la mort ; habiter un monde gravement malade, prendre le risque d’une « échappée » biblique.

Claude Plettner écrit avec le cœur, les peurs, les joies et l’inconnu qu’elle a fréquentés et qui nous habitent. Son style remarquablement clair, précis, profond, pudique, ainsi que le recours à la poésie, plongent le lecteur dans un sentiment de familiarité avec la beauté et un irrésistible désir mystérieux d’en savoir plus. L’angoisse profonde, mais pas le néant.
Prendre conscience que le « no-future » devient une affaire intime par la révélation brutale d’un cancer. « Il s’agit de vivre avec devant soi, un temps raccourci ». Le jour tombe. Plus tard il sera trop tard. « La blessure la plus proche du soleil » évoque René Char qui ajoute « Le crépuscule est vent du large ». L’auteure éprouve « l’effraction de (sa) propre mort ».
Puis avec la convalescence, revenir, sans rien oublier de cette première aventure, aux grands vents revigorants, essentiels ; tout ce qui fait que nous n’arrivons pas à désespérer. Rien à voir avec un optimisme béat. Un moment particulier qui aide à ouvrir les yeux sur des réalités banales et admirables à coté desquelles nous passons souvent, sans les goûter. « Laisser s’infiltrer … la calme pulsation du vivant ». « Sauver terre (à bout de souffle) et ciel, océan et forêt, mais aussi ce qui en l’homme fait l’homme ». La fraternité des arbres qui nous offrent l’oxygène mais que nous massacrons allégrement.
Sans oublier l’élan spirituel, sans niaiserie ni naïveté ; plutôt comme « l’élan des commencements ». Notre « démangeaison de l’infini » évoquait le philosophe Nietzsche. Il n’est pas aisé en notre temps de partager des raisons d’espérer. Claude Plettner le fait avec délicatesse jusqu’à rejoindre Etty Hillesum (qui mourut en déportation), lorsqu’elle évoquait, parmi les lueurs dans l’obscurité des jours, l’agenouillement. Faire place à ce qui nous dépasse ; nous dépouiller de notre suffisance et de notre désir de toute puissance, non pour démissionner mais pour « revenir tumultueusement à la gratitude ». Rejoindre l’âme, « ce qui nous anime aux terres de profondeur ». Un souffle ! Ce mot revient souvent dans la méditation de l’auteure qui l’utilise avec suffisamment de modestie pour qu’il ne nous écrase pas du poids de son mystère.
Alors l’évocation du récit biblique de la Création prend toute sa place. Et Dieu dit. Ce Dieu, au nom imprononçable, présent dans l’absence, est « parleur ». Mais non dominateur puisque le septième jour, il laisse aux humains la tâche d’achever le commencement. Ce Dieu est alliance. Le relèvement du Christ est reçu comme « un ailleurs à découvrir dans le dedans de la vie humaine ». À travers Jésus, Dieu s’unit à l’homme jusque dans l’insupportable, proposant une traversée possible du désastre. Un jour qui vient. Sans faire disparaître l’angoisse que Jésus a connue en profondeur. Les premiers chrétiens qui éprouvèrent la présence du Christ, tout en subissant la persécution, témoignèrent de l’expérience d’un souffle. « Je cherche en moi et en dehors de moi les lieux où le soleil donne ». Cette courte évocation des commencements laisse le lecteur maître de la traduction qu’il souhaite leur donner, en insistant sur l’importance de la « foi en autre que soi ».
Plus qu’un programme : un souffle, une lueur.
À méditer, sans modération.




