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Dimanche 22 février 2026. « Conduit au désert par l’Esprit pour être tenté »

♫  Miklos Rozsa : Ben Hur – Le désert

Bonjour à tous et à chacun, à vous qui venez chaque dimanche, à vous qui venez de temps à autre, à vous qui vous connectez pour la première fois, bienvenue à vous tous pour célébrer ensemble la Parole.
Nous sommes heureux de nous retrouver en ces premiers jours du Carême qui a débuté mercredi dernier. En cette année 2026, curieusement, nous y entrons en même temps que nos frères et sœurs musulmans célèbrent le Ramadan. Nous aurons une pensée pour eux qui prient Dieu en même temps que nous.

Les textes que nous allons partager nous sont familiers chaque année. Ils parlent tous les deux des tentations de Satan : dans la Genèse, auprès d’Adam et Ève ; dans Matthieu, auprès de Jésus. Une lecture préparatoire à lundi soir dernier m’a fait penser que tout avait été dit là-dessus. Eh bien non ! Nous étions nombreux pour préparer cette célébration, bravo ! et la parole a circulé riche et pleine de découvertes.

Matthieu nous dit que « Jésus fut conduit au désert pour être tenté par le diable ». C’est la phrase que nous avons choisie pour le lutrin. Que veut dire Matthieu ? Que la tentation permet de se connaître soi-même, que passer par l’épreuve d’une tentation conduit à savoir l’être que l’on est, un être en relation et non dans l’auto-suffisance.
Face aux trois tentations de Satan, qui sont conditionnées par un « Si tu es Fils de Dieu… ». Jésus tire du plus profond de lui des réponses à Satan ; il ne se prend pas pour Dieu. Contrairement au mensonge de Satan à Adam et Ève, « Vous serez comme des dieux » qui semble la clé qui éclaire ces deux textes : se prendre pour Dieu, connaître tout, savoir tout, au lieu de recevoir de Dieu le souffle, la vie, c’est être dans le péché. Il y a trois tentations vers l’auto-suffisance et trois paroles qui inversent cette relation néfaste. 

Face à tout cela il y a la Parole, l’Évangile où l’on choisit. La connaissance de la Parole permet de s’en nourrir, de ne pas se laisser entraîner, de tracer sa route. L’invitation est faite à chacun dans cette célébration où nous entrons maintenant… au nom du Père, du Fils, de l’Esprit

Marie-Antoinette M.

Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

Lutrin, M. Berbonde, Saint-Merry

il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant

… Rappelant son origine, Homme modelé dans la poussière tirée du sol
chaque année, le front marqué des Cendres pour l’entrée en Carême.

Marie-Antoinette M

Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez !

À quoi meurt-on ?

Bénédicte I.-R.

Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. 

Approcher l’arbre de la connaissance du bien et du mal nous plongerait dans la mort ???
Étrange ! Surprenant ! Contraire à notre soif de comprendre. Et pourtant, peut-être nous est-il simplement demandé de  » lâcher prise « 

Patricia M.

La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre était désirable puisqu’il donnait l’intelligence

…Intelligence et discernement, pour moi, c’est faire l’effort de trouver ce qui est juste, ce qui est vrai, et non prétendre qu’on connaît tout du bien et du mal.

Danièle R.

Dieu sait que le jour vous en mangerez vos yeux s’ouvriront… connaissant le bien et le mal »

Et si , au sortir d’une « enfance » protégée, la joie de Dieu n’était pas de voir l’être humain libéré d’une obéissance aveugle , apprenant à  discerner le bien et le mal . Son rêve n’est-il pas de voir l’homme et la femme devenus adultes, debout, capables d’affronter la rudesse de la vie ? Debout, lève-toi, prends ton grabat et marche !…  dira Jésus  au paralytique !

Jean-Luc L.

Alors leurs yeux s’ouvrirent ...

Pourquoi serait-ce mal d’ouvrir les yeux ? Dans les évangiles, c’est si souvent la marque d’une résurrection ! Certes, on préférerait ne plus regarder la télé ni ouvrir les journaux pour ne plus voir les horreurs de notre monde. Mais pourra-t-on dire alors : « on ne savait pas » ? Et il manque la fin de ce dernier verset 7 du chapitre 3 de la Genèse. La voici : Alors ils ont cousu des feuilles de figuier et ils s’en sont fait des ceintures. (traduction Jean Grosjean). Étaient-ils moins beaux quand ils étaient nus ?

Jean V.

et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus

Nus de quoi ? dépouillés de tout, libérés, libres de leurs choix. Prêt à prendre en main leurs vies d’homme et de femme, avec conscience et intelligence, dans un monde nouveau à construire.

Bernard R.

DEBUSSY- Prélude à l’après-midi d’un faune(1,45)

Lutrin, M. Berbonde, Saint-Merry

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : Il est écrit : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : Il est encore écrit : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu» Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Duccio di Buoninsegna, Tentations sur la Montagne, 1310, The Frick Collection museum, New-York

À moi qui n’ai jamais été emportée littéralement dans le désert quarante jours et quarante nuits, que dit aujourd’hui ce texte qui relate les 3 tentations du Christ ?

La première tentation instaure le règne de l’avoir. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Combien de fois, dans mon quotidien, suis-je tentée de satisfaire de façon immédiate mes besoins, voire mes désirs, par la magie de l’argent dont je dispose, par les outils technologiques que je maîtrise, par les facilités qu’offre la vie dans nos pays occidentaux ? Encouragée en cela par l’univers politique et économique dans lequel je vis où l’homme s’enferme dans un matérialisme élémentaire où le désir commande et où l’avoir tient lieu d’horizon. Peu à peu, cette logique façonne un monde où tout désir devient légitime, indépendamment du Bien et du Vrai.

La seconde tentation opère un glissement de l’avoir au paraître. Il ne s’agit plus tant de posséder que d’être vu, reconnu, admiré. Le dessein devient alors de captiver les regards afin de s’assurer une forme de domination sur les esprits. C’est dans cette logique que le diable conduit Jésus au faîte du Temple.
Cette tentation n’est-elle pas aussi la nôtre ? Sous des formes contemporaines, elle nous pousse à soigner notre image plutôt que le cœur, à rechercher l’approbation d’autrui, à nous mettre en scène pour flatter l’amour-propre et asseoir notre influence afin de consolider une position avantageuse dans le regard des autres.
Dans ce règne des apparences — médiatisation à outrance, narcissisme diffus, culte du corps — le risque est d’oublier les richesses discrètes du Christ et de nous détourner de Dieu.

La troisième tentation révèle une perversion plus subtile encore que les précédentes : non plus satisfaire des besoins ou flatter l’ego, mais sacraliser le pouvoir lui-même. Satan ne propose pas le mal sous une forme vulgaire ; il offre l’efficacité, l’emprise sur le réel, la capacité « d’agir ». À condition, toutefois, que l’adoration change de destinataire. En rejetant cette tentation, Jésus rappelle que le Royaume de Dieu ne se gouverne pas, ne se conquiert pas non plus : il se reçoit, dans l’humilité et la liberté intérieure.

Et si, être tenté n’est pas pêcher, nous ne pouvons qu’avoir un peu de reconnaissance pour Adam et Eve, qui en enfreignant la volonté de Dieu, nous permettent de faire preuve de discernement, sauf à faire des fruits de l’arbre, des idoles.

Bénédicte I.-R.

P : Servel – M : Gelineau

1 – Seigneur, avec toi nous irons au désert,
Poussés comme toi par l’Esprit.
Seigneur, avec toi nous irons au désert,
poussés comme toi par l’Esprit.
Et nous mangerons la parole de Dieu,
et nous choisirons notre Dieu.
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Nous vivrons le désert avec toi !

2 – Seigneur, nous irons au désert pour guérir,
poussés comme toi par l’Esprit.
Seigneur, nous irons au désert pour guérir,
Poussés comme toi par l’Esprit.
Et tu ôteras de nos cœurs le péché,
et tu guériras notre mal.
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Ô Vivant qui engendre la vie !

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Photo Francesco Ungaro sur Pexels

3 – Seigneur, nous irons au désert pour prier,
Poussés comme toi par l’Esprit.
Seigneur, nous irons au désert pour prier,
Poussés comme toi par l’Esprit.
Et nous goûterons le silence de Dieu,
Et nous renaîtrons dans la joie.
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Nous irons dans la force de Dieu !

Lundi, lors de la préparation, nous avons vu combien le serpent, ou Satan pouvait mentir, pervertir ou encore détourner la Parole dite de Dieu, être celui qui divise.
Mais moi aussi, je peux avoir la parole de Dieu à la bouche et parler comme le diable : lorsque, par exemple, je la brandis, pour asséner ma vérité bien ficelée ; ou quand je l’utilise à mon avantage, que je la détourne pour servir mon propos ou que je lui fais dire l’inverse de ce qui va vers la vie, vers la libération de toutes les aliénations, fussent-elles religieuses.
Oui, nous pouvons tous être tentés d’idolâtrer un Dieu figé plutôt qu’être dans une relation de liberté, et ce serait tellement commode un Dieu magicien ! Et tellement satisfaisant de pouvoir manipuler l’autre et sa parole, d’en faire notre propriété, plutôt que de l’accueillir….
Fausses images, fausses promesses dans lesquelles nous pourrions entrer…

Alors, accueillir ? Détourner ? Instrumentaliser ? la Parole
C’est le thème de notre Partage de ce jour

Bernadette C.

Détourner ou accueillir la Parole ? Public Domain

Les voix humaines – Telemann

Quelques échos du Partage

  • Ecouter, encore et toujours ! Accueillir la Parole.
  • Quand je commente la Parole, qu’est-ce qui est de moi, qu’est-ce qui est de l’Esprit ? Nous sommes appelés à intérioriser toujours plus cette Parole pour essayer de la comprendre.
  • L’important : partager la Parole à plusieurs pour ne pas la détourner. Son sens se révèle dans le partage.
    C’est une Parole vivante, partagée, qui nous parle différemment dans notre monde d’aujourd’hui. Elle se révèle dans le partage, c’est alors que l’Esprit est en nous.
    Le partage, l’écoute de l’autre, « l’Esprit et nous », font résonner la Parole.
  • Les chercheurs et traducteurs nous proposent des sens divers, nous permettant de nous l’approprier et de la partager. Et il y a aussi des podcasts de Carême sur Radio France.
  • L’interprétation dépend de nos parcours de vie, il faut régulièrement réécouter la Parole.
  • Ne pas utiliser un bout de la Parole pour l’interpréter n’importe comment : la phrase donne son sens au mot, et le chapitre à la phrase.
  • Nous sommes au désert, mais nous ne sommes pas seuls dans ce désert.

D. Rimaud, J. Nicrosa, J-M. Vincent – P&M

Pour que l’homme soit un fils à son Image,
Dieu l’a travaillé au Souffle de l’Esprit :
Lorsque nous n’avions ni forme ni visage,
Son Amour nous voyait libres comme Lui.

Nous tenions de Dieu la Grâce de la vie,
Nous l’avons tenue captive du péché :
Haine et mort se sont liguées pour l’injustice
Et la loi de tout amour fut délaissée.

Qui prendra la route vers ces grands espaces ?
Qui prendra Jésus pour Maître et pour Ami ?
L’humble serviteur a la plus belle place !
Servir Dieu rend l’homme libre comme Lui. »

A. Rodin, Main de Dieu, ~1902, Musée d’Orsay, Paris

Quelles intentions de prière avez-vous le désir de confier à Dieu et faire entendre à la communauté ?
Refrain : Voix de l’esprit, transforme nos cœurs (bis)

Quelques-uns de ceux que la communauté a porté dans sa prière cette semaine :

  • Pour Leïla Chahid, femme de dialogue au milieu des conflits, qui a mis fin à ses jours.
  • Pour ce jeune Quentin, tué dans la rue, quelles que soient ses idées. Pitié pour nous qui avons rétabli dans la rue la peine de mort.
  • Pour ces jeunes qui répandent la fraternité.
  • Pour que le souffle de l’Esprit nous incite à travailler la Parole pour mieux la partager.
  • Pour mes cousins Patricia et Alain, dont la maison a brûlé cette semaine.
  • Pour la famille condamnée à la lapidation au Soudan (pétition en ligne).
  • Pour ma fille, dont j’ai appris hier qu’elle était atteinte d’un cancer du sein.
  • Pour ceux qui sont tout seuls, dans la rue ou chez eux.
  • Pour mon patient Jean-Claude, dont l’opération a échoué cette semaine, et dont la vie est en sursis. Soyons capables d’apprécier nos vies dans leurs finitudes.
  • Pour un couple de nos petits-enfants en difficulté.
  • Pour les rencontres intergénérationnelles durant ces vacances scolaires : qu’elles apportent joie et vie.

Notre célébration se termine mais nous allons nous retrouver en Visio ou en présentiel tout au long du Carême qui commence, pour échanger autour de textes dont voici une petite sélection :

« L’écoute est une forme d’hospitalité : accueillir la parole de l’autre,
c’est lui offrir un espace où il peut être lui-même, où Dieu peut se révéler. »
« Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos idées, mais il se donne dans la rencontre,
dans le visage de l’autre, surtout du plus pauvre, du plus étranger. »

Christian de Chergé

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