
Dans ce contexte de brutalités et de guerres multiples largement provoqué et alimenté par Trump et ses affidés, plusieurs éléments, ces dernières semaines, ont fait ressurgir une grossière instrumentalisation du religieux. Entre paroles et images, l’administration américaine empêtrée dans le conflit du Moyen-Orient vient d’appeler Dieu à la rescousse. Courant mars, eut lieu une séance de prières dans le bureau ovale de la Maison Blanche où plusieurs pasteurs étaient venus entourer le président, le toucher même, en posant leurs mains sur ses bras pour demander au Seigneur sa protection sur le locataire de Washington, sur les forces armées et sur la nation. Il y a quelques jours, et en pire, Pete Hegseth, secrétaire du département de la guerre, dans une oraison publique au sein du Pentagone, suppliait Dieu afin qu’Il donne à l’armée la possibilité « d’exercer une violence extrême contre ceux qui ne méritent aucune pitié ». L’homme, admirateur des croisades, est un membre de la Christ Church, l’une des multiples églises protestantes des USA.

une croix gammée et en légende la devise de l’Allemagne
« Dieu avec nous » – l’Ami du Peuple 7 août 1935
Ces réitérations mortifères, destinées à mobiliser Dieu pour l’implorer à toutes les sauces, même les plus sanglantes, s’apparentent à une donnée quasi ontologique que l’on retrouve aisément dans les religions monothéistes d’hier et d’aujourd’hui. S’agissant du christianisme, est-il bien nécessaire d’égrener tous les conflits, tous les massacres, toutes les atrocités commises au nom de Dieu ? Tous les appels des uns et des autres ? Probablement pas.
Ces collusions insupportables manipulées par des dirigeants politiques sont anciennes. Rappelons-nous le « Gott mit uns » utilisé des chevaliers teutoniques aux soldats de la Wehrmacht en passant par la maison royale de Prusse.
Ou encore la circulaire du ministère de la Justice adressée aux évêques français au début de la guerre de 1870 (26 juillet) avant qu’ils fassent prier « Celui qui tient dans ses mains le sort des batailles et la destinée des Peuples. Au moment où notre héroïque armée se met en marche, demandez à Dieu de bénir nos armes, de permettre qu’une paix glorieuse et durable succède bientôt aux douleurs et aux déchirements de la guerre. »

Trop souvent les hommes d’Église n’eurent pas besoin des pressions politiques pour justifier ces fausses connivences entre Dieu et la guerre. Les raisons invoquées, patriotisme, nationalisme exacerbé, défense des « valeurs ancestrales », lutte contre le communisme, n’oblitèrent pas pour autant des prises de position qui peuvent sembler tout aussi scandaleuses. Là encore, on signalera seulement quelques jalons pour ne pas alourdir le tableau. À l’avant-veille du premier conflit Mondial et dans le contexte tendu des relations internationales, l’évêque de Nancy, Turinaz (1838-1918), avait invoqué le soutien de Marie, « reine des batailles ». Spellman (1889-1967), archevêque de New-York, s’affichant comme défenseur de la Civilisation évidemment chrétienne, fut accusé au sein de son clergé même, de « bénir les canons que le pape supplie de baisser » lors de la guerre du Vietnam. Plus près de nous, le patriarche Kirill de Moscou, ancien collègue de Poutine au sein du K.G.B., est devenu l’un des plus fermes soutiens de l’agression russe contre l’Ukraine, justifiant ce « combat métaphysique contre les forces du mal » et encourageant les troupes à se sacrifier pour la patrie russe.
Si le Premier Testament, si cher aux évangélistes américains, n’a pas toujours échappé à la captation guerrière de Yahvé, le Second, lui, s’ouvre sur la promesse angélique : « Paix sur la terre pour les hommes ses bien-aimés » (Luc 2, 14) comme annonce de la naissance de l’enfant. Et c’est bien sur cette Bonne Nouvelle que s’appuie désormais Léon XIV pour condamner sans appel cette inclinaison à manipuler Dieu en faveur d’un bombardement efficace ou d’une victoire militaire destructrice. « Personne, a récemment martelé le pape, ne peut invoquer Dieu pour justifier la guerre. » Et de rappeler les paroles radicales du prophète Isaïe :
Je détourne les yeux, moulinez vos prières, je n’y suis plus, je n’écoute plus,
Isaïe 1, 15-16 – Traduction de Pierre Alfieri
vos mains trempées de sang, allez donc vous laver, allez vous nettoyer…
Détachez le mal de vos actes.

Octobre 2025 – @Vatican Media
N’est-il pas temps de rappeler que Celui en qui nous mettons notre confiance, celui qui est appelé « prince de la paix » est un Dieu qui, sans cesse, se présente aux hommes comme un Dieu désarmé ?





