Trois aperçus de la visite du 11 Avril 2026 à la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, proposée par l’atelier ACLIAM (Art, Culture, Langage, Intelligence Artificielle, Musique).
Variété des intérêts, diversité des approches, inattendus et découvertes…
Merci à Catherine, Marguerite D. et Marguerite CR de nous partager avec simplicité leur ressenti.
Quand la France apprend à parler le français : quelques remarques
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point la place d’une langue et les conditions de son emploi ont une dimension hautement politique dans une société.
Lors de la visite de la Cité internationale de la langue française, au vu de nombreuses illustrations, j’ai pu vérifier que c’est tout particulièrement vrai en France où l’État a sans cesse placé la langue française au cœur de la construction de la nation et de son rayonnement dans le monde.

- En 1539, avec l’Ordonnance de Villers-Cotterêts, François 1er impose le « françois » comme langue juridique et administrative pour faciliter la bonne compréhension des actes relatifs à la vie publique. Le français devient alors la langue officielle du droit à la place du latin et des autres langues qui faisaient de la France de l’époque une véritable tour de Babel.
- L’Académie française créée en 1655 par Louis XIII à l’initiative de Richelieu, quant à elle, donne au français le statut de langue éloquente, capable de traiter des arts et des sciences.
- En créant la Comédie française en 1680, Louis XIV, visait par cette institution officielle à protéger la création théâtrale tout en assurant un traitement favorable aux comédiens et artistes.
- Ce sont les révolutionnaires qui en 1789 imposèrent la langue française comme projet unificateur au nom du principe que « Chez un peuple libre la langue doit être une et la même pour tous ». L’abbé Grégoire, à la Convention, va même jusqu’à réclamer la nécessité d’anéantir le patois et les dialectes locaux et d’universaliser le français.
- Enfin, à la Cour de Justice de L’UE, les jugent délibèrent en français. L’arrêt est toutefois prononcé dans la langue concernée de façon à ce que le justiciable puisse comprendre le verdict dans sa propre langue.
Après cette visite qui glorifie et magnifie la langue française, j’ai ressenti à la fois fierté et admiration devant sa richesse et son rayonnement ainsi que le privilège de l’avoir pour langue maternelle.
Toutefois, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée émue pour mon grand-père qui, maîtrisant mal le français, s’était permis de parler le breton à l’école et qui en avait été puni.
Émotion et remords aussi envers une camarade de pension qui, en récréation se laissait aller à parler en patois et suscitait moquerie et mépris : voici les symboles que le maître accrochait au cou pour faire honte à celui qui était surpris à ne pas parler français : un sabot (espèce de paysan ignare !! ), un gros os de bœuf (espèce d’animal, lourdaud à tête dure ! ), une boite de chocolat (tu ne veux donc pas ressembler aux Blancs ?! )

J’en conclus que cette langue qu’écrivains et intellectuels se sont efforcés d’épurer et de rendre belle, qui a fait l’admiration des cours européennes, a aussi été source de frustration et de discrimination.
Son imposition parfois brutale et arrogante a créé bien des souffrances et des humiliations chez ceux qui n’avaient pas le privilège d’appartenir à cette élite !!!
Marguerite Dauny
Pêle-mêle
François 1er signe en août 1539 l’ordonnance de Villers-Cotterêts dans sa résidence royale. Ses articles 110 et 111 imposent la langue française dans tous les actes à portée juridique de l’administration et de la justice du royaume, au détriment du latin. Les emblèmes du roi sont sculptés dans la magnifique frise en relief qui orne le pourtour de la chapelle, toute blanche et totalement vide : un effet assuré. Reste aussi de cette gloire, les voussures d’un escalier Renaissance, dont la première montre un homme nu maitrisant un lion : le roi s’y est fait représenter en Hercule lutant contre le lion de Némée. Ailleurs on apprend qu’il était très grand.
La langue et la réalité coloniale. Le grand géographe Élisée Reclus, (1830-1905) à qui l’on doit de magnifiques cartes régionales de France, militant anarchiste, a été aussi un ardent promoteur de la colonisation française. Cependant, dans la seconde moitié du XXe siècle, les peuples retournent la langue contre le pouvoir colonial, le français incarne dès lors une exigence d’émancipation. Aujourd’hui la plupart des pays anciennement colonisés par la France se sont approprié cette langue qui se parle partout à côté d’autres langues.
Trois objets qui m’ont parlé
- Une grande toile de Jouy, imprimée en bleu, montrant des saynètes accompagnées de légendes, vrai reportage en images de la vie au XVIIIe siècle : les Philosophes, le Libertinage, les Sciences de l’homme.
- Une tapisserie du XVIè siècle, avec Penthésilée, reine des Amazones (inconnue de notre petit groupe de saintmerryens) prêtée par le trésor de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers : cette reine prit la parole en français lors du siège de Troie, selon ce qui est écrit dans le phylactère, cette bande visible dans le haut, qui préfigure… les bulles des bandes dessinées.
- Un grand panneau intitulé « Jeux de mots », proposition malicieuse de l’Oulipo (le mouvement littéraire lancé par Raymond Queneau : vous vous rappelez Zazie dans le métro !) invite à découvrir quelques unes des singularités ou des incongruités de la langue française.
Ce fut une belle visite, nous avons appris en nous divertissant.
Catherine Goguel

Le français, entre notre langue et notre tête !
Parfois à la visite d’un musée on est projeté soudain dans un autre temps ou dans un autre lieu. J’ai vécu une expérience très différente ce dimanche lors de la visite organisée par un de nos ateliers.
Partis d’une Gare du Nord bien grise, nous sommes arrivés à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts pour un voyage qui nous a menés des Celtes et des Gaulois au 21e et même au 22e siècle, et depuis le bassin méditerranéen jusqu’à ce château du 17e éclatant de blancheur dont le mobilier et l’équipement sont parfois futuristes.
Comment « exposer » le langage et le français ? Ils étaient diffractés là comme dans un kaléidoscope étourdissant, et l’on pouvait choisir tel ou tel angle d’attaque… comme l’écoute, le dialogue, la transmission, l’évolution, l’adaptation… ou bien le son, les accents locaux, (mon voisin les a reconnus tous avec précision et moi zéro !) les expressions bizarres, les faux amis, les aventures étymologiques incroyables… Ou encore se figer pensivement dans des dilemmes avec des exemples bien typiques : doit-on bloquer une langue dans une pureté supposée ? la corriger ou accepter les nouveautés ? et l’argot de tel milieu ? et les raccourcis ? et les néologismes qui ne cessent de courir après les inventions de leur époque…
Quant à l’IA… elle m’a montré ses atouts sidérants et ses limites encore très peu sensibles : tout un éventail de jeux inimaginables et d’activités diverses, fruits d’une technologie avancée qui fait parade des prouesses démesurées d’une IA intimidante, mais derrière l’illusion chaleureuse des voix, il y a la mécanique implacable des résultats qui ne tiennent pas compte des facteurs humains, la répétition à l’identique pour celui qui n’a (toujours) pas compris, et notre impression décourageante ou humiliante de ne pas pouvoir apprendre puisque « personne » ne répond réellement à nos propres besoins… Je suis contente d’avoir expérimenté cela, mais notons qu’il y avait aussi, heureusement, les animateurs nécessaires pour nous aider !
Comme le Bourgeois Gentilhomme, nous parlons le français sans savoir comment il se fait que nous le parlons…
Cette visite demande peut-être à être recommencée pour profiter au maximum de ce langage
qui nous permet de vivre avec nos frères.
Marguerite Champeaux-Rousselot




