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Festival des Poussières : « N’appelez personne père, maître ou seigneur. »

Jean-Baptiste et Lucie se sont rendus au festival des Poussières, du 20 au 23 août 2026, et nous partagent leurs pépites, glanées lors de cet événement.

Festival des Poussières 2026

La quatrième édition du festival s’est tenue en août en Bourgogne : ce festival est né du rêve de membres du collectif Anastasis pour vivre avec d’autres un temps de convivialité, de fête, de réflexion et de prière. Pourquoi les « Poussières » ? C’est l’inspiration de la Genèse (Gn 3) : « Les poussières sont ce qui reste quand les temps sont consommés. Elles sont donc ce qui résiste. (…) Elles ne sont rien mais elles font tout ».

Un évènement fait de réflexions, de rencontres, de découvertes, de confrontation à l’altérité, à la diversité des personnes, situations et opinions. Près de 900 personnes se sont retrouvées à l’écohameau de Goshen à la Ferme de la Chaux (Côte d’Or) : quatre jours, mêlant programmation intellectuelle participative, propositions artistiques festives et joyeuses, occasions de rencontres, et temps de célébration et de prière.

Tiré de l’Évangile de Matthieu, le thème de l’année était : « N’appelez personne père, maître ou seigneur. »

Qu’est-ce que je retiens de ces journées si riches ?

D’abord l’énergie de la jeunesse dans des temps où le conservatisme et une tradition identitaire semblent prendre le dessus dans l’Église. Les Poussières sont des résistants engagés. Le “service” est au cœur du festival (les organisateurs disent même que c’est le « IN »). Service entre festivaliers pour un moment autogéré, mais aussi service pour le plus grand nombre, exprimé par les engagements des uns et des autres, leurs choix de vie. Quel espoir !

Ensuite, la conscience des limites dans lesquelles nos vies doivent s’inscrire : le hameau Goshen peut accueillir 900 personnes mais les limites du lieu demandent la responsabilité de chacun.e pour que cela puisse se faire. L’eau potable est limitée, les toilettes sèches, la cuisine préparée sur place : toustes doivent mettre la main à la pâte pour que l’autogestion du festival prenne corps (même si le travail préparatoire des organisateurs est considérable !). Ces moments de service permettent de vraies rencontres, des échanges riches et foisonnants. Pour ma part, je garderai le souvenir des moments de vaisselle pour 900 personnes : 15 personnes au service de toustes, des rencontres, des échanges, des moments vraiment humains !

Enfin, l’altérité ancrée dans la réalité. Participant bénévole en soutien de l’équipe organisatrice, j’ai été alerté : on ne peut préjuger de ce que sont les personnes, de leur genre, de leur situation, de leur éducation par le seul fait de les croiser ou de leur participation aux Poussières. Le festival, dans sa diversité, est un moment ancré dans la réalité du monde. Les personnes sont engagées, les débats sont engagés, les réflexions sont engagées. Cet ancrage est une pépite au cœur d’or !

Pour conclure, en mémoire, la douceur du « Notre Mère » récité par une voisine dans un temps de prière.

Jean-Baptiste Morin

imprimé sur un T-shirt

Comme je suis réjouie par les Poussières !

Mes pépites après avoir participé au Festival :

  • Que soit dit à haute voix, et par la relève, qu’être chrétien est politique. Thérèse et Ostiane, deux philosophes, ont exposé le lien aristotélicien entre Thomas d’Aquin et Marx, pour ne pas laisser Thomas d’Aquin être phagocyté par l’extrême droite. Sa morale n’est pas conservatrice.
  • ⁠Le témoignage d’une personne musulmane, complétant l’homélie, qui affirme depuis sa foi : « j’ai vu Jésus quand je suis arrivé en France, j’ai vu Jésus tous les mercredis après-midi à l’entraide scolaire, j’ai vu Jésus à l’association unetelle… » et qui prend soin de nommer tout bas, très distinctement, les prénoms des personnes avec qui il a partagé cette « relation au prochain ». Il n’est pas chrétien, pourtant il nous a parlé très clairement et précisément de l’horizontalité de la croix, de l’incarnation de Jésus aujourd’hui.
  • Dans sa tradition de liberté, le frère Franciscain Frédéric Marie le Méhauté a témoigné de sa présence auprès des personnes dont la vie est précaire, parlant du « péché de structure », tiré de la théologie de la libération qui dit : « à partir des pauvres, on verra plus et mieux ». Si on revient à l’esprit de François d’Assise, qu’il n’y a rien qui ne puisse être réformé ! Alors, le monde peut être autrement : imaginer le monde autrement, c’est la conversion du cœur, c’est politique, ça donne toute leur place à ces nouvelles idées pour bâtir de nouveaux imaginaires pour le monde (comme la Fresque des Nouveaux Récits). Les disciples forment alors ensemble un groupe qui brasse la diversité, c’est une nouvelle organisation qui naît d’une liberté qui nous est donnée par Jésus, pour le changement. Car, en référence à l’Épître aux Romains, « l’autorité est respectable quand elle est ordonnée au bien commun ». Une institution même sacrée ne doit pas être sa propre finalité. Le royaume est la possibilité pour tous d’être sujets : Dieu se révèle à Calais, qui est donc lieu de révélation.
Église des Poussières – Photo L. Bertier

Enfin, je suis marquée par cette jeunesse qui invente le christianisme radical, qui le vit, qui en parle, qui l’offre sous diverses formes : Les Poussières, le Dorothy, le Cri, Lutte et Contemplation, pour n’en citer que quelques-uns. Qui est dans l’inclusion et l’accueil de toustes mais qui, en même temps, intègre dans la liturgie des gestes qui me semblent très traditionnels. Un très jeune répond à mon agacement : « Tu veux laisser tout ça à l’extrême droite ? ». Je dois accueillir même si je n’ai pas eu le temps d’en discuter avec eux.

À côté de cela, le constat que, maintenant, je fais partie des vieux : qu’est-ce que je vais en faire ? Depuis cette posture nouvelle pour moi, je voudrais juste soutenir, soulager, servir, travailler afin que la jeunesse ait du temps pour la suite et pour festoyer. Car Les Poussières, à côté de thèmes graves parfois tristes ou violents, sont radicalement joyeuses. On fait la fête le soir.

Heureuse de la relève !

Lucie Bertier

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