Nous avons vécu une aventure hors-les-murs : comment garder ancré en nous cet appel « du grand large » en retrouvant des murs ? Se donner et accueillir d’autres repères source de curiosité. Une réflexion de Guy Aurenche
Que dire du hors-les-murs, au-delà de la dimension architecturale ? Est-ce : un mode de vie et d’organisation, un état d’esprit et un lâcher-prise, un positionnement et un horizon ? Sans doute tout cela à la fois. L’existence humaine est une aventure hors-les-murs.

Peut- on caractériser cet état ou cette démarche qui est par définition ou par hypothèse non maîtrisable et donc difficilement définissable ? L’aventure vécue par le Centre pastoral Saint-Merry à Paris incite à tenter d’y réfléchir. (cf. L’aventure hors les murs. Ed L’Atelier Paris 2025).
Hors ?
Le hors-les-murs n’est pas un refus de ceux-ci. Plutôt la reconnaissance de leur utilité, en tension avec la liberté de les dépasser ; de ne pas s’y installer et surtout ne pas s’y laisser enfermer. Le « hors » évoque à la fois un état donné ou imposé et un mouvement perpétuel volontaire de sortie, d’au-delà. Il est difficile de vivre ce « hors » dans une période de doute et de repli rassurant sur quelques certitudes.
Murs ?
Nous sommes entourés de murs, au sens très large du terme ; ou nous en construisons, parfois.

- Le mur évoque une idée de limitation de la liberté ; soit en posant une interdiction (frontière), soit en dressant un obstacle sur ma route.
- Les murs ont une fonction protectrice, et nous en avons sans doute besoin pour vivre (la maison) et oser suivre, ensemble, les chemins de l’existence. La règle de droit protège l’individu contre ses propres excès, ou ceux des autres ; elle rend possible la vie en commun. Mais en même temps elle limite notre action ou nous impose une conduite. Le mur dans toute son ambiguïté !
- Le mur comporte une dimension de défi puisque je suis invité à le franchir : chaque étape de la vie, chaque interrogation existentielle ne constitue-t-elle pas un mur à franchir ?
Image Bianca Van Dijk sur Pixabay
Quelques murs ?

- Le mur de notre finitude (la mort) : on s’y cognera quoi qu’on en pense. Certains croient pouvoir en maîtriser le franchissement par le suicide. La plupart d’entre nous s’y laisse conduire, par choix d’un idéal à atteindre avec confiance, ou par épuisement à subir.
- Les murs matériels ou physiques (âge, santé, richesse ou pauvreté matérielle…) que nous sommes invités (ou contraints) à franchir tout au long de l’existence.
- Les murs psychologiques ou psychiques qu’impose le « cerveau » : le « caractère », voire le « caractériel » ; le nôtre et celui des autres. Le mur de l’altérité est sans doute, à la fois, le plus contraignant et le plus stimulant.
- Les murs institutionnels que nous nous construisons ou que d’autres échafaudent et nous imposent. Ainsi les institutions (sociales, ecclésiales, politiques, économiques, …) à travers lesquelles ou grâce auxquelles nous organisons notre existence.
- Les murs idéologiques qui nous sont proposés, imposés, ou/et que nous nous imposons ou imposons aux autres.
- Les murs spirituels, élans de transcendance, appétits artistiques qui sont un mélange de constructions limitées, personnelles ou celles des autres, d’une part ; et d’autre part, qui nous conduisent vers des ailleurs, des au-delà que nous pressentons sans les maîtriser. Nous parlons de transcendance, avec, paradoxalement, le risque de l’enfermer dans des murs. Combien de dieux l’homme se fabrique-t-il ? Il y a toujours un moment dans notre vie où nous laissons ouverts ces « murs spirituels » qui nous conduisent, plus ou moins consciemment, vers des lieux et des comportements non totalement maîtrisables. Ils se nomment l’amour, la sympathie, la fraternité, … .



VIVRE HORS-LES-MURS
Accepter ou choisir de vivre hors-les-murs, revient à ne pas se laisser enfermer dans les modèles, les limites de toutes sortes qu’impose la vie. Cela revient aussi, dans les différentes étapes de l’existence, à renoncer à la maîtrise de la totalité des découvertes, des aspirations que nous éprouvons, que nous interrogeons ; et dont nous nous servons parfois pour irriguer notre vie, celle des autres, et la rendre féconde.
Tel est le paradoxe du mur dont nous ne pouvons nous dispenser : il fait obstruction à des élans et nous provoque, nous appelle au dépassement.
Dans l’expérience de la communauté de Saint-Merry, se retrouver hors les murs d’une église, nous a conduit, non à rejeter les murs dont on nous avait privés, -nous en souhaitons-, mais à les dépasser au moyen d’inventions, de nouveautés qui elles-mêmes poussent à regarder au-delà du nouveau mur qu’elles créent. Ne pas oublier cette expérience d’une certaine « libération », lorsque des murs nous seront proposés.

Plus que jamais, choisir le hors-les-murs dans ma vie (ou dans celle d’une communauté), revient à ne pas s’enfermer dans le cadre ancien, à se donner ou à accueillir d’autres repères en refusant que ceux-ci ne deviennent, à leur tour, des enfermements ; en souhaitant qu’ils soient source de curiosité pour aller de l’avant. Le hors-les-murs devient alors une féconde école pour faire l’expérience irremplaçable de la confiance.
Alors résonne dans notre cœur l’appel d’un certain Jésus de Nazareth :
« Viens suis moi ! Marchons, ensemble. Sortons des murs !
Je suis la vie qui conduit hors les murs ! »





