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« Entretenir un dialogue ouvert et accueillant avec le monde de l’art, en particulier avec les artistes porteurs d’une intuition spirituelle fait partie de la mission de l’Église. » affirme le théologien Ignace Berten. « Quels lieux animer ou ouvrir pour qu’une telle rencontre soit possible ? ». Point d’étape du Collège des Arts visuels.
Le livre sur l’expérience de Saint-Merry, Et vous m’avez accueilli, comporte un chapitre sur l’art qui affiche clairement la couleur « L’art contemporain : une lumière vive pour notre foi ». Saint-Merry a été fidèle à l’intuition du Cardinal Marty : l’Église ne pouvait pas se passer d’un dialogue avec la culture de son temps pour rendre témoignage du message du Christ en plein centre de Paris. Elle le fit de multiples manières, ces dernières années en mettant l’artiste au centre, le laissant entrer avec les interrogations qu’il porte sur le monde, avec sa propre vision du spirituel, avec ses interprétations des textes. À son tour, il acceptait que les croyants lui répondent en interprétant les œuvres comme ils le faisaient des textes le dimanche.
Ce sont les artistes eux-mêmes qui dans les témoignages du livre disent « Et vous m’avez accueilli ». Une phrase destinée à la fois à la communauté, mais aussi au bâtiment, pris comme un quasi-personnage. Le groupe Accueil et le dispositif de communication tournés vers les visiteurs étaient essentiels dans cette dynamique.

« Entretenir un dialogue ouvert et accueillant avec le monde de l’art, en particulier avec les artistes porteurs d’une intuition spirituelle fait partie de la mission de l’Église. […] Cette démarche de la rencontre directe de certains artistes avec le public, chrétien ou sensible aux dimensions spirituelles, me paraît essentielle, car ce n’est pas la préoccupation des musées et des grandes expositions. Que l’Église ne porte pas le souci de la présence sur ce terrain de la rencontre interpersonnelle est réellement un appauvrissement quant à sa mission d’Évangile.» affirme le théologien Ignace Berten[1]Et vous m’avez accueilli, p.120. Et de s’interroger : « Quels lieux animer ou ouvrir pour qu’une telle rencontre soit possible ? »
Avec la fermeture, les artistes ont vécu un effet collatéral notoire. Les expositions les plus spirituelles et parfois prêtes depuis des années ont été annulées sans perspectives.

Le Collège des arts visuels du Centre pastoral s’est saisi de ces questions difficiles. À la différence des célébrations du peuple nomade de Saint-Merry Hors-les-Murs qui peuvent se dérouler en une ou deux heures dans n’importe quel lieu accueillant et disposant de chaises, la rencontre de l’art entre des croyants et un public plus large a besoin de cimaises, de volumes pour les installations, de moyens techniques et encore plus de la présence de communautés, soutenues par leur pasteur, exprimant leur désir d’introduire de l’art contemporain, dans leur propre histoire, dans le bâtiment où s’exprime leur singularité. L’art a besoin de lieux, même temporaires.
Après avoir accueilli pendant tant d’années, le Collège doit faire l’expérience spirituelle, humaine, technique de la demande d’accueil. Pour réussir cette inversion, le dialogue préalable, l’écoute des églises locales, chapelles d’hôpitaux ou autres lieux de recueillement, sont essentiels. Les compétences du Collège sont intimement liées à son réseau d’artistes et de techniciens, mais sa légitimité tient à la démarche globale de Saint-Merry Hors-les-Murs, dont tous les membres sont sollicités pour repérer, étudier attentes et espaces.
Le Collège dispose actuellement d’une dizaine de projets ou d’idées porteuses et mobilisables, au service des églises locales.


Le Collège est donc lui aussi en marche, tourné vers des communautés souhaitant renouveler le dialogue avec une société de plus en plus déchristianisée, et pour partie en recherche de sens, sensible à l’interconnexion entre spiritualité et art.
Mais cet ensemble n’a rien d’un catalogue commercial ! C’est un appel à partager avec d’autres.
Bien d’autres projets sont arrivés par Voir et Dire. Cette réflexion du Collège s’inscrit en complémentarité de tout ce qui se passe à Saint-Eustache, face à la Collection Pinault, qui va devenir le lieu principal de la recherche en art contemporain d’église.
Le Collège est en chemin, sa besace est pleine d’idées, de compétences, de fortes relations humaines. Mais qui va-t-il trouver ?
Au nom du Collège des Arts visuels de Saint-Merry Hors-les-Murs, Jean Deuzèmes
[1] Et vous m’avez accueilli, p.120
Notes
| ↑1 | Et vous m’avez accueilli, p.120 |
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Les évêques français viennent de reconnaître le caractère systémique des abus dans l’Église. Mais, si système il y a, ne faut-il pas interroger ce qui le légitime, à savoir la fonction sacerdotale qui favorise les dérives d’une organisation trop longtemps sûre d’elle-même ?
La chronique d’Alain Cabantous
Durant son interview catastrophique du lundi de Pâques 2021, à la question relative à la pédocriminalité dans l’Église, l’archevêque de Paris répondit avec l’aplomb qu’on lui connaît que ce n’était pas systémique. On le comprend. Cela aurait eu pour effet de remettre en cause et de responsabiliser toute l’institution qu’il défend bec et ongles. Et pourtant le rapport, et après lui enfin, les évêques réunis à Lourdes viennent d’en reconnaître le caractère. Parmi les éléments qui constituent et alimentent la perversité du dit système, la Commission indépendante n’a pas manqué de relever l’importance jouée par la place du prêtre.
On peut lire, entre autres, que : « Dans les témoignages de personnes victimes revient de façon quasi systématique le fait que le clerc agresseur disposait d’une position telle que ses actes étaient insusceptibles d’être empêchés, contestés, voire reconnus ». Car au-delà de la minorité prédatrice, c’est bien la fonction sacerdotale qui est interrogée en profondeur. C’est bien elle qui participe et favorise, directement ou non, les dérives insupportables d’une organisation trop longtemps sûre d’elle-même.
Sans remonter à la longue réforme grégorienne (1073-1150) qui, face à l’Empereur, instaura une structure religieuse très hiérarchisée où s’imposait aux prêtres « la prescription des voies de la perfection », on se contentera de rappeler ici l’importance majeure du concile de Trente (1545-1563). Dans la continuité séculaire de cette image pourtant mise à mal à la fin du Moyen-âge, en appui de textes importants qui fleurissent au début du XVIe siècle (de Geiler de Kaysersberg à Josse Clichtove) et en réponse à la révolution luthérienne, va se déployer la sacralisation du prêtre. Ainsi, dans le catéchisme du Concile de Trente (livre réservé au clergé), les ordonnés « offrent les Saints Mystères pour eux-mêmes et pour le peuple, ils enseignent la loi de Dieu, ils exhortent et forment les fidèles à l’observer avec joie et empressement, ils administrent les sacrements, enfin pour tout dire, ils vivent séparés de tout le reste du peuple pour remplir le plus grand et le plus excellent des ministères. C’est pour exercer ce pouvoir qu’ils ont été institués et consacrés avec des cérémonies solennelles appelées Sainte Ordination. [Par là] les Saints Pères voulaient mieux faire apprécier la dignité et l’excellence des Ministres de Dieu ». Les séminaires, établis poussivement, devaient favoriser ces objectifs. Aussi, peut-on lire dans les règlements de celui de Saint-Firmin à Paris à la fin du XVIIe siècle qu’ils « n’ont été fondés que pour y considérer attentivement la sublimité de ce divin état, en étudier les devoirs et envisager les dangers pour se vider de l’esprit du siècle ».
L’insistance obsessionnelle des théologiens à propos de la notion de séparation avait un aspect « pratique » intimement imbriqué à une dimension ecclésiologique. Celui qui célébrait le « saint sacrifice » in persona Christi capitis, et donc qui, étymologiquement, fabriquait du sacré, le désignait comme le seul intermédiaire entre Dieu et les baptisés. Il ne pouvait que devenir une personne autre. Après son ordination, le voici asexué avant d’être homme, tenu volontairement à l’écart de la société (on interdit peu à peu aux prêtres d’aller dans les auberges, d’être invités à des fêtes ou de chasser) et bientôt habillé différemment des autres.

C’est ce que l’on a inculqué aux baptisés durant des siècles et c’est ce que croient encore « incarner » aujourd’hui beaucoup de prêtres parmi les plus jeunes, formatés au sein de séminaires bien spécifiques (Saint-Martin en France) ou issus des communautés ex-nouvelles. Dès lors, plus la figure du prêtre devient « exotique » plus celui-ci est en quête d’une « réhabilitation qui prend alors la forme d’une mise en scène identitaire » (D. Hervieu-Léger). Mise en scène qui se manifeste plus encore dans la célébration de ce que l’on nommait jadis « les saints mystères ». Depuis les années 1990, lors de la messe, on assiste au retour du décorum, au port de beaux vêtements liturgiques, à des processions d’entrée, à des préfaces souvent (mal) chantées, à la survalorisation de la gestuelle lors de la consécration avec clochettes d’accompagnement et même à la décision grotesque de réserver aux petits garçons, servants d’autel, l’accès au chœur comme pour donner raison au constat du rapport Sauvé. Autant d’éléments imposés qui participent à la volonté de recouvrer cette aura quasi magique du prêtre qui ne préside pas la liturgie mais qui l’impose en s’imposant comme seul sacrificateur pour la communauté.
Face à ce fonctionnement systémique écrasant, on peut alors comprendre le silence des familles ou des paroissiens qui ont longtemps refusé de croire qu’un tel personnage pût s’adonner à des crimes sexuels perpétrés contre des enfants ou des adultes. Sacrée perversité quand même. La complicité passive du milieu, derrière laquelle certains évêques se sont retranchés après quelques affaires retentissantes, n’était que la conséquence lourde et oppressante de cette sur-sacralisation du clergé que d’aucuns aujourd’hui entendent bien perpétuer.
Mais s’attaquer à ce problème majeur et impératif exigerait une véritable révolution spirituelle et nécessiterait qu’on s’interrogeât à nouveaux frais, selon une autre ecclésiologie et une autre dogmatique, sur le sens du « sacrement de l’ordre » que Jésus n’a jamais instauré. « C’est par là », écrit Luther en 1520, « qu’a pris le départ de cette tyrannie détestable des clercs à l’égard des laïcs. Le sacrement de l’ordre s’est avéré et demeure la plus belle machine propre à mettre en place toutes les monstruosités qui ont lieu dans l’Église jusqu’à présent et qui ont encore lieu » (De la captivité babylonienne de l’Église).
Quelle résonance contemporaine !
De la Grande Guerre à la Révolution russe, l’année 2017 a été riche en anniversaires.
Dans sa chronique du 16 novembre 2017 Alain Cabantous a choisi d’évoquer les mutineries de 1917.
Nous vous proposons les articles de cette chronique effacés de notre ancien site en mars 2021, lors de la fermeture du Centre Pastoral.

La France est peut-être l’une des nations du monde qui sacrifie le plus aux commémorations, centenaires (bi/tri…) et autres anniversaires. Il existe même sous l’égide du ministère de la Culture une sorte de comité des commémorations qui recense pour chaque année les événements d’hier qu’il conviendrait de célébrer. Bien entendu 2017 n’échappe pas à la règle. Pour s’en tenir au mois de novembre et à côté de la grande Révolution russe dite d’octobre alors qu’elle se déroula en deux temps (mars et novembre), il eut été possible d’évoquer en vrac, et pour s’en tenir au seul domaine français, en 1817, la restitution de la Guyane à la France, en 1717, la naissance de Jean Destouches dit d’Alembert à Paris, voire, grâce à son hypothétique existence, celle d’Hégésippe Simon, « précurseur », né à Poil (Nièvre). Influencé par le contexte du 11 novembre, j’ai choisi d’évoquer les mutineries de 1917.

Alors que, dans les tranchées, la lassitude l’emporte largement pendant les premiers mois de cette nouvelle année de combats, le général Nivelle, voulant renouer avec la guerre de mouvement — assuré d’emporter la victoire par surprise « sur un ennemi épuisé » ! —, lance le 16 avril la grande offensive du chemin des Dames (au nord du département de l’Aisne) qui tourne au « jeu de massacre ». En quelques jours marqués par des vagues d’assauts toujours repoussées, on ne comptera pas moins de 30 000 morts et 80 000 blessés. S’y ajoutent les conditions effroyables du quotidien et le pilonnage incessant des positions françaises. Circonstance aggravante, après ce premier échec sanglant, Nivelle qui souhaitait prendre une revanche avec la vie des autres, « la chair à canon », lance une nouvelle attaque le 5 mai aussi coûteuse et presque aussi stérile que la première.
L’impéritie entêtée de l’État-major, l’immense accablement des troupes, la catastrophe de l’organisation sanitaire, le faible soutien de « ceux de l’arrière » assez peu préoccupés du sort des soldats expliquent largement le mouvement de rébellion qui s’ensuivit. Comme si cela ne suffisait pas à déclencher la résistance, d’aucuns ont voulu ajouter l’influence des débuts de la Révolution bolchevique. Elle reste pourtant très circonscrite dans la mesure où, par précaution, les milliers de soldats russes qui avaient participé à l’offensive furent vite retirés du front pour être parqués au camp de La Courtine (Creuse) ou envoyés en Algérie.

Les mutineries du printemps entre le 20 mai et le 10 juin qui touchèrent environ les deux tiers des divisions françaises souvent géographiquement regroupées, furent d’intensité très variable et se manifestèrent cette fois moins par des mutilations ou des désertions collectives que par le refus de monter à nouveau en ligne parfois au cri de « Assassins ! On ne montera pas ! » Dans certains bataillons, on envisagea même de marcher sur Paris pour exiger la paix. Pétain qui remplace enfin Nivelle réussit à rétablir le calme en améliorant le cantonnement des hommes et en ménageant les vies des fantassins avec la suspension des opérations. Il attendrait « les Américains et les chars ». En outre, parmi les 3 500 soldats déférés devant la justice militaire, il « n’y — eut — que — » 554 condamnations à mort dont 49 exécutions pour l’exemple, le président Poincaré ayant heureusement usé de son droit de grâce. Après la bataille de Verdun et le printemps 1917, on comprend la raison pour laquelle Pétain resta si populaire parmi les poilus… en 1940.
Dans le tourbillon des anniversaires un rien patriotiques, que faire avec les mutineries ? Pendant très longtemps, on a tenté de les ignorer tout simplement. C’est Lionel Jospin qui dans son discours du 5 novembre 1998, demanda que les « soldats mutins réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale », faisant pousser des cris d’orfraie à quelques députés du R.P.R. et autres membres du Front National. Pourtant dix ans après, en 2007 et 2008, plusieurs communes (Suippes dans la Marne ou Reims par exemple) prirent l’initiative d’ériger des monuments ou des plaques commémoratives pour ne pas oublier ceux qui ont refusé d’obéir. Le 11 novembre 2008, à Douaumont, le président Sarkozy lui-même évoqua l’héroïsme et le courage de ces fusillés sans envisager une réhabilitation juridique ou judiciaire. Pourtant, ne serait-il pas temps de le faire en reconnaissant que ce n’était pas « un mouvement séditieux de canailles que l’on brise mais bien l’irrésistible sanglot des Français » (Philippe Barrès, journaliste et homme politique, fils de Maurice Barrès).
le 16 novembre 2017
« Ô Dieu pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes…» Jean-Luc Lecat revient sur ce que recouvre cette phrase prononcée récemment à Lourdes lors de l’assemblée des évêques de France.
Oser aller jusqu’à la racine demandait François le 20 août 2018 : « dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ». Or la racine n’est-elle pas précisément exprimée dans cette phrase, dite sûrement en toute bonne foi et humilité, par le président de la Conférence épiscopale française lors du temps pénitentiel à Lourdes, ce samedi matin 6 novembre 2021 : « Ô Dieu pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes demande une exemplarité sans failles…»
Cette phrase resplendit d’humilité, de repentance… et de la toute puissance de Dieu, que s’attribuent ainsi les évêques : Eric de Moulins-Beaufort parle à Dieu du pouvoir que Dieu leur donne à eux tous, les évêques.
J’avoue avoir été scotché par la simplicité et l’énormité de cette formule : « le pouvoir que tu nous donnes… »
C’est l’affirmation même de cet être sacré que se reconnaissent les évêques et avec eux tout le corps sacerdotal, et cela depuis les premiers conciles. Dire ce que pense Dieu, agir selon ce que Dieu veut, se prétendre représentants de Dieu sur terre, voilà selon moi la racine du mal.
Nous sommes habitués à ces formules… « le pouvoir que tu nous donnes » … Au fil des siècles, Il s’est vécu des choses magnifiques au nom de ce pouvoir, il y en a eu aussi d’insupportables et d’abominables. La pédocriminalité ne vient-elle pas, comme un vrai séisme, mettre notre Église au pied du mur ? Et nous contraindre à poser des questions qui fâchent et qui peuvent faire très mal…
« Le pouvoir que tu nous donnes » … Qui peut s’arroger le droit de dire ce que Dieu pense, ce que Dieu est, ce que Dieu veut ? Qui peut prétendre agir au nom de Dieu ?
Oser au moins se poser cette question, accepter tout ce que cela peut avoir de déstabilisant, se préparer à renoncer à tous ces pouvoirs qu’on croyait avoir, et chercher, dans l’égalité totale, comment faire face à cette crise, comment marcher ensemble…
« Le pouvoir que tu nous donnes » … Non, selon moi, aucun d’entre nous, même pas François, ne peut parler du «pouvoir que Dieu lui donne» et cela pas plus une personne qu’un groupe, même s’il s’agit de l’Église. Cela c’est s’annexer Dieu. Qui pourrait avoir l’audace de s’approprier Dieu ?
Pardonnez-moi ma radicalité. Peut-être vous paraîtra-t-elle un orgueil démesuré, une prétention incroyable et inadmissible. Tant pis mais je crois qu’il faut avoir le courage d’appeler un chat un chat… un abus de pouvoir un abus… même si cela dure depuis des siècles !
«Un tournant… place aux actes… le grand pas de l’Église de France… » !
Les réactions d’une partie de la presse quotidienne varient selon les sensibilités et la proximité avec l’Église, qui vient d’adopter plusieurs résolutions en assemblée plénière suite aux recommandations du rapport rédigé par la Ciase[1]Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.
Les enjeux sont suffisamment graves pour ne pas se réfugier dans le constat facile du verre à moitié vide. Ils sont suffisamment fondamentaux pour ne pas se ranger dans le camp des grincheux stériles.
Je choisis le camp des insatisfaits reconnaissants et constructifs. Cet édito n’est pas le lieu de critiquer l’ensemble des mesures arrêtées, mais d’ouvrir une fenêtre sur la responsabilité à venir, celle des évêques et la nôtre. Plusieurs commentateurs les interpellent : « Allez jusqu’au bout de votre entreprise. Encore un petit effort messieurs les responsables ! ». J’ajouterais : « Et à nous de jouer ! »
Il n’est pas assez fait référence à l’Évangile, à mon goût, mais il me semble que l’esprit de la démarche entreprise par l’assemblée manifeste très positivement que celle-ci été « atteinte » par le cri et les attentes des personnes victimes. « À cause de ce que la Ciase nous a mis sous les yeux ». Enfin ! Comment partager une bonne nouvelle sans écoute préalable des plus petits et des blessés ? Des moyens sont pris pour entendre les personnes victimes d’actes de pédocriminalité. Quels moyens nous donnons-nous dans nos communautés pour être à l’affût, d’une manière systématique, non pas des « sans-voix » comme nous le disons facilement, mais de celles et ceux dont nous ne voulons pas entendre la voix ?
L’écoute fut aussi celle de ces « fidèles catholiques » qui à 76 % se disaient insatisfaits de la réaction des responsables de l’Église jusqu’à ce jour [2]Sondage La Croix. Écouter la voix du Peuple de Dieu n’est pas un luxe, sur le chemin synodal, mais cela demande de bousculer nos habitudes pour y parvenir vraiment.
Parce que la dimension systémique des violences est reconnue, des groupes de travail sont créés dont il est précisé qu’ils seront composés entre autres personnes par des laïcs. Merci de la précision. Qu’en sera-t-il des suites données à ces travaux ? Combien de synodes diocésains ont prouvé la capacité de réflexion et de proposition du peuple catholique, mais ils n’eurent aucune suite. L’assemblée prévoit que « la réception globale de ce travail aura lieu avec… l’ensemble des forces vives de l’Église de France ». Pourquoi ne pas préciser tout de suite qu’il sera clairement tenu compte de leur diversité dans les modalités de désignation. Et surtout aurait-il été impensable de préciser à ce stade comment et par qui les décisions seront-elles prises ? De même lorsqu’il est prévu que « les commissions et leurs (des évêques) conseils seront composés d’évêques et d’autres membres du peuple de Dieu ». La modestie de la proposition recommandant « qu’au moins une femme » participe au conseil de chaque séminaire permet de tout espérer, mais… !
Certaines questions doctrinales rejoignent les causes profondes des abus ou du silence à leur égard : morale sexuelle, anthropologie, sacerdoce ministériel, distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de commandement… Elles seront traitées par « la Commission doctrinale ». Pourquoi pas ? Mais comment sera-t-il tenu compte du « sens de la foi des fidèles » sur ces points fondamentaux ? Il ne s’agit pas de se méfier des spécialistes, mais plus positivement de donner toute sa force au projet synodal qui suppose la contribution de tous et toutes, y compris et surtout, sur des points essentiels. Par exemple, au sujet du caractère sacré du « pouvoir » reconnu aux responsables. Comment ne pas s’inquiéter d’entendre le 6 novembre, l’un des évêques, pendant la prière de pénitence, demander à Dieu « pardon de ne pas avoir compris que le pouvoir que tu nous donnes… » ? Un tel lien entre autorité des instances et pouvoir « confié » par Dieu peut être source de beaucoup d’ambiguïté sur la « nature » de ce pouvoir.
Bienheureux les affamés de justice, affirme l’Évangile. Comment ajuster sans cesse nos comportements aux principes énoncés ? Un long et patient chemin à parcourir, ensemble, en confiance.
Papiers d’identité, passeports, fichiers de recensement… C’est une vieille histoire que cette volonté des institutions de connaître et de contrôler les sujets ou les citoyens. Avec la récente création d’un fichier visant à centraliser les données biométriques de 60 millions de Français a-t-on franchi un pas de trop ? Le regard de l’historien Alain Cabantous.
Chronique du 18 novembre 2016
Nous vous proposons les articles de cette chronique effacés de notre ancien site en mars 2021, lors de la fermeture du Centre Pastoral.

Le 30 octobre 2016, le gouvernement a fait passer par décret la création d’un fichier dénommé la T.E.S. (Titres électroniques sécurisés) visant à centraliser les données biométriques de 60 millions de Français et à éviter toute falsification ! Déjà en 2012, le gouvernement Fillon avait présenté une loi très proche retoquée par le Conseil Constitutionnel et que Jean Jacques Urvoas, actuel garde des Sceaux mais alors député d’opposition, avait considérée comme « un fichier à la puissance jamais atteinte ! Aucune autre démocratie n’a osé franchir le pas ». Voilà qui est fait mais avec le climat terroriste et l’argument de la modernisation technique en plus. Sans compter à l’inverse la cible que représente cette centralisation pour des hackers espions. On ne s’empêchera pas de penser qu’en dépit de certains garde-fous, les dérives ne sont jamais exclues et jamais loin la tentation des pouvoirs de se doter des meilleurs moyens afin de contrôler les individus.
C’est bien sûr une vieille histoire que cette volonté des institutions de savoir qui est qui. À partir du XIIIe siècle surtout, l’Église, avec l’enregistrement des mariages (1214) et la création de l’Inquisition (1231), joue un rôle majeur dans ce domaine. À leur tour, les justices d’États font établir des registres de criminels. Vers la fin du XIVe siècle, des descriptions physiques commencent à s’agréger aux seuls patronymes, les taches sur la peau ou les cicatrices, tenues pour « la mémoire des événements ». Puis au XVIe siècle, les autorités ecclésiastiques tentent de généraliser assez systématiquement la tenue des registres de baptême, de mariage et de sépulture. Ce qui n’exclut pas les usurpations d’identité et l’affaire de Martin Guerre dans les années 1550-1560 reste un exemple fameux saisi par le cinéma.

De son côté, l’affirmation de la puissance civile nécessitait pour le prince de connaître ses peuples. Compter les hommes participait du principe de bon gouvernement. Même si la pratique est ancienne, voyez l’Évangile de Luc, elle se systématisa au XVIIe siècle avec l’établissement de dénombrements. Les raisons fiscales ou militaires n’excluaient pas une connaissance précise des populations, notamment urbaines. L’identification des individus contribuait elle aussi à établir une « bonne police », élément essentiel pour favoriser « le développement harmonieux de la société ». Mais les princes n’avaient pas les moyens de leurs grandes ambitions. Au cours du XVIIIe siècle en effet, les autorités françaises avaient – déjà – caressé le rêve d’établir un grand registre où serait consignée l’identité de chacun. Il fallut pourtant en rabattre et se contenter de contrôler les éléments les plus mobiles de la société. Les marins, les soldats mais surtout les faux pèlerins, souvent des mendiants, les compagnons et les fugitifs. Surveillance accentuée en temps de guerre et reprise par plusieurs États italiens comme les duchés de Toscane ou de Parme.
Ce besoin de contrôle passa par la nécessité d’avoir des papiers d’identité. Aux sauf-conduits on préféra les passeports avec un signalement de plus en plus précis des individus. En France, la grande peste de Provence de 1720 fut un facteur décisif puisque, pour que l’épidémie ne puisse se propager, personne ne pouvait sortir d’un périmètre gardé par l’armée à moins d’être muni d’un document attestant de son état civil et… sanitaire. Peu à peu, papiers et registres entrèrent dans la vie quotidienne des personnes, provoquant une circulation accrue de documents falsifiés. L’emprise s’accrut encore au cours du XIXe avec l’instauration des états-nation qui multiplièrent les recensements non sans résistance de la part des populations (France en 1851, Nord-Est brésilien en 1852, Russie en 1897). C’est encore au cours de ce siècle que les papiers d’identité commencèrent à répondre à des usages précis : carte électorale, livret ouvrier, livret militaire, papier de santé, etc. Simultanément, après les années 1880, en France ou en Allemagne, la protection du marché du travail, la défense de la patrie accentuèrent la surveillance des étrangers, suspects par nature.
Si l’anthropométrie judiciaire, à la suite des propositions de Bertillon, date de 1882, il faut attendre le XXe siècle pour que s’impose la carte nationale d’identité : 1924 en Italie, 1935 puis 1940 en France. Y échappent toujours les citoyens britanniques et américains ! Aujourd’hui la puissance des outils technologiques fait de cette longue histoire une sorte de joyeux bricolage. La victoire annoncée de Big Brother au nom de la sécurité nationale laissera-t-elle encore un peu de place à l’intime qui façonne chaque personne ? Pas sûr. Mais l’historien n’est ni un astrologue ni un tireur de cartes fussent-elles d’identité.
le 18 novembre 2016
Les textes de ce dimanche nous interrogent sur notre manière de donner, qui est plus importante que ce que nous donnons. Donner, même si j’ai peu, est un chemin de vie : c’est rencontrer l’autre plus loin que l’apparence, à la suite de Jésus.
Ici, lien vers le partage à 11h (ID 954 7053 6952 Code 015288).
Blow: Venus & Adonis – Ed. Bruce Wood for the Early English Opera Society – Ouverture
Bonjour à vous tous, vous les amis connus ou vous qui peut-être nous rejoignez pour la première fois; nous sommes heureux de partager tous ensemble ce temps autour de la Parole.
Nous sommes au terme d’une semaine dense pour notre communauté et pour le monde : après l’annonce du décès de Gérard Wybo, beaucoup ont témoigné avec gratitude de tout ce qu’il leur avait apporté ; ce samedi, plusieurs d’entre nous se sont retrouvés à Notre Dame d’Espérance autour d’Isabelle, de Philippe et de leur famille ; toute cette semaine, les médias se sont fait l’écho de l’Assemblée des évêques à Lourdes, qui doit engager l’Église de France dans une nécessaire réforme, et enfin il y a eu les négociations de la COP26 pour l’avenir de notre « maison commune ».
Nous étions 13 à préparer ce partage lundi: nous avons échangé, nous nous sommes interrogés, et après une discussion intéressante sur le texte de Paul aux Hébreux proposé pour la liturgie de ce dimanche, nous avons décidé de garder pour notre célébration d’une part le psaume, d’autre part l’extrait du Livre des Rois et le passage de l’Évangile de Marc, deux textes qui nous semblaient en grande cohérence, avec ces deux femmes exceptionnelles, capables pour donner, de prendre sur leur manque – ce qui nous met sur le chemin d’un questionnement plus ancré dans notre réalité quotidienne.
Et « quand deux ou trois sont réunis en mon nom », dit Jésus, « Je suis au milieu de vous », au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Nous poursuivons notre célébration avec la lecture du psaume qui nous a semblé en parfaite résonance avec la lecture des Béatitudes par laquelle s’est achevée notre célébration de dimanche dernier, reprenant le thème de la joie, des affamés rassasiés, de la justice, de la consolation et de la fidélité du Seigneur.
Solange de R.
Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.
Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !
Élie se mit en route pour Sarepta. Lorsqu’il arriva à l’entrée de la ville, il vit une femme, une veuve, qui ramassait du bois. Il l’appela et lui dit : « Apporte-moi, je t’en prie, un peu d’eau dans ta cruche pour que je boive.» Elle partit en chercher, mais il la rappela et lui dit : « Apporte-moi aussi, je t’en prie, un morceau de pain. » « Aussi vrai que le Seigneur ton Dieu est vivant, je te l’affirme : je n’ai pas de pain , répondit-elle, il ne me reste qu’une poignée de farine dans un bol et un peu d’huile dans un pot. Je suis venue ramasser quelques bouts de bois, je préparerai ce qui nous reste pour mon fils et pour moi, et quand nous l’aurons mangé, nous n’aurons plus qu’à mourir. » Élie lui dit : « N’aie pas peur. Rentre et fais comme tu as dit. Seulement, tu me prépareras d’abord une petite galette de pain que tu m’apporteras. Ensuite, tu en feras pour toi et pour ton fils ». Car ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël: « La farine ne manquera pas dans la jarre, l’huile ne manquera pas dans le pot, jusqu’au jour où le Seigneur fera tomber la pluie sur la terre ! »La femme alla faire ce qu’Élie lui avait dit ; et ils eurent à manger pendant longtemps, elle et son fils, ainsi que le prophète. La farine ne manqua pas dans le bol, ni l’huile dans le pot, conformément à ce que le Seigneur avait dit par la voix du prophète Élie.

Buxtehude – Membra Jesu nostra – Cantata II : Ad genua : Ad ubera portabimini
En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. » Jésus s’était assis dans le Temple, en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
Le regard de Jésus
« Jésus s’était assis dans le Temple…et regardait comment la foule versait de l’argent au Trésor ».
Ce qui me frappe c’est la capacité de Jésus à regarder : il est capable de s’arrêter, d’ouvrir les yeux et son cœur, de s’émerveiller, de voir au-delà même des apparences. Il remarque cette femme qui donne, alors qu’elle n’a quasiment rien, mais il voit surtout comment elle donne.
Regarder avec tendresse, émerveillement, et à travers le regard, rencontrer l’autre plus loin que ce qui se voit : « l’essentiel est invisible pour les yeux ».
Le regard de Jésus est un regard qui fait exister la personne à qui il s’adresse. C’est un regard constructif, un regard créatif, en un mot un regard aimant.
Patricia M. et Jean-Luc L.

RIEN DONNER
…. DONNER RIEN
Ressentons comment résonne au fond de nous chacun de ces deux expressions.
Dans le premier cas, j’exclus le fait de donner ; dans l’autre, je pose insensiblement ma manière d’être sur le « DONNER ». Ce que je donne vient après et c’est finalement secondaire ; comme l’enfant qui, plein de gratitude, ayant envie de donner, ramasse ce qu’il a sous la main, un caillou, une feuille, une fleur et court vers sa mère, avec un sourire lumineux, pour lui faire un immense cadeau. N’est-ce pas à cette manière d’être qu’Élie invite la veuve de Sarepta ? L’important, c’est d’être dans le « DONNER ». C’est cela qui nourrit et même, à l’infini : « La farine ne manqua pas dans le bol, ni l’huile dans le pot ».
Jésus nous offre le même trésor dans l’Évangile ; ce n’est pas ce que je donne qui donne la vie, c’est le fait de donner ce que je n’ai pas ; donner là où je ne suis pas bon, là où je n’ai pas de solution toute prête pour l’autre, là où je n’ai pas de temps.
Donner ce que je n’ai pas est proprement vertigineux, car ce que je n’ai pas est infini, sans limites et ce n’est pas facile à accepter. C’est pour cela, qu’Élie commence par dire à la veuve de Sarepta : « N’aie pas peur ».
Nous avons tous l’expérience d’accueillir un ami qui est en difficulté et de ne pas savoir comment l’aider. Nous aimerions tant lui apporter une solution ! Et bien, il nous est dit dans ces textes, que ce qui apporte la vie, c’est d’être là et de donner ce que nous n’avons pas ou ce dont nous manquons. Lacan a aussi dit : « Aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas ».
Ne nous est-il pas proposer de nous asseoir, comme Jésus, dans le Temple de Dieu qu’est l’homme, de regarder la vie et de donner, ne serait-ce que deux pièces ?
Michel M.
Bach : Sonate pour Viole de Gambe en Ré Majeur, BWV 1028: I. Adagio
Qu’est-ce que je donne, comment je donne ?

Bienheureux le pauvre W22-98 – Paroles : D. Rimaud – Musique : P. Robert

Bienheureux le pauvre au seuil des festins :
Les palais de Dieu lui sont fraternels
Bienheureux le monde où l’argent n’est rien :
Les trésors de Dieu seront éternels !
Bienheureux les bras ouverts au pardon :
La bonté de Dieu reçoit leur espoir !
Bienheureux l’enfant dans son abandon :
Car la main de Dieu ne peut décevoir !
Bienheureux le nom du juste opprimé :
La pitié de Dieu sera sans défaut !
Bienheureux le corps qui n’a pas compté :
Car l’amour de Dieu veille à son repos !
♫ Refrain à écouter :
Seigneur mon Dieu dans cette nuit je crie vers toi
Prête l’oreille à ma demande que ma prière parvienne jusqu’à toi
Quelles intentions de prière voulez-vous confier à la communauté ?
Nous évoquons Gérard Wybo qui vient de nous quitter, son humanité, son attention à toutes les vulnérabilités, son sens de la fête, de la vie et du partage ; accueille-le, Seigneur, dans ta maison.
Pour les évêques réunis à Lourdes, qui viennent de reconnaitre la responsabilité institutionnelle de l’Eglise et la dimension systémique des crimes d’abus sexuels sur mineurs , afin qu’ils aient l’audace de réformer la gouvernance de l’Eglise et de suivre la mise en œuvre des mesures adoptées, nous t’en prions, Seigneur
Pour la COP26 : après le constat d’urgence et alors que peu de pays ont formulé des engagements clairs, c’est un appel à agir avec courage, à poser des actes concrets et ambitieux pour lequel nous te prions, Seigneur.

Gérard Wybo nous a quittés vendredi 29 octobre au matin. Un dernier à-Dieu a eu lieu le 10 novembre à Saint-Merry. Son visage se dessine à travers tout ce que nous avons vécu d’intense avec lui et qu’il a su partager : son écoute, une grande proximité avec chacun, une attention à toutes les vulnérabilités, sa grande sensibilité et aussi son sens de la fête et de la « bonne vie ». Nul doute que Gérard continue d’exister par ce que chacun dit de lui à travers la richesse des expériences vécues. Nous publions ici les souvenirs de ses amis, suivis d’un article que Gérard avait envoyé à la rédaction en juillet 2015, le lendemain de la mort de Xavier de Chalendar.

Pour résumer : « humble, c’était un GRAND ».
Gérard et sa foi — pas de partage du pain sans partage de la parole.
Gérard au grand cœur qui savait écouter et entendre et donner généreusement.
Gérard le consolateur — Gérard et sa parole.
Gérard l’artiste a dessiné le logo du CPHB que nous utilisons encore.
Gérard et ses réalisations artistiques à Saint-Merry dont de nombreuses crèches.
Gérard assurant presque toutes les célébrations de 12 h 15 en semaine à Saint-Merry.
Gérard et les forains qui l’adoraient (dix ans à partager leur vie – célébrations régulières, mais aussi mariages et enterrements dans toute la France).
Des forains qui sont allés chercher Gérard en fauteuil roulant pour qu’il participe à la célébration de Noël un 24 décembre 2019.
Gérard et les sans domiciles fixes – Gérard célébrant les funérailles de notre Jean Baptiste (le vietnamien sans domicile qui dormait dans nos couloirs).
Gérard qui aimait les fleurs.
La dernière fois que Gérard est venu à la maison, c’était en été 2020… après le déjeuner, je l’ai accompagné place de la Nation où nous avions rendez-vous avec des forains, de vrais amis pour qui il était très heureux d’avoir fait le déplacement.
Cet été encore, malgré sa faiblesse, il a célébré des funérailles des « potes ».
Il me semble que nous devons aussi prier pour sa petite sœur Dominique qui s’est beaucoup occupée de lui pendant sa maladie et pour Eliane qui a été une vraie amie dévouée pour Gérard.
Je ne suis pas douée pour les éloges, Gérard c’est un GRAND et il continuera à vivre dans nos cœurs…
Merci Gérard d’être toi – nous rendons Grâce de t’avoir connu.
Marie-Louise
Spontanément sans trop chercher : je pense à la grande sensibilité de Gérard qui ne pouvait s’empêcher de pleurer quand pendant le mémento des morts il évoquait quelqu’un qu’il connaissait… On en plaisantait souhaitant être enterré par lui, nous assurant au moins une personne qui pleurerait pour nous… aujourd’hui, c’est nous qui pleurons Gérard !
Sylvie


J’ai appris le décès de Gérard et je vais vous dire ma tristesse du fait de cette séparation. Gérard aimait m’appeler son « cousin » et évidemment j’aimais passer du temps à discuter avec lui, autour du partage du foie gras et d’un peu de vin dont il me savait friand. Il était cette « mémoire vivante » du quartier et de Saint-Merry. À présent qu’il plaît au Maître de la vie de le rappeler à lui, ma prière est toute simple : que le Seigneur l’accueille en sa demeure, qu’il y vive l’éternité bienheureuse. Courage et paix à sa famille et à tous ceux qu’il a côtoyés et aimés ! Prions dans son énergie et son amour de Saint-Merry le bonheur de porter l’évangile du Christ.
José


En rédigeant ces quelques lignes, je tiens à dire toute ma reconnaissance à Xavier, qui nous quitte après une longue et belle vie pleine d’audace, d’innovations et de détermination.
Xavier, dès mon ordination, m’a fait confiance et nommé aumônier de lycée : je crois humblement que je lui dois d’avoir accompli un ministère étonnant, en partenariat avec des collègues qui étaient des battants.
Le dimanche 28 juin dernier, lors de la messe, Jacques nous a dit l’urgence d’avoir une saine christologie. Pour ma part, je continue mes recherches et mes questionnements sur l’Eglise, ayant eu la chance d’avoir assuré des pastorales diverses et variées, en France comme à l’étranger. Il m’apparaît, plus que jamais, que nos recherches en ecclésiologie peuvent faire sauter des verrous, quitter des habitudes sécurisantes et nous ouvrir à l’inconnu, à la nouveauté : la nouveauté de l’Évangile.
À partir de la pastorale catéchétique et liturgique depuis 1975, j’avance de découverte en découverte avec les textes de la multiplication des pains : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Les disciples n’avaient rien : ils le savaient bien, ce qui alimentait d’autant plus leur panique face à la foule.

Je souhaiterais ne rien avoir ! Car lorsque je n’ai rien, j’ai toujours la possibilité d’aller vers l’autre, dans une autre logique que celle d’apporter et de donner. Ce qui fut le cas pour les disciples, lors de la multiplication des pains. Je crois et je dis que, dans ce chemin vers l’autre et avec l’autre, il y a la place pour quelqu’un d’autre.
Sur la route d’Emmaüs, ils étaient deux à faire route ensemble et.. Jésus vint les rejoindre.
Oui, aujourd’hui je tiens à poursuivre mes questionnements sur l’Église. À partir du premier septembre prochain, je serai résident à Saint-Merry, membre de la communauté du CPHB et, à plein temps, à la Pastorale des Artisans de la Fête.
Oui, je dois beaucoup à Saint-Merry, avec sa volonté d’être au cœur du monde, dans ses engagements et ses luttes pour la justice, la solidarité et la paix, avec ses travaux partagés avec les artistes, avec son audace et sa détermination de croire en la coresponsabilité « prêtres-laïcs », au-delà de toutes les réticences.
Oui, nous avons fait route ensemble et nous continuerons nos discussions, nos partages et nos recherches.
La communauté aujourd’hui me permet d’avoir vraiment ma place dans une pastorale en plein vent, avec le monde du voyage et de la Fête, dans la mesure où vous m’avez accompagné, pour beaucoup d’entre vous, et que vous m’accompagnerez encore et encore.

Porté par la grande famille du CPHB, du Centre Pastoral, c’est très serein que j’accueille ce nouveau plein temps :
Être au cœur de la fête
et résident à Saint-Merry.
Gérard Wybo – 6 juillet 2015
« Mensonges éhontés, populisme extrême… telles sont aujourd’hui les expressions qui définissent le comportement du candidat des Républicains pour l’élection présidentielle américaine. Et pourtant, le problème ne réside pas d’abord dans les singeries médiatiques de Donald Trump. Non, la question principale est bien celle de savoir comment ce milliardaire est arrivé là ». Qu’en est-il, en somme, de la plus vieille démocratie du monde ? La chronique d’Alain Cabantous du 24 octobre 2016.
Nous vous proposons les articles de cette chronique effacés de notre ancien site en mars 2021, lors de la fermeture du Centre Pastoral.
Mensonges éhontés, machisme outrancier, populisme extrême, déni de démocratie, injures, propositions dangereuses et ineptes telles sont aujourd’hui les expressions qui définissent très justement le comportement du candidat des Républicains pour l’élection présidentielle américaine. Et pourtant, le problème ne réside pas d’abord dans les grinçantes singeries médiatiques de Donald Trump. Non, la question principale est bien celle de savoir comment ce milliardaire, animateur de téléréalité, fondateur de casinos en faillite et d’universités pipeau, marchand de steaks à ses heures et même ancien bailleur de fonds du parti démocrate, est arrivé là. Il faut dire que les autres prétendants républicains étaient tout aussi lamentables que l’homme à la chevelure oxygénée qui dynamite chaque jour un peu plus un parti en état de déliquescence avancée. Fondé en 1854, souvent secoué par d’autres crises, comme celle de 1913 qui permit l’élection inattendue de Woodrow Wilson, que restera-t-il cette fois du GOP (Grand Old Party) au soir du 8 novembre prochain ?

La présence de Trump à ce stade comme la figuration de plusieurs candidats indépendants et même l’élimination de Benny Sanders soulignent aussi la faillite d’un modèle que la presse occidentale a longtemps présenté comme celui de la-plus-grande-démocratie-du-monde. La plus grande, je ne sais pas trop, mais la plus vieille, à l’évidence puisque la brève constitution écrite date de 1787. Enrichie successivement par une petite trentaine d’additifs, dont le fameux deuxième amendement, elle a permis au système de construire une machine électorale qui avait les apparences de la démocratie. Les apparences seulement. En effet, la « révolution jacksonienne » de 1831 en autorisant les citoyens à exprimer leur préférence dans les caucus leur donna « l’illusion de jouer un rôle et de choisir des hommes qui les représenteraient dans la campagne. » (André Kaspi). Illusion parce que les conditions de cette participation aux « primaires » eurent bientôt des règles très différentes selon les états. Illusion encore puisqu’assez vite, les appareils des deux grands partis prirent la direction des opérations et ne laissèrent aucune chance à des prétendants qui n’étaient pas du sérail. Illusion toujours puisqu’actuellement moins de 10 % des Américains prennent part à cette désignation préliminaire.
Pour autant, ce semblant de participation populaire fut et reste restreint par la règle constitutionnelle qui impose l’élection du président au suffrage universel… indirect. Lors du vote du premier mardi de novembre, toujours marqué par une très forte abstention (entre 45 et 50 %), les Américains votent dans chacun des états pour désigner les grands électeurs qui, à leur tour, éliront le président. Leur répartition est telle qu’un candidat ayant réuni le plus de votes exprimés, donc désigné par le suffrage universel, peut très bien ne pas devenir président. Cela est déjà arrivé à quatre reprises. La dernière en date : l’éviction d’Al Gore au profit de G.W. Bush en 2000, dont l’élection entachée de fraudes nombreuses et avérées notamment dans le swing state de Floride, eut les effets internationalement désastreux que l’on sait. Est-ce en souvenir de ces triches électorales déjà anciennes, notamment celle de Rutherford Hayes en 1876, que Trump vient de laisser planer le suspense sur la reconnaissance de son éventuelle défaite ? Cette suspicion stratégique constitue un autre mauvais coup porté à la démocratie.

Le spectacle donné par la classe politique américaine, où tous les candidats officiels font campagne à coup de dizaines de millions de dollars, interroge sur le sens démocratique de l’élection présidentielle. Alors pourquoi ne pas réformer le système que nombre d’Américains estiment à bout de souffle ? Parce que tel quel, il permet à chacun des états de l’Union de conserver l’illusion, encore une, qu’il est l’égal des autres, que l’Oklahoma vaut bien la Californie et que le Dakota du Nord compte autant que le New York. Parce qu’aussi les minorités ethniques et surtout religieuses désormais estiment que, par ce biais, elles disposent d’un moyen de pression politique sur les candidats et sur leurs engagements. Voyez l’influence des Évangélistes dans leur soutien tapageur et crispé à Ted Cruz, l’un des leurs.
Alors que plus de 40 % des Américains se disent encore prêts à voter Trump, la victoire probable d’Hilary Clinton n’aura pas pour autant sauvé seulement la plus vieille démocratie du monde où, « aucun des grands hommes de ce pays n’a jamais été élu président », comme l’écrivait le politologue anglais James Bryce il y a un siècle, avec quelque exagération sans doute….
le 24 octobre 2016
A la veille de la Toussaint, nous pouvons nous demander si tous ces saints sont dans le royaume de Dieu, ou s’ils ont cheminé toute leur vie à la recherche du royaume, ou même s’ils l’ont construit.
Et pour nous, qu’est-ce que le royaume ?
Ici, lien vers le partage à 11h (ID 954 7053 6952 Code 015288)
Rameau/Les Indes galantes: Contredanses
Bonjour, nous sommes heureux, visages inconnus et visages connus de nous retrouver ce matin. Oui bienvenue à chacun.
Nous étions 15 à préparer ce partage de la parole lundi.
Nous avons échangé sur le texte du Deutéronome « Écoute Israël tu craindras le Seigneur, tu observeras tous ses décrets et commandements… et tu auras longue vie, …tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité dans un pays ruisselant de lait et de miel ».
Nous avons aussi échangé sur le texte de Marc qui reprend le Deutéronome et le complète par « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et Jésus trouvant les paroles de celui avec qui il parle judicieuses lui disant, « tu n’es pas loin du royaume de Dieu ».
Nous nous sommes interrogés : que signifie pour chacun d’entre nous « aimer le Seigneur », « s’aimer comme soi-même », que signifie pour chacun d’entre nous « le Royaume de Dieu » et en quoi nos paroles, nos actes sont judicieux pour s’approcher du « Royaume de Dieu ».
Prenons-le temps de nous poser ces questions, ensemble ce matin, dans l’« espérance », car « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu », c’est ce que nous dit Jésus ce matin.
Et « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom dit Jésus, je suis au milieu de vous ».
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Philippe
Moïse disait au peuple : «Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses décrets et ses commandements, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie. Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères. Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. »
In Languedoc and Gascony… : Cancion real francesa in écho
En ce temps-là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
« Aime ton prochain comme toi-même. »
La 2ème partie de cette phrase est troublante.

Comment nous aimons-nous ? Que veut dire « s’aimer soi-même » ?
Ne serait-ce pas de l’orgueil ? Se trouver si bien, si beau, si réussi, être fier de soi à longueur de temps, au risque de lasser les autres.
S’aimer soi-même, c’est peut-être s’accepter tel qu’on est, avec ses défauts, disons ses faiblesses pour sortir du contexte moralisateur de l’Église d’avant…, ses qualités et ses forces aussi. C’est d’abord bien se connaitre, en profondeur, et comme il est souvent dit dans l’Évangile, « en vérité », sans aucun des artifices que la société et notre entourage posent sur nous.
« En vérité », comme Dieu – qui nous a fait à son image – nous voit, et nous aime.
Alors, comment ne pas aimer quelqu’un qui a été créé à l’image de Dieu qui n’est qu’Amour ?
Cela vaut pour moi-même, et pour mon prochain. Qui qu’il soit, quoi qu’il ait fait, il est lui aussi à l’image de Dieu, il contient quelque chose de Dieu… A l’ACAT, on a pour habitude de prier pour les victimes de mauvais traitement, mais on prie aussi pour les bourreaux, car eux aussi sont des hommes, et donc ont une part de la divinité de Dieu…, et notre devoir de frère est de les amener à convertir leur cœur.
Les premiers philosophes de notre ère avaient leur slogan « Connais-toi toi-même ». Pour moi, on est sur le même terrain humain. Si je me connais, je sais ce que je peux apporter aux autres, je saurai les toucher et recevoir d’eux en échange. Les vraies relations se construisent sur la vérité.
A la lumière de l’Évangile, ce dicton prend un sens beaucoup plus large : ne pas aimer le prochain, ne pas s’aimer soi-même, ce serait ne pas vouloir connaitre et aimer Dieu, ne pas vouloir atteindre le royaume…
Élisabeth
Ravel – Miroirs, M. 43: II. Oiseaux tristes
« Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu dit Jésus, et personne n’osait plus l’interroger ». Peut-être parce que… c’est quoi le Royaume de Dieu ? Les gens ne savaient pas trop ce que Jésus voulait dire : le Royaume de Dieu, est-ce ce après la mort ?
Pour moi, le Royaume de Dieu, c’est la qualité de la relation entre les humains dans le monde d’aujourd’hui, l’attention à l’autre, les décisions prises par les responsables que nous avons élus, la bienveillance entre les personnes, sans exclusion.
Quand je constate l’évolution du respect de la dignité des êtres humains depuis le début de l’ère chrétienne, les relations tellement modifiées et améliorées entre les gens au cours des siècles, j’ose dire que le Royaume de Dieu s’est extraordinairement construit : le message évangélique a irrigué les réflexions philosophiques et les actions politiques.
Comment chacun de nous ressent-il cette construction aujourd’hui en 2021 ?
Comment je construis, comment construit-on le Royaume de Dieu aujourd’hui ?
Pour que notre partage soit le plus riche possible, soyons attentifs à prendre la parole en notre nom, en disant « je » , et soyons brefs si possible.
Marie-José
Comment construit-on le Royaume de Dieu aujourd’hui ?

Louis Armstrong- What a Wonderful World
( A. Cabantous- L. Boldrini/groupe chant de saint Merry)
Heureux serons-nous au royaume
Heureux sommes nous aujourd’hui
Si un seul mot du Fils de l’Homme
Par nos gestes change la vie(
1/ Le peuple de Dieu est immense
Ceux que la justice a touchés savent le prix de la souffrance
Dans un monde au corps prisonnier
2/ Le peuple de Dieu est immense
Ceux que l’on persécute en vain disent pourtant leur espérance
En un monde au regard humain
3/ Le peuple de Dieu est immense
Tous ceux qui n’osent plus bouger crispés sur leur indifférence
Dans un monde à renouveler
Dieu qui es l’amour,
Dieu qui me rends fort,
Donne moi d’aimer
Quelles intentions de prière avez-vous le désir de confier à la communauté ?

Nous avons réfléchi, médité ensemble sur notre amour de Dieu, le premier des 10 commandements (Deutéronome). Nous avons écouté Jésus accueillant le scribe et ses remarques judicieuses « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Ces deux approches nous ont conduits à relier ces textes à celui qui est au cœur de la liturgie de la Toussaint, une réponse – sans doute – aux questions qui ont jailli de la préparation de lundi soir et du partage de ce jour. C’est pourquoi nous avons décidé de terminer ce temps de prière par le texte des Béatitudes, un texte qui parle à chacun de nous : le royaume de Dieu est ouvert à ceux qui entendent ces paroles et en font leur ligne de vie.
Hélène
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Retrouvez ici quelques informations suite aux échanges sur le parvis (virtuel)
https://www.synodeenmorbihan.com/
Nous publions ici les articles consacrés à notre livre, paru aux éditions Salvator (Paris) : Guy Aurenche, avec les Amis de Saint-Merry Hors-les-Murs, « Et vous m’avez accueilli. Contributions pour une Église vivante ».
« Il y avait, au centre de Paris, une église accueillante et innovante…». De Jean Hassenforder
Lire

Il y avait, au centre de Paris, une église accueillante et innovante. Le Centre Pastoral Saint-Merry y a été dissous par une décision arbitraire et autoritaire de l’archevêque de Paris le 1er mars 2021. Dans sa légitimité morale et spirituelle, la communauté de Saint-Merry a résisté et se manifeste aujourd’hui en termes de Saint-Merry Hors-les-Murs. Guy Aurenche, une personnalité représentative[1]Guy Aurenche, aujourd’hui avocat honoraire, a été président de l’ACAT, puis du CCFD-Terre solidaire. Voir sur ce site la présentation de son livre : Le Souffle d’une vie, Albin Michel, … Continue reading, publie aujourd’hui, à ce sujet, un livre intitulé : Et vous m’avez accueilli. Contributions pour une Église vivante[2]Guy Aurenche. Avec les amis de Saint-Merry Hors-les-Murs.
Et vous m’avez accueilli. Contributions pour une Église vivante. Salvator, 2021. Ce livre est un ouvrage collectif qui rend compte de l’expérience du Centre Pastoral Saint-Merry en présentant ses différents aspects éclairés par des commentaires de théologiens et d’acteurs. Chaque chapitre est ouvert par des citations extraites de centaines de témoignages reçus en soutien de Saint-Merry.
Dans son introduction, Guy Aurenche nous rappelle la mission innovante du Centre Pastoral : faire Église autrement. Et, à l’exemple de Jésus qui a accueilli la femme samaritaine, il met en évidence le rôle fondamental de l’accueil. C’est un accueil inconditionnel et c’est l’écoute. « Au commencement est l’écoute ». « Le récit biblique est le mémorial vivant du Père écoutant l’humanité depuis toujours parce qu’Il est totalement habité par un désir d’alliance… L’écoute est le lieu même où celui que Jésus nomme Père se donne à voir, à découvrir » (p 9). Et la rencontre est source de vie. « C’est un peu ce que, pendant plus de quarante cinq ans, le Centre pastoral a tenté de vivre, comme cela lui était demandé lors de sa création :
aller à la rencontre de la société contemporaine » (p 10). Et la réponse a été éclatante. Tout cela a été rendu possible par une forme originale de gouvernance : une coresponsabilité entre prêtres et laïcs. « C’est une ecclésiologie de communion et non d’autorité pyramidale » (p 13).
Aujourd’hui, la communauté Saint-Merry a migré de son lieu confisqué par l’institution à une communauté en réseau, notamment à travers la communication internet : Saint-Merry Hors-les-Murs[3]https://saintmerry-hors-les-murs.com À plusieurs reprises dans le passé, Témoins a fait écho à l’expérience de Saint-Merry, par … Continue reading.
Voici une riche expérience
qui apporte une belle « contribution
pour une Église vivante ».
Dans le contexte d’un âge de l’authenticité, le sociologue Hans Joas envisage la foi comme une option[4]Hans Joas. La foi comme option. Possibilités d’avenir du christianisme. Salvator, 2020, comme un choix. La communauté Saint-Merry se situe dans ce registre depuis sa création en 1975. À cette date, conscient des changements sociaux, économiques et culturels en cours au centre de Paris, l’archevêque François Marty décide d’engager une action innovante en suscitant la création du Centre Pastoral Halles–Beaubourg à l’église Saint-Merry. Et il envoie une lettre de mission en ce sens à l’abbé Xavier de Chalendar, ancien vicaire épiscopal pour le monde scolaire et universitaire[5]Lettre de mission pour le Centre Pastoral Halles-Beaubourg. 1975 :
https://recherches-entrecroisees.net/2021/03/04/1975-lettre-de-mission-pour-le-centre-pastoral-halles-beaubourg-par-mgr-f-marty/. « Depuis plusieurs années, des chrétiens se préoccupent de proposer ensemble des services à tous ceux qui vont venir dans ces quartiers rénovés, à tous ceux qui y travaillent ou qui y vivent. Service de prière selon des styles assez divers : possibilités de rencontre, de communication, d’accueil, réflexions et travail sur la foi au contact des nouvelles formes de culture ».
Cette initiative intervient dans le contexte de la situation décrite dans le livre remarquable de l’historien Denis Pelletier, dans son livre : La crise catholique 1965-1978[6]Denis Pelletier. La crise catholique : https://www.temoins.com/la-crise-catholique-religion-societe-politique-en-france/. Tandis que l’institution catholique recule, un bouillonnement se manifeste dans une multitude d’initiatives et l’apparition de courants nouveaux. Dans ce contexte, le Centre Pastoral Halles-Beaubourg, « secteur pastoral non territorial », va devenir un pôle d’attraction, bien au delà du centre de Paris. Xavier de Chalendar, dans le style de l’aumônerie qui était le sien, a suscité une équipe d’animation associant prêtres et laïcs.

La célébration dominicale va attirer un vaste public. Pendant des décennies, de nombreux chrétiens catholiques vont affluer de différents endroits de la région parisienne en recherche d’une Parole qui fait sens et d’un climat fraternel, tant ils ne se retrouvent plus dans un style routinier et répétitif. Ce rassemblement évoque le chant : « Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon. Nous voilà chez Toi »[7]« Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon. Nous voilà chez Toi ». Texte du chant : http://jemaf.fr/chant=jem098. Si les trajets pour venir ainsi, étaient parfois longs et coûteux, ils témoignaient d’une grande motivation. C’était l’expression d’un choix.
Cette histoire de Saint-Merry s’inscrit ainsi dans un phénomène beaucoup plus vaste, un phénomène international, une recherche spirituelle décrite par un sociologue américain, Wade Clark Roof en termes de « search ». Ce phénomène prend des formes diverses selon les époques, selon les pays, selon les confessions chrétiennes. Il est à l’œuvre dans le courant de l’Eglise émergente[8]Sur l’Église émergente, on se référera à la thèse de Gabriel Monet : L’Église émergente. Être et faire Église en postchrétienté (publiée à LIT Verlag) : … Continue reading, il apparaît dans des églises innovantes d’inspiration évangélique, il se manifeste dans l’apparition de tiers lieux et de nouvelles configurations[9]Arnaud Join-Lambert. Vers une Église liquide : https://www.temoins.com/vers-une-eglise-liquide/, ou bien dans l’inspiration de « la grande migration spirituelle » évoquée par Brian McLaren[10]Brian McLaren. The great spiritual migration (La grande migration spirituelle) : https://www.temoins.com/la-grande-migration-spirituelle/. Ainsi, de différentes manières, nous sommes entrés dans un « âge de l’authenticité »[11]L’âge de l’authenticité (selon Charles Taylor) : https://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/, tel que le décrit et l’analyse Charles Taylor dans son grand livre : L’âge séculier. L’expression personnelle y est privilégiée. Le sociologue Hans Joas s’inspire de cette pensée lorsqu’il écrit son livre : La foi comme option[12]ibid.. La foi est vécue comme un choix. Elle est vécue dans une recherche d’authenticité. Nous percevons une inspiration de ce genre dans la motivation des participants à la communauté Saint-Merry.
On reconnaît l’arbre à ses fruits. C’est la parole de Jésus rapportée dans l’Évangile de Matthieu (12, 33). Le livre de Guy Aurenche nous permet d’apprécier les fruits de Saint-Merry. Ils sont abondants et divers. Ils témoignent d’une fraternité et d’une créativité en action. Les extraits des textes reçus par la communauté nous en informent. Et les chapitres du livre en déclinent les différents aspects.
Dans le chapitre sur « La liturgie en résonance avec le monde », les témoignages reçus expriment et expliquent l’attrait exercé par les célébrations dominicales de Saint-Merry.
« Ce que nous apprécions à la messe de 11h15 : l’accueil, la qualité des chants, le micro partagé, les déplacements, les homélies des laïcs, les 6×6, la simplicité liturgique, les fleurs, les expositions. Accessoirement l’attention pour les vieux. Quand nous sortons, nous avons le sentiment d’avoir vécu un vrai temps fort, malgré les trois heures, trajet compris »
(p 37).
Tous ces témoignages convergent :
« J’ai trouvé des célébrations qui faisaient sens, grâce à cette communauté si vivante et ouverte, accueillante et non discriminante,
où prêtres et laïcs réfléchissent et élaborent ensemble une façon de célébrer toujours renouvelée et incarnée dans la vie, en résonance
avec elle. J’ai donc adopté cette communauté avec bonheur et reconnaissance… » (p 36).
Cependant, ce livre éclaire également d’autres axes forts et parfois pionniers de la communauté Saint-Merry. Il évoque ainsi « l’accueil inconditionnel des personnes ». Tout un chapitre est consacré à « l’accueil des personnes homosexuelles à Saint-Merry » (p 63-66).
« Concrètement, le signe le plus évident de la réussite de cette inclusion est l’invisibilité de la présence d’homosexuels dans la vie quotidienne de la communauté. Ceux-ci sont rétablis dans leur dignité de personne appelée à exercer toutes les responsabilités sans considération de leur état » (p 65).
Un autre chapitre est consacré à la rencontre de la communauté avec les artistes :
« L’art contemporain : une lumière vive pour notre foi » (p 107-113). Voici un dialogue qui exige beaucoup d’ouverture, de goût, de culture. La réussite de ce dialogue apparaît dans les témoignages. Un architecte écrit ainsi :
« Saint-Merry est pour moi ‘‘le lieu de l’art vivant’’ au sens où ce qui y est entrepris résulte de la rencontre entre « un peuple » et une création contemporaine. Je suis un membre de ce « peuple » pour qui la confrontation des présences simultanées du spirituel et de l’artistique n’a lieu, à ma connaissance, que dans cet écrin… Pour son engagement résolument actif, Saint-Merry est pour moi aujourd’hui LA passerelle accessible aux publics entre le spirituel et l’artistique à Paris » » (p 108).

Michel Micheau décrit le parcours de la rencontre de Saint-Merry avec l’art contemporain (p 113-117).
« Saint Merry, pour sa pratique, bénéficie d’une image positive et son approche s’ancre dans la fidélité à la lettre de mission du Cardinal Marty. Celui-ci avait lié le service de prière au dialogue culturel et il insistait sur la dimension recherche. S’inscrivant dans un temps long, l’art à Saint-Merry a changé plusieurs fois de visage. Progressivement, les intuitions,
les processus se sont polarisés autour de la relation aux artistes.
Saint-Merry est devenu un fragile « écosystème cultuel et culturel »
(p 114).
Saint-Merry, c’est également « une expérience de Dieu, source d’engagement ». Effectivement, on y voit de nombreuses initiatives associatives. Ce témoignage est éloquent :
« Le Centre Pastoral Halles-Beaubourg, c’est l’accueil de l’autre :
il fut à l’origine des Restos du cœur, et, depuis quarante-cinq ans,
du café-rencontre ouvert aux passants comme aux habitués.
Saint-Merry, c’est côtoyer des personnes fortement engagées dans l’accueil des étrangers (la communauté paie le loyer d’une, puis de deux familles exilées). Solidarités nouvelles pour le logement, SOS suicide, l’ACAT, les Morts de la Rue, Habitat et humanisme, les associations
Aimer et ACPE (Agir contre la prostitution enfantine) etc. Je connais
des personnes bénévoles qui ont fait un travail formidable dans un partage d’une générosité peu commune » (p 69).
Au cœur d’une grande métropole, Saint-Merry est de fait « une communauté ouverte aux vents du monde ». Les témoignages reçus portent une conscience vive de cette réalité.
« Esprit d’ouverture à la population environnante, animée, cosmopolite, diverse, assoiffée de culture. » (p 85)
Aujourd’hui, dans le mouvement de l’histoire, dans la grande mutation en cours, l’institution catholique, foncièrement hiérarchique dans l’héritage de l’empire romain, est déphasée à la fois par rapport au message de la Bonne Nouvelle porté par les premières communautés chrétiennes et avec la société nouvelle qui émerge aujourd’hui. En regard, une nouvelle vision chrétienne apparaît et se laisse entrevoir à travers de nouvelles manières de vivre ensemble la foi. Dans le catholicisme, ce mouvement de réforme est passé à travers le concile Vatican II et se poursuit aujourd’hui, non sans difficultés, à travers l’impulsion du pape François. Saint-Merry s’inscrit dans ce mouvement. Le livre, dirigé par Guy Aurenche, rapporte une nouvelle manière de faire Église. Parmi d’autres, Saint-Merry est une expérience où s’invente « une Église autrement ». C’est le point de départ, la source d’une réflexion théologique. Effectivement, acteurs et théologiens apportent dans ce livre des éclairages qui ouvrent de nouveaux chemins.
L’expérience de Saint-Merry est instructive, car elle montre une Église vivante dans la France d’aujourd’hui pour « construire une Église de fraternités ».
« La meilleure réforme possible n’est-elle pas de multiplier partout
des fraternités de foi, les unes avec les autres,
soucieuse avant tout de la venue du Royaume ? » (p 102).
Les témoignages expriment bien la dynamique de foi qui se manifeste à Saint-Merry.
« Porter la mission de l’Église au monde contemporain, témoigner de la Bonne Nouvelle. J’ai toujours considéré Saint-Merry comme un lieu où vit l’Église des baptisés, celle dont les participants se tiennent au cœur du monde et cherchent à adorer en Esprit et en vérité » (p 86).
« Une communauté au souffle de l’Esprit », c’est le titre d’un chapitre (p 155-160) qui rapporte le projet de la « Nouvelle alliance ».
Aujourd’hui, victime d’une décision arbitraire de l’archevêque de Paris, Saint-Merry est amenée à mettre en évidence les méfaits de la hiérarchisation abusive de l’institution catholique. Cependant, actuellement, les dysfonctionnements du système, voire sa perversité, apparaissent de toutes parts. Et c’est le pape lui-même qui met en cause le cléricalisme.
Or, la décision arbitraire qui a porté atteinte au projet de Saint-Merry n’est-elle une manifestation de la prépondérance du clergé opposée à une juste place des laïcs ? C’est pourquoi le premier chapitre du livre nous entretient de la coresponsabilité entre prêtres et laïcs (p 27-34). Effectivement, Saint-Merry a une longue expérience de cette coresponsabilité, une expérience parfois délicate, mais féconde. Un témoignage l’exprime ainsi :
« Le centre pastoral s’est élaboré au fil des années, car il reposait
sur l’intuition nouvelle d’une coresponsabilité prêtres-laïcs
‘‘pour l’annonce de l’Évangile par notre façon de vivre là où nous sommes habituellement avec de plus en plus de place pour les laïcs’’.
En ce sens, il devançait ce que le pape François nous recommande en parlant du cléricalisme. C’est toujours en recherche ; des différends et désaccords sont apparus au fil des ans, souvent réglés par des échanges certes vigoureux, mais réels, et qui ont permis de fonctionner » (p 18).
Jean-Claude Thomas, comme prêtre, a participé, avec Xavier de Chalendar, à l’animation initiale du Centre Pastoral Halles-Beaubourg dans une culture de l’aumônerie propice à la coresponsabilité. Cette ouverture se poursuit aujourd’hui dans sa réflexion. En ce sens, il peut s’appuyer sur des textes du pape François. Et il rappelle « la reconnaissance et l’admiration que Saint Paul portait aux laïcs de son temps » (p 23-27). La coresponsabilité dépend donc de l’ouverture des mentalités et celle-ci évolue dans le temps et dans l’espace. La conception des ministères en ce sens est inscrite dans l’esprit du Nouveau Testament, comme le montre la lecture des épîtres.
En postchrétienté, l’Église est d’autant plus appelée à revenir à son inspiration originale.
C’est un mouvement qui s’opère dans la durée puisqu’il a commencé avec la Réforme protestante dans des formes spécifiques, mais qui montre l’étendue des possibles. Ce livre s’attache au mouvement actuel de la théologie catholique à la recherche d’une Église participative.
C’est le chapitre de François Euvé (p 57-70). Il y reprend la vision du pape François d’une
« Église polyédrique » :
« une Église ‘‘en sortie’’ pour inviter au décentrement et manifester la capacité
pape françois
des chrétiens et de leurs églises à mettre l’Évangile du règne de Dieu à la disposition
de l’humanité et de toute la terre comme ressource salvatrice ».
« Le polyèdre reflète la confluence
de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité ».
Le livre s’achève dans « un envoi » : un texte appelant à « une Église en recherche » par Albert Rouet, archevêque émérite de Poitiers (p 161-167). On sait combien celui-ci a mené une expérience de coresponsabilité dans le diocèse de Poitiers et comment celle-ci a réussi en surmontant les obstacles résidant dans l’institution et dans les mentalités[13]Une dynamique de la confiance. L’expérience des communautés locales à Poitiers. Albert Rouet. Un nouveau visage d’Église : … Continue reading. Mais elle ne s’est pas étendue au-delà. C’est dire la pesanteur de l’institution qui se manifeste aujourd’hui de bien des manières.

Dans ce contexte, l’expérience de Saint-Merry est une innovation pionnière qui rebondit actuellement dans Saint-Merry Hors-les-Murs. On peut y voir une des manifestations d’une Église dans le souffle de l’Esprit.[14]Nous nous inspirons de la pensée théologique de Jürgen Moltman. Pour lui, le Saint Esprit n’est pas confiné dans le rituel d’une Église. Il meut et inspire toute la création « pour … Continue reading
En rapportant cette expérience pionnière,
ce livre est bien « une contribution pour une Église vivante ».
Jean Hassenforder
Témoins, association chrétienne interconfessionnelle : https://www.temoins.com
Notes
| ↑1 | Guy Aurenche, aujourd’hui avocat honoraire, a été président de l’ACAT, puis du CCFD-Terre solidaire. Voir sur ce site la présentation de son livre : Le Souffle d’une vie, Albin Michel, 2011 : https://www.temoins.com/guy-aurenche-de-lacat-au-ccfd-terre-solidaire-le-souffle-dune-vie/ |
|---|---|
| ↑2 | Guy Aurenche. Avec les amis de Saint-Merry Hors-les-Murs. Et vous m’avez accueilli. Contributions pour une Église vivante. Salvator, 2021 |
| ↑3 | https://saintmerry-hors-les-murs.com À plusieurs reprises dans le passé, Témoins a fait écho à l’expérience de Saint-Merry, par exemple : https://www.temoins.com/le-centre-pastoral-halles-beaubourg-une-eglise-catholique-innovante-au-cur-de-paris/ et https://www.temoins.com/saint-merry-daniel-duigou-et-le-pape-francois/ Et récemment dans la mutation actuelle : « Construisons ensemble l’espérance » : https://www.temoins.com/construisons-ensemble-lesperance/ |
| ↑4 | Hans Joas. La foi comme option. Possibilités d’avenir du christianisme. Salvator, 2020 |
| ↑5 | Lettre de mission pour le Centre Pastoral Halles-Beaubourg. 1975 : https://recherches-entrecroisees.net/2021/03/04/1975-lettre-de-mission-pour-le-centre-pastoral-halles-beaubourg-par-mgr-f-marty/ |
| ↑6 | Denis Pelletier. La crise catholique : https://www.temoins.com/la-crise-catholique-religion-societe-politique-en-france/ |
| ↑7 | « Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon. Nous voilà chez Toi ». Texte du chant : http://jemaf.fr/chant=jem098 |
| ↑8 | Sur l’Église émergente, on se référera à la thèse de Gabriel Monet : L’Église émergente. Être et faire Église en postchrétienté (publiée à LIT Verlag) : Des_outres_neuves_pour_le_vin_nouveau Témoins suit et étudie le courant de l’Église émergente depuis ses débuts, et notamment à travers l’organisation de colloques : https://www.temoins.com/leglise-emergente-un-etat-des-lieux-gabriel-monet-1/ Voir le moteur de recherche : https://www.temoins.com/?s=eglise+%C3%A9mergente&et_pb_searchform_submit=et_search_proccess&et_pb_include_posts=yes&et_pb_include_pages=yes Dès 1963, un livre a été publié, rapportant la vision de Michael Moynagh proposant, au vu de déphasage des grandes Églises, un courant d’Église émergente : Michael Moynagh. L’Église autrement. Les voies du changement. Empreinte, 2003 (un des préfaciers : Guy Aurenche) : https://www.editions-empreinte.com/l-eglise-autrement |
| ↑9 | Arnaud Join-Lambert. Vers une Église liquide : https://www.temoins.com/vers-une-eglise-liquide/ |
| ↑10 | Brian McLaren. The great spiritual migration (La grande migration spirituelle) : https://www.temoins.com/la-grande-migration-spirituelle/ |
| ↑11 | L’âge de l’authenticité (selon Charles Taylor) : https://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/ |
| ↑12 | ibid. |
| ↑13 | Une dynamique de la confiance. L’expérience des communautés locales à Poitiers. Albert Rouet. Un nouveau visage d’Église : https://www.temoins.com/une-dynamique-de-la-confiance-lexperience-des-communautes-locales-a-poitiers/ |
| ↑14 | Nous nous inspirons de la pensée théologique de Jürgen Moltman. Pour lui, le Saint Esprit n’est pas confiné dans le rituel d’une Église. Il meut et inspire toute la création « pour une vision holistique de l’Esprit » : https://vivreetesperer.com/pour-une-vision-holistique-de-lesprit Et on peut donc voir le souffle de l’Esprit dans l’Église, une Église présente dans le monde et dans la création. Jürgen Moltmann a donc écrit un livre sur l’Église dans la puissance de l’Esprit : The Church in the power of the Spirit. Contribution to a messianic theology (un commentaire : https://dualravens.com/fullerlife/moltmannandchurch.htm). |
Avant que l’église Saint-Eustache installe définitivement deux œuvres sur la conversion de saint Paul (lire l’article dédié) en 2024, ce lieu a accueilli deux œuvres de Dhewadi Hadjab en 2021. Chronique de Jean Deuzèmes.
Avec l’accrochage dans la nef, d’octobre à décembre 2021, de deux grands tableaux d’un jeune peintre talentueux Dhewadi Hadjab, l’église Saint-Eustache poursuit un dialogue convaincant avec la culture contemporaine, ici via la peinture. Cette œuvre traduit beaucoup de l’air du temps : le sujet, le traitement, la mobilisation des acteurs. Et ce dans la nouvelle configuration qu’est l’ouverture de la Collection François Pinault à côté de cette splendide église.
Si des œuvres de Keith Haring, Raymond Mason, John Armleder sont installées dans les chapelles de manière pérenne avec la volonté d’accompagner les interrogations de ces artistes sur le monde contemporain, cette exposition temporaire, elle, est le résultat d’un partenariat d’un type nouveau avec Rubis Mécenat et l’École des Beaux-Arts.

L’effet est surprenant, désarçonnant au sens propre : les deux grands formats (3,5 x 2,9), accrochés de part et d’autre du banc d’œuvre exécuté vers 1720 par Pierre Lepautre, sont à l’échelle du bâtiment et de sa solennité ; ils surprennent par leur sujet : une performeuse en deux positions et habits de jogging différents, manifeste par ses improbables postures la contemporanéité de la réalisation. Mais ces corps évoquent aussi tout autre chose à la fois une descente de croix et une position extatique et se glissent avec harmonie dans l’art religieux du lieu
Tout a été peint dans le cadre de cette église, avec un de ses prie-Dieu, son dallage, ses ombres et sa lumière.
À la jonction du déséquilibre et de la grâce

Si ces œuvres attestent de la très grande maîtrise de ce jeune artiste d’origine kabyle, elles confirment aussi une double tendance actuelle : le retour au figuratif précis —le prie-Dieu ou les membres des personnages—, d’une part ; le traitement des corps dans l’art d’aujourd’hui, d’autre part. Ils ne sont plus représentés sous des formes libres ou lascives, mais sont soumis à un jeu de contraintes ou mis en danger comme en témoignait la dernière grande exposition d’Anne Imhof, « Natures mortes », au Palais de Tokyo. Le succès des performances, des ballets contemporains et des danses urbaines le signifie. La violence contenue dans le temps présent se fait virtuose dans tous les arts et son rapport à la beauté questionne.

Visuellement, l’œuvre hyperréaliste de Dhewadi Hadjab, qui est passée par le travail préliminaire de la photo, tient à la fois de la peinture et de la sculpture, se partage entre l’ombre et la lumière, et se réfère aux courants caravagesques.
La recherche de perfection dans cette peinture lisse et vibrante sous la lumière est en accord avec l’environnement patrimonial et décoratif du grand siècle (XVIIe).
Cette œuvre entre « la pesanteur et la grâce » ouvre à de multiples lectures.
Une lecture de l’œuvre de Dhewadi Hadjab à la lumière de Saint-Eustache
par Françoise Paviot, chargée de l’art contemporain dans cette église
« Objet du mobilier liturgique, le prie-Dieu est apparu dans l’église vers le XVIe siècle. Signe de foi et de prière, il a pu aussi avoir le statut d’un privilège social avec l’ajout du nom de son propriétaire ou bien l’apport de paillages, de capitons ou de coussins qui lui donnent encore l’occasion d’être proposé dans des ventes aux enchères publiques. Avec ces deux grandes peintures, conçues pour Saint-Eustache, Dhewadi redonne une présence visible à cet élément de plus en plus absent de nos églises et, pour ne pas dire, en voie de disparition. On prie Dieu debout, parfois agenouillé à même le sol comme au Moyen-Âge, mais, il va sans dire, toujours dans un geste de respect, voire de soumission qui donne sa valeur à l’acte.

Il y a dans ces deux œuvres l’irruption d’une gestualité étonnante qui pose question. L’attitude du personnage apparaît d’emblée parfaitement anachronique car le corps, oubliant le rituel ordinaire, développe ses propres attitudes. Pourtant en saisissant ces postures qui nous interrogent, Dhewadi renoue avec la longue tradition des descentes de croix qu’il a beaucoup étudiées : pensons à celles de Giovanni Bellini ou bien de Sandro Botticelli qui fixèrent dans l’instant l’abandon d’un corps isolé dans l’espace et soutenu par sa mère et ses proches. Si ici le déséquilibre du personnage provoque bien un non-sens, il évoque aussi une chute qui n’aura pas lieu : avec élégance, le corps est parfaitement maîtrisé et maintient un équilibre souple et gracieux. Et c’est bien là le paradoxe qu’expriment ces deux grandes toiles, une tension entre la chute et le maintien dans l’espace, entre les manquements à la lumière et la grâce de l’élévation. Le prie-Dieu, métaphore des points d’appui de la danse, offre au corps la possibilité de s’élever vers un autre langage, celui de l’âme et, à sa façon, Dhewadi redonne du sens à cet objet symbolique de la prière. Toute œuvre est un questionnement qui invite au dialogue celui qui la regarde. Face à ces deux peintures silencieuses, il est donc permis de sentir comme une invitation à transcender le sensible et la fragilité de l’incertitude. Elles nous révèlent alors que c’est de notre capacité à rompre avec le monde du sens et à maîtriser notre pesanteur que peut naître la grâce. »
Françoise Paviot
Émergence d’un projet dans l’esprit du temps
Rubis Mécenat entretenait un lien original avec l’église Saint-Eustache depuis 2015 en faisant concourir de très jeunes élèves des Beaux-Arts sur des projets de crèche. Les regards successifs de cette génération avaient apporté un esprit de fraîcheur à cet exercice imposé dans les églises. En 2020, les partenaires ont décidé de renouveler leur approche, en dehors du temps de Noël, dans le cadre du projet Crush ( « cela me plaît ») destiné aux professionnels de l’art et piloté par l’École des Beaux-Arts. Celui-ci consacre le parcours international d’un jeune artiste par la remise d’un prix de Rubis Mécénat et l’exposition de l’œuvre à Saint-Eustache. Dhewadi Hadjab, peintre en 4e année, atelier Tim Eitel, s’est ainsi vu attribuer par Rubis Mécénat une dotation de 5 000€, ainsi qu’une prise en charge pouvant aller jusqu’à 20 000€ pour la production.
Voir vidéo sur le programme Crush (4′)

Né en 1992 à M’Sila en Algérie (Kabylie), il a étudié à l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger, puis à l’École supérieure nationale d’Art de Bourges, en 2017, avant d’entrer aux Beaux-Arts de Paris. Ses peintures hyperréalistes étaient des mises en scène déjà marquées du sceau de l’étrangeté : des environnements intérieurs décorés et meublés au minimum où évolue un unique personnage au corps épousant les fauteuils, aux membres en étirement, désaxés, presque désarticulés, sans toutefois la charge érotique des poupées de Bellmer.
Ces gestes avaient une actualité certaine dans notre temps de confinement où les corps contraints recherchaient des postures inhabituelles de décontraction dans des intérieurs petits ou eux-mêmes contraints où les corps luttaient contre des murs omniprésents. La peinture du déséquilibre maîtrisé de Dhewadi Hadjab parlait déjà de corps exprimant une psychologie du vide et l’abandon.

La question sous-jacente de ses tableaux antérieurs semble être celle-ci : comment l’homme cherche-t-il et trouve-t-il sa place dans des lieux symboliquement fermés, mais possédant cependant une petite ouverture (fenêtre ou porte) ?
À Saint-Eustache, l’intérieur n’est pas celui du logement contraint, mais le grand vide de l’espace de l’église où le dallage et les rapports ombre/lumière campent le cadre du tableau.


Dhewadi Hadjab en effet s’intéresse beaucoup à la danse, au travail des danseurs en répétition, à la douleur de leur corps ; les spectacles de Pina Bausch expriment pour le peintre les recherches abouties sur la danse, considérée comme une forme en elle-même.
Mais quel en est le sujet ? Le prie-Dieu dans son histoire matérielle avec sa signification d’accès à l’intériorité ou bien le corps, hors de la cage des murs, adoptant une posture rappelant les représentations religieuses ? C’est en fait l’arrêt sur image saisi sur le vif par le pinceau, une sorte d’extase dans la performance, cet art du temps et des corps.

Le peintre est dans une logique proche, mais l’expression de ses corps renvoie ici à des références religieuses : une descente du Christ en croix, mais sans sa mère et ses disciples ; ou des saints dans une situation d’abandon après l’extrême tension physique ou mystique ; ou encore du martyr. Ici tout est solitude et expression de l’âme par la torsion des membres, puisque le visage se dérobe à notre regard, ce qui est une différence sensible avec les maîtres antérieurs.
Pour obtenir cet effet savant, l’artiste a travaillé dans l’église, comme dans un atelier photo, avec les procédés attenants. Le modèle choisi a dû tenir des pauses difficiles, qui étaient de réelles performances techniques ; l’artiste a alors pris de multiples photos, puis les a mixées, pour composer un personnage à peindre. « Toutes les toiles de l’artiste commencent par des photographies de modèles.[…] C’est ensuite dans l’exécution minutieuse de l’œuvre peinte, qu’il va accentuer les moindres détails qui font de la peinture non plus la copie d’un moment, mais un univers en soi. » (Gaël Charbau, commissaire de l’exposition). Mais ces tableaux sont traversés aussi du souffle de la sculpture, puisque les sculpteurs utilisent le matériau terre en rassemblant des morceaux de glaise, en les mixant ; on se souvient que Rodin utilisait déjà la photo. C’est pour cela que la frontière entre peinture et sculpture représentée semble si mince.
Ici, Saint-Eustache impose son atmosphère de recueillement avec son vide, son prie-Dieu, ses dalles et ses ombres. L’expression donnée aux sujets par Dhewadi Hadjab fait écho aux grandes figures que l’on voit dans les nombreuses chapelles.
Une nouvelle conjoncture artistique ? Le lien entre danse contemporaine et espace religieux prend de l’importance dans les églises ouvertes à l’art de notre temps. Il est ici traité sur le mode de la peinture. Dans la cathédrale de Vienne, lors de la Pentecôte 2021, il fut traité sur le mode de la vidéo. Lire article sur StMHlM.
En offrant un espace de résonnance dans le champ religieux pour des œuvres aussi fortes, Saint-Eustache continue à renouveler le dialogue avec la culture dans le centre de Paris.
Jean Deuzèmes
A voir du 7 octobre au 12 décembre 2021

Souverainisme, populisme, démagogie, même combat ?
Certaines dérives récentes semblent le confirmer, en nous rappelant que la vigilance quant au respect des droits humains n’est pas un luxe : elle s’impose d’autant plus aujourd’hui que ceux-ci ne sont plus à la mode.
La cour constitutionnelle de Pologne, dont la majorité est aux ordres du gouvernement a rendu un arrêt le 8 octobre : « Il a été décidé que certains articles des traités de l’Union (Européenne) étaient incompatibles avec la constitution… qui leur serait juridiquement supérieure ». En France un candidat (dit modéré) à l’élection présidentielle, ne propose pas autre chose pour « maîtriser les flux » migratoires : « Une loi constitutionnelle qui garantira que les dispositions prises ne pourront être écartées par une juridiction… au motif des engagements internationaux de la France ». Un autre surenchérit avec moins de retenue en affirmant :
« Ce que le peuple dit haut et fort s’imposera à tout le monde, aux juges français et européens,
aux bien-pensants ». Souverainisme, populisme, démagogie, même combat ?
J’invite tous les « pensants-bien » à protester et à défendre l’État de droit.
La grave dérive polonaise n’a rien à voir avec les alertes qui peuvent être lancées en France. Mais attention aux propositions démagogiques qui entraineraient l’amoindrissement de l’État de droit. De quoi parle-t-on ? Une marotte de juristes, le souvenir obsolète des textes français de 1789 ou de la Déclaration universelle des droits de l’homme (Nations unies, 10 décembre 1948) ? N’oublions pas que celle-ci fut proclamée pour que ne se reproduise pas la destruction systématique de millions d’humains.
L’État de droit affirme un principe d’organisation protecteur les libertés de chacun : le pouvoir est limité parce qu’il est assujetti (volontairement) à des règles fondamentales qu’il ne peut transgresser. L’État de droit exige la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. La création de conditions permettant à la justice de travailler en toute indépendance et d’exercer son devoir de contrôle. Le principe de légalité qui suppose un texte officiel pour motiver toute condamnation. Enfin le fondement démocratique de notre organisation sociale.

De telles orientations sont rassurantes. Comment réaliser autrement la sécurité juridique des citoyens et la paix sociale ? Compte tenu des fluctuations inévitables dans l’exercice du pouvoir, notre pays, avec bien d’autres, a, en toute souveraineté, délégué à des textes et des organes extérieurs indépendants (européens ou mondiaux), le contrôle du respect effectif des principes fondamentaux, tels que les droits de l’homme. Pour ce faire, la nation intègre dans sa réglementation quelques textes européens ou internationaux portant sur des valeurs essentielles. Elle se soumet aux organes chargés de les faire respecter. Par exemple la Cour de justice de l’Union Européenne (27 pays) ou la Cour européenne des droits de l’homme (Conseil de l’Europe 47 États).
Chaque peuple selon son génie invente aussi des modalités nationales de régulation : conseil constitutionnel dont les décisions s’imposent, organes d’alerte tels que la Défenseure les droits, les comités d’éthique, la Commission française consultative des droits de l’homme, …
Sans oublier le rôle joué par la société civile qui s’organise pour dénoncer les abus, sensibiliser le public, contribuer à l’éducation et à la formation des citoyens ; ainsi que les instances dites « morales », les églises ou les mouvements d’idées, …
L’éditorialiste de La Croix (du 19 octobre 2021), constatant que « la Pologne remet en cause le socle juridique européen », lance un appel aux acteurs politiques français : « Varsovie s’est placé dans une délicate contradiction et affronte une lourde responsabilité à l’égard de sa propre nation. Avis à ceux qui voudrait importer le même débat en France ».
La démocratie française est-elle en péril parce que certains responsables politiques proposent de fissurer l’État de droit ? Aucune comparaison entre la voie autoritaire polonaise et la situation française, mais le contexte politique invite à la prudence.
Soulignant la crise de la souveraineté de l’État français et à propos des tendances populistes qui s’expriment chez nous, Pierre Rosanvallon précisait :
« Nous sommes donc confrontés à un double défi : réinventer des formes de la souveraineté qui ne peuvent plus se réduire au vote ; démocratiser les autorités indépendantes
Pierre Rosanvallon, La Croix du 20 janvier 2020
ou les cours constitutionnelles. »
J’ajoute, surtout ne pas les dévaloriser !
Par ailleurs le réflexe qui consiste, face aux menaces du moment (par ex. le terrorisme), à en appeler au seul bon sens populaire contre l’État de droit, est à la fois mensonger et dangereux. Mensonger par ce que l’État de droit ne paralyse en rien la lutte contre ce fléau. Bien au contraire il la justifie, en permettant à tous les citoyens d’y adhérer, quelles que soient leurs convictions. Dangereux parce que renoncer aux valeurs fondamentales pour lutter contre les terroristes revient à leur donner la victoire. Ainsi, accepter de petits arrangements avec l’interdiction de la torture, sous prétexte de lutter contre les assassins, revient à adopter leur idéologie niant la dignité de l’autre.
À propos des menaces que génère la crise sanitaire, et dans un cadre totalement différent, il est dangereux de « jouer l’urgence prolongé contre le respect des libertés ». Plusieurs associations alertent : lorsque le temps provisoire du droit de l’urgence (limitations exceptionnelles) s’éternise, ce sont les principes de l’État de droit qui risquent de disparaître. Ou d’apparaître inopportuns parce qu’inutiles ou inefficaces. Certains ont parlé, peut-être de manière excessive, d’une potion qui viendrait engourdir ou éroder quelques fonctions vitales de notre démocratie.
Les débats à propos de la loi dite de sécurité globale (mai 2021, loi confortant le respect des principes républicains), méritent notre attention quant aux risques d’atteinte à plusieurs droits fondamentaux : pouvoirs de la police, droit à la vie privée et liberté d’information. Ne soyons pas naïfs pour affronter la violence de groupements sans foi ni loi. Ce n’est pas le temps des bisounours !
Cependant les modalités de lutte contre les violences qui empoisonnent la vie sociale doivent pouvoir être mises à jour dans le respect de l’État de droit. Il propose un cadre indispensable pour inventer une réaction juste et efficace contre les dangers qui menacent l’édifice démocratique français.
La vigilance quant au respect des droits humains n’est pas un luxe. Elle s’impose d’autant plus aujourd’hui que ceux-ci ne sont plus à la mode. La Haute commissaire aux droits de l’homme (ONU) constate « le plus sévère recul des droits humains que nous n’ayons jamais vu ».
Parce qu’à travers le monde,
Guy Aurenche
nombre de « résistants » à la dictature
envient le système français,
il revient à chacun de nous
de défendre l’État de droit.