Dans le monde, 230 millions de femmes ont subi une mutilation sexuelle. L’excision, inventée par les pharaons il y a 6000 ans, est pratiquée dans de nombreux pays et ne cesse pas en dépit des lois qui l’interdisent. Un de ses drames est le silence. Alors, parlons-en avec Danielle Mérian, présidente de SOS Africaines en danger.
Madissou, Ivoirienne : « Ma famille est très stricte sur l’excision. J’ai 4 frères et sœurs. Makaba, l’aînée, est excisée, ses deux filles aussi. Chata, la deuxième, a 2 filles excisées comme leur mère. C’est à 8 ans que l’on m’a excisée. On ne nous dit rien. On nous emmène, 35, sous un arbre pour nous exciser. De nombreuses filles saignaient beaucoup, 3 jeunes filles plus que les autres. Elles sont décédées. J’ai eu de nombreuses douleurs et infections par la suite. Les relations sexuelles ne sont pas du tout agréables. Lors de mes deux accouchements, j’ai cru que j’allais mourir. Lorsque j’urine, les douleurs sont également présentes. »
Une torture en droit international, un crime en France
L’excision, c’est l’ablation partielle ou totale des organes sexuels externes de la femme. Il s’agit de couper le gland du clitoris ce qui empêche l’orgasme et interdit tout plaisir sexuel. Les infections sont nombreuses (tétanos) d’autant que le couteau a souvent dévié (les petites filles ne se laissent pas faire et gigotent) créant des cicatrises multiples. Les menstruations sont atroces. Les accouchements durent des heures. Un médecin explique : « lorsqu’on coupe le gland du clitoris, le membre féminin se colle sur l’os du pubis. Quand l’enfant se présente, la vulve ne bouge pas. Les déchirures sont fréquentes et nombreuses. » Une burkinabée, Safiatou, affirme : « j’ai eu des complications lors de mon premier accouchement. La sage-femme m’a expliqué que la cicatrice s’est rouverte. J’ai dû être recousue. Suite à ça, j’ai eu des douleurs pendant des mois et je ne pouvais pas m’asseoir normalement. » C’est ainsi qu’une femme a accouché huit fois de huit bébés morts par étouffement. Et le mal est quotidien comme le confie une autre : – il me faut 20 minutes pour uriner, ça me brûle, c’est un martyre à vie ». À cela s’ajoute souvent l’infibulation, la couture des grandes lèvres pour empêcher toute relation sexuelle. Car il s’agit d’arriver vierge au mariage.
Le plus souvent au mariage… forcé, mariée à une personne contre son gré, ce qui est interdit dans de nombreux pays.
Pourtant… Zénab, guinéenne, : « Ma cousine, ils l’ont cousue pour qu’elle ne fasse pas l’amour avant le mariage. Elle s’est mariée à 14 ans avec un homme qui avait déjà deux femmes. Le jour du mariage, ils ont ouvert (décousu). Elle est morte le jour de l’accouchement. » Fatoumata de Guinée Conakry : « À 15 ans j’ai été mariée de force à un homme plus âgé que mon père. Il avait environ 50 ans. J’étais en 4ème. Mon père m’a dit qu’une femme ne doit pas étudier. Il m’a choisi, comme mari, mon oncle qui avait déjà une femme et des enfants. Mon mari me violait tous les jours. Quand il est mort dans un accident de voiture, on m’a imposé de me remarier avec son grand frère. Le mariage forcé se fait beaucoup en Guinée. Les filles sont mariées à 14-15 ans. 80% de la population est polygame. La seule solution est de quitter le pays. » Et les voilà objets sexuels de leurs maris, souvent esclaves des épouses précédentes…
Cependant, Marieme, Mauritanienne, dit tout simplement : « Ma première fille ne connaissait pas son fiancé. Chez nous, on a des mariages d’arrangement. Si nos enfants ne se marient pas entre eux, on risque de perdre le lien de parenté. Il faut garder le lien parental. Les filles sont obligées d’accepter cela. Même les jeunes garçons se marient forcés. Le mariage forcé, c’est pour les filles mais aussi pour les garçons. »
La déclaration universelle des droits de l’homme affirme : le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux (article 16).
Dès 2003, le protocole de Maputo demandait aux états africains de prendre des mesures législatives pour interdire toute forme de mutilation sexuelle féminine. L’excision est interdite par la loi au Bénin, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire, en Gambie, en Guinée, au Mali, au Sénégal, au Togo. Mais ces pratiques perdurent, avec la peur que les ancêtres “fassent du mal“ si la tradition n’est pas respectée.
Le courage de fuir et de dire non à une coutume ancestrale
Les femmes qui ne peuvent ni se protéger contre ces violences ni s’opposer à l’excision de leurs filles dans leur pays, le fuient si elles le peuvent. Elles n’y échappent qu’en s’exilant. Danielle accompagne les Africaines de l’ouest qui arrivent en France lors de leur demande d’asile et du statut de réfugiée. « Le centre de santé “Parcours d’Exil“ (Paris 10ème) offre à toute personne exilée souffrant de psycho-traumatisme des soins gratuits et inconditionnels. Son directeur, le docteur Pierre Duterte, a tenté, avec ces femmes, une thérapie de groupe pour mettre des mots sur leur souffrance. Il pensait qu’elles seraient d’abord intéressées par les techniques de reconstruction. Or, ces femmes ne parlaient jamais de leurs douleurs, imaginant que cela avait été moins grave pour les autres. » Danielle insiste : « À ce moment-là, j’ignorais tout de l’excision. En 2013, suite à ce groupe de paroles, les femmes, très militantes, ont monté une association : “SOS Africaines en danger“ et m’ont nommée Présidente alors que j’avais l’âge d’être leur grand-mère. »

Depuis, Danielle passe sa vie à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) avec une juge pour enfants (épouse d’un membre de St Merry) et quelques avocates encore en exercice. Avant la loi Darmanin sur les Étrangers de 2024 et la circulaire Retailleau de 2025, ces femmes obtenaient le statut de réfugiées. Aujourd’hui, c’est plus difficile et très long quand elles demandent une reconstitution familiale.
Danielle témoigne : « ce sont des battantes. Elles n’hésitent pas à entreprendre des marches contre les violences sexistes et sexuelles, nanties de panneaux ou de banderoles : Non à l’excision. Non au mariage forcé. Et on les a entendues crier sur les boulevards : Rendez-nous nos clitoris !»
Une chirurgie réparatrice inventée par un urologue français
Quand on leur parle réparation, les femmes mutilées craignent une greffe d’une partie prélevée sur leur corps ou celui d’une donneuse. Elles n’imaginent pas qu’elles ont un clitoris enfoui. Cette reconstruction, inventée par le docteur Pierre Foldes et pratiquée dans des lieux spécialisés (St Germain en Laye, St Denis, Montreuil…), se fait par la libération de ce que les médecins nomment “genou du clitoris“ puis du corps du clitoris. Une plastie et une reposition sont ensuite effectuées. II est primordial de préserver l’innervation pour la sensibilité. Le but est non seulement de restaurer une anatomie normale mais de permettre une vie sexuelle satisfaisante. Ces réparations lèvent les douleurs que les femmes ressentaient en urinant, au moment des règles et lors des rapports sexuels. Les accouchements ne sont plus risqués.
Elles, qui rejetaient l’idée même de rapport sexuel, étaient dégoûtées des hommes et ne faisaient plus confiance à personne – comment faire confiance quand votre mère, votre grand-mère vous dit que vous allez chez le coiffeur pour vous attirer dans le guet-apens de l’excision – changent de visage après l’opération. Leurs traits sont apaisés.
Malheureusement, si, une fois réparées, elles retournent au pays, elles risquent d’être ré-excisées. En France, les petites filles sont surveillées par les PMI mais les collégiennes, les lycéennes qui passent leurs vacances chez leurs grands-parents sont souvent excisées et n’osent pas porter plainte à leur retour en France.
Pour toute demande de protection d’une enfant en risque d’excision, l’OFPRA demande aux parents de la soumettre à un examen médical constatant son intégrité physique. Le certificat est transmis à l’OFPRA par dérogation légale relative au secret médical.
Il n’est pas toujours simple de faire face aux compatriotes ou aux familles qui les désapprouvent et les traitent de “filles sales“. Mais toutes les femmes réparées témoignent de leur fierté d’être de nouveau entières et de se sentir femmes.
On prétend souvent que l’excision est une pratique liée à l’Islam.
Pas seulement. En Égypte, par exemple, où plus de 90% des femmes sont excisées, la mutilation est pratiquée autant chez les Chrétiens coptes que chez les musulmans.
Joëlle Chabert avec l’aide de Danielle Mérian
- SOS Africaines en danger
15 bd Richard Lenoir, 75011 Paris
https://www.sosafricainesendanger.org/
Facebook : DanielleSOSafricaines en danger - Excision, Parlons-en : www.excisionparlonsen.org




