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Que sont nos amis devenus ?

Feuilleter nos vieux albums de photos, retrouver des aïeux, qu’on a plus ou moins connus ou qui sont morts avant que nous n’ayons eu le temps de naître, voilà une expérience que nous faisons tous avec la nostalgie qui sied à l’exercice.

Mais que dire alors des photos qui nous mettent en scène aux côtés d’amis dont nous avons perdu la trace ? Je viens de retrouver une photo de ma communion solennelle sur laquelle je me vois encadrée de deux garçonnets dont je garde un souvenir précis. De l’un j’ai appris qu’il était mort d’une overdose, il s’appelait Jean-Jacques. De l’autre j’ai appris qu’il était devenu chirurgien ; c’est tout ce que je sais de lui alors qu’il fut le grand compagnon de ma petite enfance. J’entretiens le mystère : est-il toujours vivant ? A-t-il rejoint – comme disent nos frères juifs – le sein d’Abraham ? Pour moi il fait partie de la cohorte de tous les anciens de nos vies qui enrichissent notre méditation sur le mystère de la vie et de la mort. Sans même succomber à la tentation d’une recherche sur les réseaux sociaux, je préfère laisser leur vie, leur mort, dans l’infini qui les plonge d’ores et déjà dans l’éternité. Nul n’effacera le fait qu’ils furent mes amis, qu’ils comptèrent pour moi en un temps T et que, vivants ou morts, ils peuplent de leur présence le bonheur de mes jours et de mes nuits. Si je garde ainsi leur souvenir, n’est-ce pas parce que je veux croire que ce qui n’est pas mort est déjà ressuscité ?                                                                                        

Catherine Busson

Billet du dimanche 11 avril 2021

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