C’est la question que me pose un de mes amis non-croyant qui sait
que je « fréquente » le Centre pastoral de Saint-Merry (CPHB)
et qui s’étonne de son « excommunication » par l’archevêque de Paris.
Plusieurs mots nous viennent à l’esprit pour qualifier le CPHB : secte, tribu, troupeau, famille, communauté…

« Une secte, n’est-ce pas ainsi que quelques catholiques dits traditionnels, il est vrai en petit nombre, vous qualifient ? ». Alors c’est quoi une secte ?
Selon Wikipédia, « le mot secte désigne… une communauté humaine dont les membres suivent avec rigueur une même doctrine philosophique, religieuse ou politique…  Les responsables des groupes dits sectaires sont souvent suspectés d’étouffer la liberté individuelle au sein du groupe ou de manipuler mentalement leurs membres, en s’appropriant parfois leurs biens et les maintenant par divers procédés dans un état de sujétion psychologique ou physique, entre autres par la fatigue, et en outre de menacer l’ordre public ».
Difficile de qualifier le CPHB de secte : pas de gourou, pas de « confiscation » des biens, pas de doctrine rigoureuse de référence, pas de pression marquante sur la façon de penser ; cela n’empêche pas quelqu’un qui ne partage pas les valeurs vécues au CPHB, de s’en sentir exclu.

Une tribu alors ? Selon le Larousse « agglomération de familles vivant dans la même région, ou se déplaçant ensemble, ayant un système politique commun, des croyances religieuses communes et une langue commune, et tirant primitivement leur origine d’une même souche. »
Si les premiers termes (famille, vivant dans une même région, avec un système de croyances religieuses communes) peuvent s’appliquer partiellement au CPHB, cela n’est plus juste si l’on se réfère au suivi de règles communes (au CPHB, définition démocratique des règles, sans se les voir imposées), ni le fait de provenir d’une même souche (des histoires et origines fort diversifiées des membres, une exigence qui constitue une des richesses du CPHB).

Un troupeau, non ce ne me semble pas ? Les textes d’évangile autour du bon pasteur proposent une lecture symbolique où le berger est d’abord mis en avant de par la conduite attentive qu’il porte à chacun des membres de son troupeau. Il ne s’agit pas d’un troupeau constitué de moutons suiveurs, une foule sans personnalité. C’est pourtant une vision recherchée par certains clercs, faisant fi du discernement qu’exige une foi vivante pour ceux qui se nourrissent de la Parole ; une conception d’uniformité qui a de quoi faire frémir ! C’est bien tout le contraire au CPHB où les individus sont souvent de fortes personnalités, en difficulté à se plier à un collectif, qui en plus serait uniforme ; on y tente par contre de tirer profit des différences pour œuvrer en commun (ne dit-on pas qu’1+1 =3 et non 2).

Une famille, voilà qui est plus proche ? Je vois là tes réticences quand on parle de l’Église, mère des croyants, de père, voire de frère pour nommer un clerc. Tu as bien à l’esprit les abus de pouvoir de certains clercs dont notre époque est grandement témoin ; ce n’est malheureusement pas nouveau puisque l’on peut observer des abus tout au fil de l’histoire de l’institution catholique. N’y a-t-il pas une grande similitude entre le système patriarcal et le cléricalisme ? Mais fort heureusement nombre de clercs méritent le qualificatif de père ou frère, parce qu’ils engendrent spirituellement. À vrai dire pour ma part, je préfère réserver le qualificatif de Père à Dieu et de Frère à Jésus Christ.
Ceci étant, on se sent souvent en famille au CPHB, mais une famille choisie, un peu comme on choisit ses amis, malheureux que notre famille religieuse « ne soit pas toujours à la hauteur » ; mais n’est-ce pas notre condition d’humain avec ses implications exemplaires et ses mochetés, qui que l’on soit dans la « hiérarchie » religieuse.

Une communauté peut-être, mais il faut en préciser la définition ? Le mot est puissant quant à la richesse des définitions. Il exprime aussi bien le caractère de ce qui est commun à plusieurs personnes (une communauté de biens, d’intérêts), que l’identité dans la manière de penser de plusieurs personnes (une communauté de vues) ou encore un ensemble de personnes unies par des liens d’intérêts, des habitudes communes, des opinions ou des caractères communs (communauté ethnique, linguistique) ; autre définition encore plus « révolutionnaire », un groupement spontané d’individus visant à échapper au modèle familial, social et politique constitué par la famille nucléaire, et aux circuits habituels de production (les communautés des années 1970-1974), ou religieuse (les communautés de base notamment en Amérique latine, réprimées par « le Vatican » dans les années 1980-2000).
Une communauté suppose donc de partager en commun des référents, des objectifs, un souci pastoral diront d’autres, dans la durée et selon un mode de gouvernance qui permette l’épanouissement de chacun, dans la foi et le témoignage rendu visible de la communauté en ce qui concerne les membres du CPHB.

Une communauté hier ancrée à l’église Saint-Merry : les participants au CPHB n’y venaient pas pour assurer leur salut éternel, mais pour relayer la Parole de Jésus, en témoigner collectivement, de façon créative, parce qu’ancrée sur leurs vécus et sur les attentes de leurs contemporains, ce dont rendent compte les nombreux témoignages reçus (plus de 400). Au CPHB, on s’emploie non sans mal à tenter d’inventer une gouvernance, notamment avec les curés et l’évêque ou son représentant, pour animer la communauté.
Les membres du CPHB y viennent pour partager l’eucharistie, reconnaissant la présence du Christ dans la diversité de leurs implications individuelles et collectives. Ils y partagent à la fois ces éclats de résurrection lus dans la dynamique des rencontres et des engagements, leurs blessures et celles de ce monde, mais aussi l’espérance du Royaume face à l’impossible changement radical de nos sociétés.

28 février 2021

Une communauté reliée, à la fois au monde contemporain dont elle est solidaire, à la fois aux chercheurs de spiritualité, à la fois à l’Église catholique et aux différentes communautés chrétiennes qui constituent l’Église Universelle.
Solidaire dans les interrogations du monde actuel et sa recherche spirituelle, cette solidarité se concrétise tout autant dans « les groupes caritatifs », notamment en direction des migrants, des chômeurs, des communautés de pays en difficulté, toujours en lien avec des instances de type national voire au-delà, pas nécessairement chrétiens. Elle l’est encore dans l’écoute de l’art contemporain et de la musique pour y découvrir l’expression de dynamiques spirituelles, rejoignant la dynamique proposée par les Évangiles.
Elle est reliée avec l’Église catholique, dans la ténacité à interroger les enseignements reçus, et très à l’écoute de François le pape, dont les membres partagent les visions humanistes et provocatrices pour rafraîchir leurs croyances. Elle l’est tout autant avec les autres religions avec qui sont vécus des temps de « faire ensemble ».

Noël

Une communauté désormais hors les murs (https://saintmerry-hors-les-murs.com/), un pari sur l’avenir.
La communauté s’organise (groupes de travail, constitution d’un comité de pilotage, célébrations sur Zoom, re-création du site internet et de la Lettre d’info). La communauté du CPHB est accueillie, que ce soit dans plusieurs églises où des célébrations ont été programmées (Notre-Dame-des-Anges, Notre-Dame d’Espérance) ou des invitations à participer hors de Paris. Nombre d’activités se poursuivent comme par le passé.
Une communauté encouragée et qui se sent engagée par les 12 140 répondants à la pétition (dont 7 150 de province, 4 400 d’Ile de France et 590 de l’étranger) et par une forte montée en puissance des abonnements à la Lettre. Comment alors fonctionner bien plus en réseau ? 
Comment ne pas envier l’Église catholique d’Allemagne en marche pour un chemin synodal où laïcs et clercs participent en nombre égal, positionnés en réunion les uns à côté des autres par ordre alphabétique sans distinction de statut. Quel beau témoignage pour avancer ensemble !

André Letowski

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André Letowski

Expert en entrepreneuriat, en tant qu’analyste et intervenant conseil, notamment auprès de petites entreprises, l’auteur s’est aussi investi dans le champ culturel (voyages, théâtre…), dans des associations à caractère religieux, s’interrogeant sur la façon concrète de vivre du Christ au sein de notre monde contemporain. Le recul apporté par la sociologie des organisations lui est précieuse pour aborder la question de la gouvernance et des pouvoirs.

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