Des larmes. De douleur, de joie, de mélancolie.
Larmes de l’amant pour l’aimée. Authentiques ou hypocrites. Larmes de désespoir ou de stress. À chaque sentiment, ses larmes. Larmes furtives, car la bienséance, aujourd’hui encore, interdit de pleurer en public. Pourtant, selon le philosophe roumain Emil Cioran (1911-1995), les larmes seront à la fin des temps le seul étalon, le critère de vérité, car « au jour du jugement, seules les larmes seront pesées ». Le monde est « un réceptacle de sanglots », ajoute Cioran. Mais le croyant sait qu’aucune souffrance ne sera perdue, car Dieu n’est pas sourd à son invocation : « dans ton outre  recueille mes larmes » (Ps 56, 9). 
Dans le livre du prophète Jérémie (13, 17), l’Éternel pleure également : « mes yeux vont pleurer, pleurer, fondre en pleurs, le troupeau du Seigneur part en captivité ».
C’est par les larmes que Christine Barbey inaugure cette nouvelle chronique, recueil d’éclats poétiques, des brisures dont sont faits les drames, mais aussi la beauté de l’existence. Avec la trace subtile de la tendresse qui console, soigne, guérit et relie. À la manière de l’or dont les potiers japonais se servent pour, dans l’art du kintsugi, réparer un vase fendu ou brisé.
P.P.

Mes yeux se fondent en larmes.
Leurs eaux érodent mon âme.
Mais tu es là, Seigneur
Au cœur de la brisure,
Avec tes larmes dans les miennes.

Mes yeux se fondent en larmes.
Leurs eaux aveuglent mon âme.
Que leur chemin, Seigneur,
Oriente ma souffrance
Vers la tendresse de ton Père.

Mes yeux se fondent en larmes.
Leurs eaux épurent mon âme.
Comme ces pleurs, Seigneur,
S’écoule ma prière
Qui n’a plus force de parole.

Mes yeux se fondent en larmes.
Leurs eaux éveillent mon âme.
À ton éclat Seigneur,
Elles puisent la lumière
Pour la verser en abondance.

Mes yeux se fondent en larmes.
Leurs eaux fécondent mon âme.
Dans leur sillon, Seigneur,
Que naisse ma louange
Comme la joie vient en partage.

R-van-der-Weyden-Descente de la Croix-détail2

Christine Barbey
12 juillet 2010 D’après le Traité des larmes de Catherine Chalier

CategoriesNon classé
Christine Barbey

Sensibilisée au chant liturgique par transmission familiale, elle s’y est investie plus particulièrement depuis son arrivée au groupe chant de Saint-Merry. Elle s’est formée parallèlement à l’animation, au chant puis à l’écriture, grâce à de nombreuses rencontres. Elle est membre de l’Association des Auteurs Compositeurs de Chants Religieux (ACCREL), dont elle fut secrétaire, ainsi que des auteurs de la Commission Francophone Cistercienne (CFC).

  1. Marie-Odile Barbier-Bouvet says:

    Quelle belle idée de publier ce poème qui trouve sa place tout naturellement dans ma méditation… Merci Christine… Peut-on espérer d’en découvrir d’autres ?..!…

  2. Drisin Philippe says:

    Oui les larmes sont ce qu’il y a de plus vrai dans la relation entre les hommes et Dieu qui ne peut que pleurer en constatant ce que les hommes font de ce monde et ce malgré l’invocation toujours répétée “que ton règne arrive”

  3. Francoise dAuzon says:

    Merci Christine pour ce très beau et très inspirant poème qui m’accompagnera jusqu’à la fin de ce carême.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.