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Thibault Lucas. Les doutes de l’artiste

Les installations du Socle sont à l’origine de multiples relations avec les passants et bien sûr les artistes. La venue d’un campement au bout de la rue a questionné l’œuvre actuelle de Thibault Lucas, Les Habitants. Avec la loi immigration qui aura des conséquences sur l’hébergement des plus pauvres, l’artiste est encore plus travaillé par le doute. La chronique de Jean Deuzèmes.

Doute : « État naturel de l’esprit qui s’interroge, caractérisé à des degrés différents soit par l’incertitude concernant l’existence ou la réalisation d’un fait, soit par l’hésitation sur la conduite à tenir, soit par la suspension du jugement entre deux propositions contradictoires. » (Trésor de la Langue Française)

Extrait de la Lettre mensuelle de Thibault Lucas

Installer une œuvre d’art dans la rue n’est pas anodin. Si une œuvre d’art s’adresse le plus souvent à un public d’initiés, une œuvre dans la rue s’adresse à toutes et à tous. Comment alors peut être perçue une œuvre d’art qui parle de la rue par une personne qui cherche avant toute autre chose une couette pour survivre à la nuit ?
Si la tente dorée semble servir de bagagerie éphémère depuis quelques semaines, j’ai bien conscience que cette œuvre s’adresse à celles et ceux qui ont un toit et qu’elle semble bien dérisoire pour celles et ceux qui n’en ont pas.  

Je voulais que cette œuvre questionne les passant.e.s en frottant la stabilité des un.e.s à la précarité des autres, en érigeant la fragilité au-dessus de la solidité. Par cette intervention à la fois discrète et monumentale, je voulais probablement déranger les consciences, mais c’est avant tout la mienne qui a été profondément dérangée. Quel est mon rôle d’artiste ? Puis-je me satisfaire d’une position d’observateur, « d’alerteur », de « poétiseur » ? À l’heure du froid de l’hiver, d’une loi immigration restrictive, de centaines de jeunes et moins jeunes qui se cachent toujours dans les rues pour dormir, qu’est-ce que « Les Habitants » apporte ?

Souvent désarmé par des rencontres que j’ai faites au pied de ma sculpture, j’ai beaucoup remis en question mon installation. Dans ces doutes, j’ai choisi de recueillir et collecter les différents témoignages que j’ai reçus des habitants du quartier, des habitants de la rue, des habitants de passage.

Tout récemment un campement de jeunes migrants s’est installé près de l’Hôtel de Ville, à quelques mètres de l’installation. L’urgence est venue s’ajouter à mes doutes : puis-je rester en retrait ?

Thibault Lucas

Et j’en profite pour mettre en avant 2 associations qui agissent dans le quartier (et ailleurs) :
L’association Les Midis du Mie qui vient en aide aux mineurs isolés dormant dans la rue. En apportant une aide matérielle, juridique, pédagogique et sociale, cette petite association énergique et efficace rayonne et a permis de beaux parcours.
L’association Solidarité Nouvelle pour le Logement bien connue des Saintmerriens qui accompagne d’une part les propriétaires à héberger des personnes à la rue en bénéficiant d’une loi incitative et d’autre part les personnes de la rue à réussir leur retour sous un toit.

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Ecole Saint-Merri, décembre 2023

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