Nous avons choisi l’écoute comme thème de carême 2026. Comme en écho au corpus de textes proposés (à retrouver ICI), l’édito de Marie-Claire Bruley.
« Mais seul peut entendre le cœur qui ne cherche la possession, ni la victoire »*
L’écoute est loin d’être une simple absence de parole, elle possède la capacité inouïe de faire exister l’autre. Elle est consentement intime qui se fait lumière de l’autre, en révèle son mystère. L’écoute possède ce potentiel transformateur et révélateur. La puissance de l’écoute demande de faire le vide en soi afin de s’offrir dans une présence pleine et entière. Seulement alors, confiance et alliance féconde peuvent advenir…
Chacun sait qu’être entendu ne va pas de soi, mais lorsque la qualité de l’écoute conforte l’assurance d’être pris au sérieux, celle-ci peut devenir le cadeau le plus précieux que l’on puisse offrir.
L’écoute demande de se poser dans l’altérité. L’écoute et l’altérité se complètent et se soutiennent mutuellement. L’écoute trace un chemin d’ouverture vers l’altérité. Toutes deux demandent une disponibilité, un silence intérieur, une oreille attentive, une réception vigilante de ce qui provient de l’autre que soi. Ce sont là les premiers pas d’une forme d’écoute dans laquelle l’attention implique l’effacement de soi. La puissance de cette écoute peut exiger de faire le vide en soi, il peut arriver aussi que cette posture se fasse au prix d’un arrachement intime, révélant chez l’écoutant un champ de tensions où se rejouent sa propre histoire affective, son rapport de soi à l’autre.
Ce déplacement de soi-même, cette ouverture à l’autre appelle à décoller de sa propre réalité pour se glisser dans celle d’autrui. Et lorsqu’affleurent fêlures et lézardes au cœur de la parole qui se donne, il s’agit d’accueillir la fragilité, la complexité émotionnelle qui se livre, et découvrir alors chez autrui la part la plus intacte, les lignes de force se dégageant de la faiblesse, et leur ardent foyer intérieur.
Ces moments où l’on ne se fait jamais aussi proches sont des moments de transformation mutuelle, d’adhésion profonde, de vie créatrice partagée et lumineuse. La sympathie qui naît de cette intimité sobre, rend les choses naturelles et agréables et ne se fait pas sans la spontanéité des gestes et de l’élan vital. Ce temps béni de partage nous laisse dans un sentiment d’accomplissement et de reconnaissance.
Marie-Claire Bruley
*Philippe Jaccottet, Pensées sous les nuages.




