Saint-Merry Hors-les-Murs est en lien avec d’autres sites animés par des chrétiens d’ouverture, avec lesquels nous entretenons des liens fraternels. Ils relaient certains de nos articles, et nous nous proposons de faire de même. Nous publions ici l’article de Jean-Baptiste Désert, paru le 20 avril 2026 sur le site Garrigues et Sentiers.
Nous proposons à votre méditation, un montage de quelques-unes des évidences proposées par Épictète. Elles sont toutes authentiques, mais ne suivent pas forcément l’ordre du texte du Manuel, elles sont parfois rapprochées afin d’obtenir un meilleur suivi de sens. Libre à vous de voir dans quelle mesure ces mots nous parlent encore, et s’ils peuvent s’accorder avec l’esprit et le comportement des grands de ce monde aujourd’hui.

Épictète (50-125 ap. J-C) est un philosophe stoïcien. En 89, il est expulsé de Rome, accusé par l’empereur Domitien de s’opposer à sa tyrannie. Il a donc une expérience et une réflexion sur le politique. Ses leçons, transcrites par son disciple Arrien, sont en partie perdues, mais elles ont été condensées ,sous forme d’aphorismes, en un Manuel qui a inspiré les empereurs Hadrien (76-138) et Marc Aurèle (121-180 ap. J-C). Les Pensées pour moi-même de ce dernier sont souvent présentées en même temps que le Manuel d’Épictète, leur point commun étant le stoïcisme. Heureuse époque où les chefs d’État se permettaient de penser et même d’être philosophes.
Dès le début du Manuel, Épictète pose la question centrale concernant notre « agir » dans et sur le monde : « De toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. Celles qui en dépendent sont […] toutes nos actions. Celles qui ne dépendent point de nous sont […] toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions… // Les choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle ; celles qui n’en dépendent pas sont […] dépendantes, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients… »
On voit l’application qui peut être faite de ce constat en Ukraine ou en Iran, où les guerres étaient « prévues » courtes et faciles par leurs initiateurs. Bien plus : « Si tu désires quelqu’une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras nécessairement malheureux ; et, pour les choses qui sont en notre pouvoir, tu n’es pas encore en état de connaître celles qu’il est bon de désirer ».
Dans tous les cas, une grande prudence est recommandée : « Quand tu es sur le point d’entreprendre une chose, mets-toi bien dans l’esprit ce qu’est la chose que tu vas faire »… // Ne demande point que les choses arrivent comme tu les désire, mais désire qu’elles arrivent comme elles arrivent, et tu prospéreras toujours… // Veux-tu n’être pas frustré dans tes désirs ? Tu le peux : ne désire que ce qui dépend de toi… // Si tu prends un rôle qui soit au-dessus de tes forces…, non seulement tu le joues mal, mais tu abandonnes celui que tu pouvais remplir ».
Un conseil utile aux va-t-en-guerre incorrigibles : « Tu peux être invincible, si tu n’engages jamais aucun combat où il ne dépende pas absolument de toi de vaincre… // Dans toute affaire, avant que de l’entreprendre, regarde bien ce qui la précède et ce qui la suit, et entreprends-la après cet examen ». [1]Ce conseil consonne avec Luc 14, 31-32 : « Quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, … Continue reading
Au-delà de son action, et dans le seul domaine du discours, n’est-il pas indispensable qu’un chef d’État soit philosophe, au sens où l’entend Épictète, et pense avant d’agir ? « Signes certains qu’un homme fait du progrès dans l’étude de la sagesse : il ne blâme personne, il ne loue personne, il ne se plaint de personne, il n’accuse personne, il ne parle point de lui comme s’il était quelque chose ou qu’il sût quelque chose. Quand il trouve quelque obstacle ou quelque empêchement à ce qu’il veut, il ne s’en prend qu’à lui-même ». Une précaution particulière à cet égard et à laquelle devrait penser particulièrement l’homme qui se croit et se dit inlassablement le plus important du monde : « Garde le silence le plus souvent, ou ne dis que les choses nécessaires, et dis-les en peu de mots… » Mais en cela, cet avis concerne toutes les personnes qui disposent d’un pouvoir sur autrui.
Et si on faisait lire le Manuel d’Épictète aux chefs d’État en préalable à leur investiture, ou mieux à leur candidature ? Et pourquoi pas à tous ceux qui ont des responsabilités publiques qui concernent forcément tout un chacun ?
Jean-Baptiste Désert
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(1) Ce conseil consonne avec Luc 14, 31-32 : « Quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix »
Notes
| ↑1 | Ce conseil consonne avec Luc 14, 31-32 : « Quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix » |
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