Je crois en Jésus qui dit « Heureux les pauvres, heureux les doux ». À ne pas confondre avec les mous.
Je crois en Jésus qui dit « Que ton oui soit oui, que ton non soit non ». Oui mais les mous ne veulent ni le oui ni le non. Ils veulent le ventre mou des compromis sans feu et sans vie.
Les doux, ils ont des sacs troués et crevés d’amour et d’humour face aux petits chefs de tant de communautés qui sans cesse, mettent la poussière sous le tapis, c’est hélas l’art suprême de l’Église.
Les autres ont laissé partir tant de sœurs et de frères blessés, ils n’ont rien dit, ils n’ont pas bougé, ils ont laissé faire dans un silence tueur et sans cœur.
Et de messes en messes, ils célèbrent le Christ, la paix et la fraternité.
À la violence de leurs silences répond l’arrogance de la foi.
Je crois en Jésus, poète et prophète.
Il fait fête et tempête sur les sables de l’ennui et sur les prières passives et répétitives.
Je crois à la prière vive, hors des soumissions et des abandons pour entrer en liberté et en création.
Je crois au Dieu intérieur et non pas à leur dieu tout puissant qu’il faut supplier comme des croyants infantilisés.
Je ne crois pas au dogme qui nous enfume de mythes glacés et bétonnés.
Je crois à l’insolence de la foi face à la censure qui blesse les cœurs et défigure l’Évangile.
Je crois à l’aventure sans mesure qui susurre amitié et liberté.
Heureux les anges de l’écriture, ils chantent et dansent sur les tombeaux de la censure.
Face aux communautés imbues d’autorité et de pouvoirs, je crois à l’appel de Jésus : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi, celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. »
Heureux les cœurs purs qui, tel Jésus aux pieds nus, ne se font jamais appeler « mon père » ou « monseigneur ».
Les cœurs purs sont serviteurs, laveurs de pieds et laveurs des cœurs.
Heureux les blessés de l’Église qui, par milliers, se sont évadés avec le trésor de l’Évangile, ils sont entrés en liberté.
Heureux qui, tel Jésus aux pieds nus, renverse les tables du temple.
À la terrible compétition, les disciples répondent par la communion sans exclusion.
À la triste soumission des moutons, les disciples répondent par la liberté d’expression et le feu de la création.
Je crois au « Lève-toi et marche » et plus jamais aux chrétiens couchés et soumis dans leur triste et sinistre refrain : « surtout pas de vague, pas de bruit » et qui sans bruit, glissent la poussière sous le tapis des compromis et de la trahison.
Heureux les insolents de la foi, ils n’ont pas froid, ils remuent la poussière sous le tapis.
Je crois en Jésus qui m’a libéré de l’Église archaïque, hiérarchique, pyramidale et pharaonique,
doctrinaire et totalitaire.
Je crois en Jésus, et plus jamais aux communautés déguisées en fraternité
qui ont étouffé dans le béton de l’entre soi et les salons du quand dira-t-on, le feu de l’Évangile qui rend libre.
Je crois en Jésus le rebelle qui rend la vie claire et belle.
Il est l’empêcheur de tourner en rond dans le ronron des institutions.
Je crois en la parole qui guérit, au geste qui apaise.
Il offre le silence et le sel devant les curés bavards et prétentieux qui savent tout sur Dieu.
Je crois au combat de la foi et la foi du combat et non pas en leur Jésus nutella.
Je crois en Jésus qui n’a jamais créé des hommes à part, lui qui semait la fraternité.
Il n’a jamais créé la caste sacerdotale des prêtres sacrés, consacrés, sacralisés. Il a appelé des disciples.
À Emmaüs, ils le reconnurent à la fraction du pain.
Dans les actes des apôtres, ce geste du pain rompu est signe.
Il est signe de partage et signe du Royaume.
Hélas, ils en ont fait des messes chargées et accablées de prières moites et froides, lourdes et répétitives.
Je crois à la prière vive trempée de silence et de feu.
Je crois aux petites fraternités qui, dans les maisons, en toute simplicité et toute créativité,
partagent l’évangile et qui, au cours d’un repas, dans un cœur à cœur, osent le chant et le geste du pain partagé.
Il est grand temps de passer du religieux au spirituel.
Pierre
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L’atelier « Paysage religieux » a choisi de centrer sa réflexion sur ce qui, au-delà de la diversité des sensibilités et des parcours de foi, peut rassembler les croyants aujourd’hui. Dans le cadre de l’année du Cinquantenaire de Saint-Merry, une question a été adressée à tous : « Dans le monde d’aujourd’hui, quel est, pour vous, l’essentiel du message de Jésus ? »




