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Catherine Goguel, l’expérience d’une experte

Catherine a conduit toute sa carrière au Louvre… sans jamais compter au nombre de ses fonctionnaires. Catherine a été reconnue par sa belle-mère comme l’épouse rêvée pour son fils… en dépit d’un gros défaut : être catholique.

Dans son appartement du sixième étage, des livres, des dossiers, des papiers sur les tables, les chaises, les étagères, un salon de répétition pour les musiciens de la famille et tout au bout d’un long couloir, une cuisine salle à manger qui donne sur les toits. C’est là que Catherine se raconte.

Une historienne de l’art italien

Son vrai titre ? Directeur de recherche au CNRS, attachée au département des arts et graphiques du Louvre. « Quand je n’étais pas au Louvre, j’étais en Italie, à Florence, à Rome, à Venise mais aussi à Avignon, Chicago… Je suis spécialiste du dessin Florentin du XVème au XVIIIème siècle. J’avais accès au fonds du Louvre, 140 000 dessins allant de l’origine du papier en Europe jusqu’à l’art moderne. Mon travail ressemblait à des enquêtes policières : je devais retrouver les auteurs de dessins jamais signés ; retrouver un corpus de dessinateurs dans les collections les plus variées du monde et des centaines de dessins attribués à des artistes divers et dissemblables. »

Pour mieux se faire comprendre, Catherine explique le travail qu’elle a mené à l’occasion d’une exposition du Louvre sur le dessin napolitain : « Nous connaissions 90 dessins visiblement de la même main mais d’un artiste inconnu. Or, ce jour-là, je visitais l’oratoire baroque autour du culte de Sainte Rosalie à Palerme. Cela m’a frappée : les décors signés d’Antonio Grano rappelaient les dessins de l’expo. C’est ainsi qu’après avoir étudié la qualité du papier, la technique, les mesures, nous avons pu mettre un nom propre sur les dessins rassemblés. » Catherine a beaucoup travaillé, beaucoup publié et mérité le titre de “Directeur de recherche émérite“. Et ce n’est pas fini, bien qu’elle ait pris sa retraite en 2005, Catherine participe encore à de nombreux échanges universitaires. On la sollicite comme expert, par exemple, lors de la rénovation de la chapelle Sixtine ou pour présenter ou recommander tel ou tel livre. Actuellement, elle rédige l’introduction d’un catalogue de dessins de Francesco Salviati, un suiveur de Michel-Ange, auteur du XVIème siècle.


Rencontre de Jean Paul II avec les experts lors du colloque sur la restauration de la chapelle Sixtine

Investie dans l’atelier familles

Catherine fait partie du groupe “familles“ de Saint-Merry Hors-les-Murs. Quand elle raconte son histoire familiale, on comprend pourquoi.

Lors de la guerre de 40, Catherine a vécu au Brésil, à Sao Paolo. Elle est arrivée à Paris à 10 ans. « Ma famille était catholique mais la religion était secondaire. L’important était le niveau intellectuel. Normaliens, X, c’était la norme. Mon grand-père a fondé l’école supérieure d’électricité. Mon père, qui était parti en Amérique latine avec Levi-Strauss, est devenu directeur de l’Institut des hautes études d’Amérique latine à Paris. Il “bouffait du curé“ ce qui ne l’empêchait pas d’être très ami avec le Père Lebret, le fondateur d’Économie et humanisme dont le but est de remettre l’économie au service de l’homme. Ils ont travaillé ensemble au Brésil. Ma famille était très attentive à ce qui se passait avec la théologie de la libération.

J’ai épousé un médecin, professeur d’hématologie à Saint-Louis, qui a travaillé toute sa vie à l’hôpital. Nous avons vécu quelques années à Téhéran lorsqu’il y a été envoyé fonder un service de maladies infectieuses, ce qui m’a permis de donner des conférences à l’Institut français. La famille Goguel est une grande famille protestante. Le grand-père était doyen de la faculté de théologie protestante de Paris. J’ai été la première catholique à entrer dans cette famille. Et, finalement, mon mari a apprécié Saint-Merry. Nous avons eu trois filles. L’une est spécialiste de l’eau, l’autre historienne mais a fondé la “ Compagnie du Porte-Voix“ qui crée de très beaux spectacles musicaux pour les tout petits et la dernière est professeur de flûte et monte aussi des spectacles avec son compagnon poète.

J’ai sept petits-enfants dont deux grâce aux familles recomposées, qui mènent des carrières très diverses : économie, robotique, intermittents du spectacle et même une bergère.

Arrivée à Saint-Merry avec les Chiliens

« C’est Marie Madeleine de Verchère qui m’a introduite à Saint-Merry. Issue d’une des grandes familles nobles et catholiques de Bretagne, elle votait socialiste (un vrai problème pour ses proches !) et fréquentait Saint-Merry. Or, Marie Madeleine était amie avec Maria Edy, l’épouse de Jacques Chonchol, ministre de l’agriculture dans le gouvernement de Salvador Allende, au Chili. » Inspiré par la théologie de la libération, Jacques Chonchol a participé à l’élaboration d’une réforme agraire qu’il a révisé lors de son mandat, accélérant les expropriations des gros propriétaires et transformant les terres en coopératives régionales. La loi a permis d’augmenter le niveau de vie des paysans pauvres, avec un programme d’investissement étatique. Contraint à l’exil par le coup d’État de 1973, il rejoint la France. Il est hébergé à Paris, rue de la Verrerie avec son épouse Maria Edy, d’origine brésilienne, chercheuse économiste spécialiste du développement et leur fils Diego. Les yeux de Catherine pétillent : « C’est la grande époque des Chiliens à Saint-Merry, de l’association des Amitiés Franco-Chiliennes soutenue par les cathos progressistes. Mon père a organisé l’insertion de Jacques à l’Institut des hautes études d’Amérique latine. Et moi, je me suis retrouvée à Saint-Merry, un lieu d’accueil, un lieu amical et chaleureux, ouvert à la théologie de la libération, impliqué dans le progrès politique, social, économique. » Jacques Chonchol est mort en octobre 2023 à Santiago, au Chili.

« Pourtant, Maria Edy Chonchol, Marie Madeleine de Verchère et moi approfondissions notre foi ailleurs, dans un groupe de femmes qui se réunissait une fois par mois et quelques fins de semaine avec le soutien d’un prêtre diocésain : Blaise Ollivier, sociologue et psychanalyste. Ce cercle n’appartenait à aucun lieu, à aucun mouvement mais se réclamait de Vatican II. Il fut très important pour moi et, je crois, pour mes amies. »

Aujourd’hui Maria Edy est impliquée dans l’accueil des étudiants internationaux à Paris. Et, fidèle au Centre pastoral, reconnaissante avec ses filles envers l’accompagnement par Daniel Duigou lors des obsèques œcuméniques de son mari, Catherine est toujours présente à Saint-Merry Hors-les-Murs et pleine d’espérance.


Avec les stagiaires au Louvre en 2005. Au fond, l’époux de Catherine
CategoriesTémoignages
Joëlle Chabert

Joëlle Choisnard Chabert, géographe et journaliste retraitée. Autrice d’ouvrages pour adultes et pour enfants édités chez Bayard France et Canada, Salvator, Albin Michel. Thèmes : société, christianisme, vieillissement.

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