J’ai éprouvé une réelle joie de voir l’enthousiasme de tous ceux qui accueillaient le pape, tout en me demandant ce qui les avait amenés là. Je crois que beaucoup d’entre eux étaient heureux de manifester ainsi leur accord avec un homme proposant au monde à la recherche d’une boussole, une voie vers la paix, la fraternité et l’espérance.
J’attendais moi-même Léon XIV avec un intérêt tout particulier. En effet, j’avais lu pendant l’été sa seconde encyclique (présentée comme relative à l’IA ; en réalité actualisant la « doctrine sociale de l’Église »). J’avais été séduit par l’ouverture et la profondeur de ce document. Je guettais donc les prises de parole du pape pendant son séjour en France. Se montrera-t-il aussi convainquant à l’oral qu’à l’écrit ?
Or, j’ai découvert un homme moins à l’aise que Jean-Paul II, moins chaleureux que François, probablement plus timide, plus réservé, plus embarrassé par les contraintes du protocole et la présence constante de la presse ; mais déterminé et finalement attachant.
Je retrouvais aussi le mentor dont j’avais apprécié les premières prises de position, répondant bien, me semble-t-il, aux aspirations de nos contemporains désorientés par un monde où des milliardaires maitrisant des avancées techniques qui nous échappent, s’octroient le pouvoir de conduire l’humanité ; où des dictateurs se livrent à la recherche éperdue de plus de puissance, piétinant sans vergogne les progrès dans l’art du vivre ensemble laborieusement édifiés dans les derniers siècles et qui ont pour nom : démocratie, droits de l’homme, solidarité internationale, liberté de circulation, institutions supranationales… pour satisfaire leurs ambitions territoriales ou militaires. Dans un tel chaos, une voix courageuse, puisant à la source de l’Évangile, rappelle la valeur absolue de l’homme et la primauté du pauvre.
Au chapitre des réserves, j’ai regretté de constater que, dans les offices, l’entourage du pape restait presque toujours masculin, ce qui signifie que l’Église de France n’avait pas profité de l’audience de ce voyage pour engager un changement dans ses habitudes ; je suis resté perplexe sur les rappels, répétés par les médias, d’une supposée renaissance du catholicisme en France ; j’ai été surpris de voir ressurgir au Stade de France des manifestations de piété que je croyais écartées et qui me paraissaient plus gêner ma foi que la nourrir. Ainsi, sont ressorties des bannières, des reliques, y compris la controversée tunique d’Argenteuil ; sont réapparues des invocations aux saints de mon enfance : le curé d’Ars, Jeanne d’Arc,… Où étions-nous ? au Puy du Fou ? Une influence invisible chercherait-elle à faire dévier cette ferveur populaire ?
Mais après tout, l’enthousiasme montré par le public, notamment les jeunes, ne me rappelle-t-il pas que peuvent s’exprimer diverses formes de piété. Plutôt que de montrer une quelconque réserve, je préfère me réjouir des moments uniques de communion qui nous ont été offerts par cette visite dont j’attends maintenant un coup de fouet dans la vie spirituelle chez nos concitoyens.
Jean de Savigny
septembre 2026




