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Dimanche 29 mars 2026. « Toute la ville fut en proie à l’agitation »

En cette messe des Rameaux, alors que nous entrons dans la Semaine sainte, nous nous questionnons sur les foules, le pouvoir et sa versatilité.

Entrée en prière en musique

♫ Hosanna
Hosanna, hosanna,
Béni soit celui qui vient nous sauver.
Hosanna, hosanna,
Béni soit ton Nom,
Ô Roi des nations.

Élevez-vous, portes éternelles,
Levez vos frontons, portes du ciel.
C’est le Seigneur, le Fort, le Vaillant,
Qu’il entre aujourd’hui le Roi de Gloire !

C’est le Seigneur, Dieu de l’univers !
Voici le Seigneur, Maître de tout.
Élevez-vous, portes éternelles,
Qu’il entre aujourd’hui le Roi de Gloire !

Accueil

Bonjour à toutes et tous. J’ai la joie d’introduire notre partage des Rameaux après ce splendide Hosanna, cette louange à Dieu qui signifie en araméen « de grâce, sauve ». C’est ce mot que clament les foules qui accueillent Jésus à Jérusalem. Nous le savons, cela ne se terminera pas dans la même allégresse. Il y aura Judas, Pierre, le repas, le procès et la mort sur la croix. Nous connaissons ces différentes étapes, aussi nous avons choisi, lors de notre préparation de lundi, de ne pas lire l’Évangile de la Passion, souvent symbole d’ennui et de messe interminable.
Cependant nous partagerons sur les raisons de cette chute inéluctable qui ne cesse pas de nous interpeller.
Nous entrons dans notre célébration au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.

Laurence

Wikicommons Rameau D'olivier

Évangile selon Matthieu (21, 1-11)
Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Résonances

Pour moi les rameaux, c’est la foule anonyme et versatile. On est anonyme, cela permet de lâcher tout contrôle, de dire, de crier, ce que l’on ne ferait pas tout seul, c’est la force d’être ensemble et c’est précieux et parfois enivrant. Malheureusement, il y a le risque d’être bousculé, englouti et aussi de se laisser subjuguer par les beaux parleurs, souvent sans aucune nuance, tout blanc ou tout noir, sans esprit critique, sans réfléchir, notamment sur l’incidence sur les personnes.
Inconsciemment, la responsabilité personnelle se dissout, on suit, on réfléchit de moins en moins. Nous avons gagné au long des siècles la chance d’être une personne autonome, ne la laissons pas grignoter par le confort d’être pris en charge, par la facilité de ne pas se poser de questions et de ne pas s’opposer aux amis, aux alliés.
Refuser la foule qui nous rejette si l’on ne partage pas l’évidence que proclame le groupe est une attitude difficile. Comment rester une femme debout ? Écouter Jésus qui nous a dit : « demandez et vous recevrez ». Alors, dans la prière, demandons à l’Esprit de ne pas baisser les bras.

Marie-José


Barabbas

La foule, les foules, ces mots que l’on retrouve dans l’Évangile des Rameaux de Matthieu sont omniprésents. Foule d’anonymes aujourd’hui qui acclame une victoire sportive, électorale, qui manifeste son mécontentement, cela peut être festif, joyeux mais pour moi cela me fait peur, je me méfie de ces mouvements de foules difficilement contrôlables et j’avoue avoir peu participé à des manifestations.

Combien de fois avons-nous vu des retournements de cette foule manipulée et versatile, comme le montre Matthieu dans son récit de la Passion du Christ quand Jésus comparait devant Pilate « Les grands Prêtres et les anciens poussent les foules à réclamer Barabbas » Changement radical après les acclamations de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Foule porteuse de vie, foule porteuse de mort.

Bernard

Méditation en musique La foule de Édith Piaf

Livre d’Isaïe (50, 4-7)
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Méditation en musique BACH-Passion selon saint Matthieu

Résonance

Je lis au cœur de ces textes, une interrogation radicale sur le pouvoir — non pas seulement sur qui le détient, mais comment il agit sur les hommes, et sur la manière dont on y consent.

Déjà, dans le texte d’Isaïe, se dessine une figure qui reçoit la parole avant de la donner, qui écoute avant d’agir, et qui traverse l’épreuve sans répondre à la violence par la violence. Il ne se dérobe pas, ne se révolte pas, mais tient — comme si une autre manière d’habiter le conflit était possible, sans en épouser la logique.

Dans l’Évangile de Matthieu, tout commence par un malentendu : Jésus entre comme un roi, mais sans les signes attendus du pouvoir. Il expose autre chose : une autorité qui ne s’appuie ni sur la contrainte ni sur le prestige. Et c’est précisément cela qui dérange car un pouvoir sans domination ne rassure personne.

Dans le récit de la Passion, le pouvoir n’est pas concentré en un lieu, il circule. Il est dans la décision des chefs, bien sûr, mais aussi dans la peur de Pierre, dans le calcul de Judas, dans la versatilité de la foule, dans la prudence de Pilate. Chacun, à sa manière, y participe. Personne n’est totalement étranger à ce qui arrive. Le texte empêche alors de penser le pouvoir comme quelque chose qui serait seulement « chez les autres ». L’attitude du Christ ne relève pas de la faiblesse. Son refus de la violence, de se justifier, voire de se sauver lui-même n’est pas de l’ordre de la résignation. Il ne veut pas entrer dans une logique où l’on gagne toujours au prix de quelqu’un. La ligne de crête est étroite : ne pas exercer le pouvoir comme domination, sans pour autant se retirer du monde. Habiter le conflit sans devenir ce que l’on combat.

La croix apparaît alors comme le lieu où toutes les formes de pouvoir — religieuses, politiques, populaires — se retrouvent pour éliminer ce qui les remet en cause. Et pourtant, c’est là, paradoxalement, que se dévoile une autre forme de puissance : celle qui ne contraint pas, mais qui tient, jusqu’au bout.

Peut-être que ces textes ne nous demandent pas d’être « du bon côté », mais de nous interroger sans cesse sur la manière dont nous exerçons — ou subissons — le pouvoir. Et sur ce que nous sommes prêts à perdre pour ne pas en épouser la violence.

Oui, interrogeons-nous 

Bénédicte

Le Caravagge, Le Reniement de Pierre,1610, Metropolitan NY
Giotto Di Bondone Scenes De La Vie Du Christ Arrestation Du Christ Baiser De Judas
Giotto, Le Baiser de Judas, 1304, Chapelle des Scrovegni, Padoue

♫  Méditation en musique Chopin : Nocturne No. 20 in C-Sharp Minor, Op. posth

Temps du partage

Duccio di Buoninsegna, Le Christ devant Caïphe, cathédrale de Sienne

Quelques échos du partage :

  • comment ne pas penser aux Américains qui ont défilé hier au cri de « No King »
  • le pouvoir est un service à la manière du Christ le Jeudi Saint lors du lavement des pieds
  • la Passion est la constitution du collectif et de son pouvoir pour l’après
  • jusqu’où peut-on aller dans la tolérance pour ne pas laisser la violence s’installer
  • Pilate, son inertie face à la condamnation d’un innocent me révolte
  • Pierre symbolise la soumission à la majorité qui influence nos choix
  • écraser l’autre c’est assez simple, mais est-ce le pouvoir ?
  • l’Évangile transforme la foule en un peuple qui sait discerner et douter
  • le pouvoir est attrayant mais ne sert pas, il faut chercher l’amour
  • ne pas se laisser accaparer par le pouvoir qui nous anime
  • faire attention à ne pas prendre le pouvoir par inadvertance
  • il faut savoir rendre le pouvoir (comme Cincinnatus) et retourner à sa charrue
  • le pouvoir parental nous apprend, notamment quand nos enfants grandissent, que nous sommes impuissants
  • l’expérience de juré d’assises m’a confronté au vertige et au pouvoir d’une décision difficile
  • le pouvoir de Jésus n’est pas le sien, il vient de Dieu
  • le pouvoir c’est la capacité d’agir donc d’être, ça n’est pas que négatif

Chant : Venu du fond des temps

Germaine Richier, La Croix avec verres de couleurs, 1953

Geste posé au milieu de l’Histoire
Question posée au bord de nos chemins
Secret posé au fond de la mémoire.
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Le cœur se vide au creux de ce silence
Le cœur se vide au feu de ce lieu saint
Le cœur s’éveille au cœur de la Présence.
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Parole ouverte comme une blessure
Mot d’un amour qui n’aura pas de fin
Le verbe se fait chair et nourriture.
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Psaume 21

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

Prière universelle


♫ Refrain
Que ta volonté soit faite Seigneur des temps nouveaux
Et que ton royaume vienne au milieu de nous

Nous prions et rendons grâce pour :

  • les justes : les Espagnols qui viennent de régulariser 500 000 sans-papiers, les 8 millions d’américains qui ont défilé au cri de « No King » et les jeunes Français qui s’engagent
  • Mgr Óscar Romero dont nous venons de commémorer l’anniversaire de l’assassinat le 24 mars 1980
  • notre lucidité vis à vis de nos prises de pouvoir, qu’elles soient un témoignage du message du Christ
  • les 30 ans de l’enlèvement des moines de Tibhirine
  • les femmes victimes de violence
  • les parents d’enfants malades
  • Blandine et le travail qu’elle a fourni au sein du groupe com
  • les groupes de carême qui cette année se sont rassemblés autour du thème de l’écoute
  • les journalistes, qu’ils exercent « leur pouvoir » avec vigilance et en conscience

Rien ne précède l’écoute pure.
Elle est sans catégories, sans classement, sans hiérarchie, sans comparaison – que ce soit à des normes, à des modèles, à tel autre.
Écouter n’est pas accuser, certes : l’écoute met justement hors du procès.
Mais ce n’est pas non plus excuser, permettre ou encore expliquer : toutes attitudes qui sont pouvoir sur l’autre et reviennent, insidieusement ou non, au jugement.

Maurice Bellet, L’écoute, Desclée de Brouwer, 2005

Notre Père

J’ai porté Dieu !!!
J’avais entendu de loin : « Le Seigneur en a besoin », et voilà qu’autour de moi tout le monde s’est agité. Les gens se sont mis à chanter : « Hosanna ! Hosanna !… »
J’ai porté Dieu !!!
J’avais bien entendu que Dieu avait besoin des hommes, mais avait-il vraiment besoin d’un âne ? Et pourtant j’ai entendu : « Le Seigneur en a besoin », et toutes sortes de pensées ont surgi en moi, les mêmes qui viennent à l’esprit des hommes quand ils se sentent repérés par le Seigneur. Je pensais : ce n’est pas à moi qu’il s’adresse, il y a bien autres ânes plus grands, plus forts. Il y a même des chevaux, ce serait tout de même mieux pour porter Dieu. Je me disais : il va être lourd ce Dieu pour un petit âne, j’ai bien assez des fardeaux quotidiens. Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ?
Je m’insurgeais : d’accord je suis attaché, mais je suis à l’ombre, à l’abri des coups et des moqueries. Je n’ai rien demandé. Qui est-il ce Seigneur pour importuner ceux qui tentent  de vivre cachés ?  Mais j’avais entendu : « Le Seigneur en a besoin » et j’avais compris : « J’ai besoin de toi ». Que faire ? Que dire ?  Je me suis laissé détacher, je me suis laissé emmener.
Et lui, le Seigneur, s’est fait léger, doux, tendre, à ce point qu’à un moment, j’ai pu croire que ce n’était plus moi  qui portais Dieu, mais  lui qui  me portait !

Mgr Etchegaray

Anes

Bénédiction

Bonne Semaine sainte !

Vous êtes attendus nombreux lundi 30 mars à 19 h pour la préparation de la célébration de Pâques qui aura lieu dimanche 5 avril à 18 h à Notre-Dame d’Espérance
Toutes les annonces sont sur notre agenda ICI


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