Le vendredi 9 octobre, nous sommes tous invités à nous retrouver pour souligner dix années de collaboration entre Saint-Merry Hors-les-Murs et l’Association pour le Développement des Échanges France-Roumanie (ADÉFRO). Voici pourquoi.
Ils s’appellent Alex, Mario, Andreea, Mara, Mihai, Ionut, Cristi, Vali, Miruna, Nykyta, Bogdan, ils sont roumains, parfois ukrainiens réfugiés en Roumanie. Ce sont des adolescents, tous dans des situations économiques et psychiques difficiles. Mais tous font partie de la troupe ambulante des “Cavalerii rătăcitori “, les “Chevaliers errants“ en référence à Don Quichotte.
Des images gravées sur nos rétines
Tout le monde se souvient de ces enfants au regard vague dans leurs lits à barreaux, exposés sur nos écrans de télévision. C’était au temps de Nicolae Ceaușescu, président de la République socialiste de Roumanie de 1974 à 1989. Renversé par une insurrection populaire, lâché par l’armée, il a été condamné à mort et exécuté avec son épouse Elena, le 25 décembre 1989. Sous sa dictature, les femmes étaient fortement encouragées à mettre au monde 4 ou 5 enfants, une politique nataliste que les familles pauvres ne pouvaient supporter. L’état s’était engagé à assumer la prise en charge des nouveaux nés. C’est la grande période des orphelinats roumains des années 80 où régnait la malnutrition, le manque d’affection et de stimulation. Beaucoup d’enfants ont été adoptés par des familles européennes ou nord-américaines. La Roumanie n’en est plus là mais, quarante ans plus tard, le traumatisme et la pauvreté sont encore présents. Les jeunes d’aujourd’hui en subissent les contre-coups : décès précoces de leurs parents, maltraitance, abandon, misère, maladies, addictions. Voilà pourquoi volontaires roumains et français se sont rejoints pour inventer des temps et des espaces propices au développement d’enfants en mal de sécurité, tôt secoués dans leur existence.
Soutenir les enfants, tous les enfants

présidente de l’Adéfro
Créée en 1991 par des personnes indignées par le drame vécu par les enfants roumains, l’ADEFRO s’est engagée, à Bucarest, auprès de sœur Maria Fodoca dans l’aventure du groupe scolaire Timotei Cipariu qui scolarise les enfants de la maternelle au lycée en passant par le primaire et le collège. Maria Fodoca est une religieuse gréco-catholique (Église catholique de rite oriental sortie de la clandestinité après 41 ans de mise hors la loi). Elle protège, héberge, scolarise le plus d’enfants possible. Elle dirige le lycée gréco-catholique, un foyer d’accueil pour une vingtaine d’enfants en grande difficulté, la Casa Familie, et achète des appartements ou des chambres en ville pour loger davantage d’enfants de la rue. L’ADÉFRO et Maria Fodoca collaborent pour soutenir financièrement les projets – par exemple, une cantine pour le lycée, les salaires d’une maîtresse de maison ou d’un éducateur – et monter, pendant les vacances scolaires, des séjours culturels, des séjours de théâtre, en France et en Roumanie.

La troupe des “Cavalerii rătăcitori “, une troupe dont les acteurs sont renouvelés chaque année, s’est ainsi retrouvée à l’ambassade de Roumanie à Paris, en Bretagne l’an passé et, cette année en Périgord, dans deux maisons prêtées par les bénévoles pour jouer Molière, Shakespeare, des textes d’Obaldia, d’Éluard mais aussi créer un spectacle de mime sur le cycle des saisons, des danses de Transylvanie, des histoires qu’inspirent les mégalithes de Carnac ou la grotte de Lascaux. Et sur la route, les acteurs se transforment en simple touristes pour visiter la Tour Eiffel et Notre Dame de Paris, Chartres, Sainte Anne d’Auray ou la Vallée de l’Homme, Les Eyzies et tous les sites préhistoriques de la région. Alexandru le dit clairement : « c’est un voyage de la première fois. La première fois que je prenais l’avion pour un pays où je ne suis jamais allé. C’est la première fois que j’entrais en contact avec le théâtre. C’est la première fois que j’ai observé des mégalithes. C’est la première fois que j’ai découvert des villages qui gardent le caractère du Moyen Âge, des jardins Renaissance ; la première fois que j’ai atteint l’océan. »
Inventer, réinventer, créer des spectacles
La troupe qui a débarqué en Bretagne était essentiellement féminine. Alors, l’idée est venue de bâtir quelque chose autour de la lutte des femmes, à commencer par la grève des sardinières de Douarnenez, en 1924. Mais les jeunes roumaines n’ont enfilé ni coiffes ni sabots mais des blouses roumaines. Le message a changé !

En Périgord, la troupe a créé tout un scénario sur la peinture, des fresques de Lascaux à Banksy, en inventant de fausses rencontres entre Picasso, Degas et Grigorescu, le plus grand peintre roumain.
Mais l’essentiel n’est peut-être pas là. Alex confie : « j’ai découvert que si on travaille, rien n’est impossible à réaliser. Je peux faire absolument tout. Je peux me contrôler. Et j’ai vraiment apprécié le fait de rendre des gens heureux. »
En Roumanie, le théâtre est réservé à une élite. À la portée des jeunes roumains, il leur permet de mieux se connaître et de mieux connaître les autres. Il libère leur parole, il dénoue leur corps : Juliette s’est permis de tomber dans les bras de Roméo. Il nourrit leur imaginaire. À travers les caractères des personnages, leurs mots et les situations, les enfants s’autorisent des paroles et des comportements inédits.

Miruna : « J’ai découvert beaucoup de choses sur moi-même. » Georgiana : « j’ai appris à mieux comprendre les gens, à mieux vivre ensemble. » Mihaela : « J’ai appris que les gens peuvent changer. » Andreea : « les rôles dans lesquels j’ai été placée et mes camarades m’ont donné confiance dans ma capacité. J’ai réussi à être qui je voulais être. Le théâtre est synonyme de courage : le courage de parler, de m’exposer aux autres, de libération. J’ai appris ce que signifie travailler en équipe. J’ai appris à respecter le point de vue des autres. J’ai appris à gérer mes émotions. Le théâtre a renforcé ma confiance en moi en me faisant m’accepter exactement comme je suis. »
Alors rendez vous au café associatif Le Dorothy, vendredi 9 octobre à partir de 19 h 30, flyer ICI, pour voir ces enfants dans le film de Pauline Roth : “L’été, je ne dors pas“.
Joëlle Chabert




