
Depuis 1987, j’ai vécu, en séjours cumulés, six années en Inde du Sud : Karnataka, Tamil Nadu et Kerala sont les trois états que je connais davantage.
Séjours d’initiation aux enjeux de développement et à l’hindouisme en accompagnant de nombreux étudiants dans le monde des Dalits : les « Opprimés », « Écrasés », « Méprisés », selon le sens du terme en hindi, longtemps nommés « Intouchables ». Longs séjours personnels dans tel ou tel village, journées d’études à Bangalore, m’ont conduit un jour à cofonder, avec de jeunes indiens, le Centre social Kalvi Kendra, « Éducation Bonne ».
J’ai décidé de le rejoindre durablement depuis avril 2023.
L’accompagnement économique et social des Dalits

Je partage la vie quotidienne et les enjeux de toute une population, de familles villageoises aux alentours de la ville de Viluppuram, environ un million d’habitants. Les femmes ou mamans sont les actrices principales de tout un réseau pratiquant la confiance mutuelle, condition première du déploiement du microcrédit entre elles. Près de six mille groupes de dix à vingt membres gravitent ainsi autour du Centre. 80 % de leurs épargnes partagées vont à l’accès à l’éducation de leurs enfants.
Le gouvernement de l’État du Tamil Nadu nous confie, de plus, certains projets de soutien dans le domaine des écoles de villages reculés ou à l’occasion de crises graves, inondations ou destructions par les cyclones, tensions liées aux conflits de castes ou pour l’encouragement à l’artisanat de proximité : couture, poterie, broderie, empaquetages divers, mini- restaurants …Plus de quarante animateurs et animatrices, leaders de nos réseaux d’amitiés Dalit, se consacrent – en lien avec les cinq salariés du Centre social – à l’accompagnement général de ces efforts économiques et sociaux.
Les deux années du Covid ont décimé, sinon détruit, beaucoup des efforts et ressources humaines précédant ses ravages et nous sommes ainsi passés de 140 animateurs de groupes et villages à 40 seulement.
L’indifférence, pour ne pas dire les obstructions, du gouvernement central de N. Modi à Delhi n’arrange en rien les choses. « L’Inde aux hindous », axe central de sa politique nationaliste et populiste, politique de « safranisation » [1]En Inde, par référence à la couleur sacrée de l’hindouisme, mouvement nationaliste opposé au modèle occidental. Ce mouvement revendique le principe des castes, la supériorité de l’homme … Continue reading, à la couleur omniprésente de son parti le BJP (Bharatiya Janata Party), discrimine les Dalits. Ces hors castes sont considérés comme pollués et polluants, tout autant que les minorités musulmanes, 17 % du milliard et demi d’habitants, sikhs, bouddhistes, jaïns ou chrétiennes, 2,3 %.

par Himanshu Arya Khowal CC BY 4.0
Pourtant, INDIA (Indian National Developmental Inclusive Alliance), nom de la coalition menée, pour une grande part, sous la houlette du parti du Congrès présidé par Rahul Gandhi, demeure un espoir de changement.
Pourtant, l’élan pour la démocratie demeure et la dignité de tous nous appelle et nous aide à tenir le coup. Je dis « nous », « notre » Centre, « nos équipes » car je suis de la partie, avec des mains certes vides mais avec une volonté de collaboration et compassion active.
Vers la justice et la fraternité
Il ne s’agit pas de se croire indispensable. Il s’agit plutôt d’atteindre, au mieux, la posture d’indifférence et de gratuité profonde qui, seule, autorise présence, patience et durée, quels que soient les échecs ou les réussites.
La Bhagavad Gîtâ [2]Colette Poggi : Texte fondamental des récits sacrés hindous commenté par elle
dans « La Bhagavad-Gîtâ ou l’art d’agir » Pocket 18695, tout autant que les Évangiles, ne nous enseignent-ils pas ce feu intérieur, cette liberté d’agir qui sait vaincre, les avancées vers la justice et la fraternité, toute gloriole comme tout désespoir ?

Nous chrétiens, nous parlons du Royaume, il est l’ancrage et l’horizon de nos diverses Espérances. Pour l’hindou, qu’il soit de l’une des quatre « Varnas ou Castes », -Brahman, Shatrya, Vayshia ou Shudra- ou qu’il soit hors-castes, comme les Dalits, représentant près de 300 millions de personnes, l’ancrage et l’horizon se concentrent dans le mot Moksha : Délivrance ou Libération.
Pour les bouddhistes – mais ils sont si peu nombreux en Inde ! – c’est davantage le terme Nirvana qui exprime la disponibilité aux réalités du monde, au bien commun à prendre en charge collectivement. Une telle disponibilité est reçue et conquise au prix d’une authentique libération de son Moi.
Maurice Joyeux
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Seconde partie à suivre cette semaine …
Notes
| ↑1 | En Inde, par référence à la couleur sacrée de l’hindouisme, mouvement nationaliste opposé au modèle occidental. Ce mouvement revendique le principe des castes, la supériorité de l’homme sur la femme, les rituels traditionnels et l’hindouisme comme seule religion |
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| ↑2 | Colette Poggi : Texte fondamental des récits sacrés hindous commenté par elle dans « La Bhagavad-Gîtâ ou l’art d’agir » Pocket 18695 |





Bonjour, j’ai connu Maurice il y a bien longtemps et je serais heureuse si vous pouviez lui dire mon enthousiasme devant ce qu’il accomplit. Fraternellement Monika Sander
Bonjour Monika,
Maurice est de temps en temps avec nous en Visio le dimanche pour la rencontre autour de la Parole. J’ai ouï dire qu’il allait retourner prochainement en Inde.
Bien à Vous
Bernadette pour l’équipe Communication