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Dimanche 9 août 2026. Allez-y sans moi, j’arrive !

Nous chantons Dieu nous précède en Galilée, mais c’est souvent nous qui l’attendons, comme Elie sur l’Horeb ou les disciples sur la barque. Le doute est parfois stimulant, mais comment avancerions-nous sans confiance en sa venue, sous une forme souvent inattendue ?

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Bienvenue aux personnes habituées de notre communauté, à celles qui nous viennent pour la première fois, bienvenue à vous tous qui nous rejoignez à distance à travers cette vidéo. Ne cherchez pas la phrase d’en-tête dans vos textes, elle n’y est pas : c’est la façon dont nous avons toutes et tous, spontanément, interprété la première phrase de l’évangile lors de la préparation. Après la multiplication des pains, Jésus a besoin de se retrouver seul pour prier, un peu comme un parent qui a besoin de quelques instants avant de continuer avec ses enfants, et en même temps, il faut que ceux-ci s’autonomisent. Alors Jésus leur demande de monter dans la barque, il les rejoindra.
Les textes de ce dimanche ne parlent pas de changement climatique, pourtant il y est question de tempête, d’ouragan. Dans le Livre des Rois, Élie dont la tête a été mise à prix, cherche Dieu. Est-ce la violence de l’époque, il le cherche dans les éléments déchaînés de la montagne. C’est dans une brise légère, à peine un souffle que Dieu se révèle à lui. Dans l’Évangile de Matthieu, c’est dans tempête que Pierre s’enfonce dans l’eau en essayant d’attraper la main  que Jésus lui tend.
Et nous, au cœur de notre été surchauffé, des incendies qui ravagent une partie de notre pays, où cherchons nous la présence de Dieu ? Entrons dans la célébration, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.

Claire

📖   Premier livre des Rois (19, 9a.11-13a)

En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

Le prophète Elie, icône libanaise du 18ème siècle (source Wikimedia Commons)

Résonance

Qui ne pourrait être touché par ce texte ? Il dévoile une face de Dieu que nous aimons, loin du triomphateur tout-puissant parfois imaginé, du Dieu des croisades et de l’inquisition, du Dieu identitaire et écrasant. Cette brise légère, ce souffle ténu, ce fin silence, – selon les traductions -, c’est celle qui ne brise pas le roseau qui fléchit et qui essuie toute larme des visages. Ce n’est pas forcément le Dieu qui est attendu ou fantasmé par l’humanité dans sa quête de justice ou de secours, et pourtant Elie le reconnait bien là. Paul d’une part, les disciples de Jésus de l’autre, auront aussi quelques surprises par rapport à leurs présupposés, comme nous le verrons dans les autres textes de ce jour. Mais dans ce Livre des Rois comme dans l’Evangile à suivre, des hommes attendent la venue de Dieu, – attente de son passage pour Elie dans la montagne, attente que Jésus les rejoigne pour les disciples dans la barque, – et ce, même s’Il nous précède toujours. Et à l’occasion de ces rencontres si attendues par eux, qui sont aussi parfois les nôtres, Il nous surprend souvent en déjouant nos pronostics : laissons-donc un espace pour nous laisser surprendre et accueillir l’inattendu de Dieu.

Blandine

Photo de Jelena Senicic sur Unsplash

📖  Lettre de Paul aux Romains (9, 1-5) 

Frères et sœurs,
C’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères et soeurs selon la chair, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ : ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est d’eux que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.

Résonance

Oui Dieu peut se révéler à chacun de bien différentes façons ! Pas question de brise légère pour Paul, mais un retournement, un bouleversement qui l’en aurait fait tomber de cheval . Le Messie n’est pas celui qu’il attendait, non le Messie est celui dont il persécutait à mort les premiers disciples. Ce n’est pas une conversion à proprement parler, car s’il dénonce l’impuissance de la Loi, le fait qu’elle est un obstacle à la connaissance de Jésus, Paul ne quitte pas son judaïsme de naissance et c’est bien là la source de sa grande tristesse, de cette « douleur incessante » qu’il exprime encore dans une épître que certains lisent aujourd’hui comme un testament.
Pour ses frères et sœurs selon la chair, c’est une apostasie, un abandon volontaire de sa religion. Il en viendrait à souhaiter « être anathème séparé du Christ », ce qui nous vaut une formulation un peu alambiquée, mais ces condamnations, comme les hérésies, sont à double sens. puisque ces condamnations, comme les hérésies, sont toujours réciproques. Certains se hasarderaient à parler de schizophrénie. Mais ailleurs Paul affirme clairement « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni homme ni femme. » (Galates 3). Paul prêche  un universalisme qui est encore pour nous un avenir. Je suis aussi  touché enfin dans ce passage par la souffrance qu’exprime Paul, lui que l’on présente souvent comme un froid génie théologique.

Jean

J.W. Turner, c.1842, Snow Storm : Steam-Boat off a Harbour’s, Tate Britain (source Wikimedia Commons)

📖   Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu (14, 22-33)  

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues,
car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent :
« C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Résonance

« Jésus obligea les disciples à monter dans la barque ». Cette phrase m’a arrêtée. C’est tellement loin du mode de relation habituel de Jésus ! Je me suis demandé si Jésus ne voulait pas, en cela, marquer une rupture, comme une étape où les disciples pourront grandir dans leur foi et devenir pleinement autonomes en s’éloignant de lui. D’ailleurs, à l’Ascension, Jean (16, 7-11) fait dire à Jésus : « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ». Et toujours dans Jean, me remémorant le chapitre 3 : « Il vous faut naître d’en haut pour avoir part au royaume de Dieu » (Jean 3), l’image de la naissance m’a donné une clé pour comprendre cette contrainte : un récit d’accouchement, en somme, celui de la naissance spirituelle des disciples.
De même que l’enfant ne peut rester perpétuellement dans le ventre de sa mère, de la même manière, Jésus ne peut pas laisser ses disciples s’accrocher à lui physiquement et spirituellement indéfiniment. Dans l’épisode de la multiplication des pains, les disciples s’étaient immédiatement tournés vers Jésus, sans même chercher de solution eux-mêmes, avec une dépendance forte à sa présence. Pour remettre chacun à sa place, il faut séparer, différencier. Comme une femme qui accouche met son enfant à distance d’elle mais continue d’être présente, Jésus met ses disciples à distance de lui, distinguant ainsi entre lui et les êtres nouveaux que sa Parole fait d’eux, mais aussi entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils sont en train de devenir ; et il continue d’être présent ; d’ailleurs, il leur annonce qu’il va les rejoindre. En envoyant ses disciples sur le lac, il les remet en mouvement, leur redonne de l’espace et tente d’établir avec eux un nouveau mode de relation. Mais la nouveauté fait peur, le mouvement fait peur, il est plus sécurisant de rester sur la terre ferme, pendant que le Christ prie, que de partir seuls, sur le lac.
Ils partent, et une fois sur l’eau ils se trouvent au milieu d’une mer agitée et de vents contraires. Ils paniquent, perdent leurs repères. Ils croient voir un fantôme. La tourmente dans laquelle ils sont pris semble autant intérieure qu’extérieure. La peur les saisit et on les comprend, l’angoisse, le doute puis confiance retrouvée lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il est là, au milieu d’eux, que sa voix a retenti, que sa main les a touchés, et qu’il s’installe dans la barque. La relation qui s’établit à nouveau, mais autrement avec Jésus, est ce qui les sauve de la tempête et redonne confiance. Jésus les connaît et les aime, y compris dans leur panique et il se rend présent à eux comme Celui capable d’apaiser leurs tempêtes, leurs peurs et de donner sens à leurs propres vies. Cette naissance spirituelle n’est que le début de cette vie dans la foi – avant cet acte de foi : « vraiment, Tu es le Fils de Dieu ! », et nous savons jusqu’où ils iront pour témoigner de Lui.
Le Christ, présent au milieu des disciples comme il l’est au milieu de nous, nous accompagne dans notre croissance spirituelle, comme nourriture féconde de nos vies, avec nos doutes et la confiance qu’il nous donne et qui nous soutient.
Alors, entre doute et confiance, comment avançons-nous chacun dans la foi ?

Bernadette

Partage

Quelques échos du partage :

  • J’avance grâce à la diversité des autres et à l’introspection priante, avec le modèle du Christ.
  • J’avance comme Pierre, c’est magnifique de douter, de s’enfoncer puis de remonter grâce à la rencontre, au partage qui nous aide.
  • Ce n’est pas « ma » foi, elle est collective, et je ne sais pas si j’avance. Je me suis bien cassé la figure, j’ai confiance malgré tout, c’est plutôt Jésus qui vient vers moi, et je vis pleinement en essayant d’être le plus humain possible.
  • Qu’allons-nous découvrir sur ce chemin ? C’est un mystère. Qu’est-ce que la foi ? Se rapprocher de l’Evangile, cette Parole donnée par Jésus, s’y accrocher jour après jour, avec la volonté d’avoir confiance dans ce qu’il a promis.
  • Entre doute et confiance, ce n’est pas une contradiction mais un espace d’indifférence. En moyenne montagne, le chemin n’est pas toujours visible, on passe à travers champs puis on retrouve le chemin tracé par d’autres.
  • Dieu est un être de Parole, et il écoute tout, et il est là. C’est l’ami qui partage nos joies et nos peines, à qui on peut dire au-secours et merci.
  • Je ne devrais pas chercher Dieu à l’extérieur, car je suis la barque, et Il est en moi, quand je suis en relation avec les autres, embarqué dans la vie, avec sa force de vie.
  • Oui, il s’agit d’aller vers son intime, « va vers toi dans tes profondeurs » dit Dieu à Abraham.
  • S’ancrer dans la mémoire vive des cadeaux reçus qui permettent de se lancer en avant.
  • « Prier comme si tout dépendait de Dieu, et agir comme si tout dépendait de moi. » Le doute et la confiance sont inséparables, comme la prière et l’action, comme l’autonomie et notre dépendance fondamentale au Christ, sinon on se noie. « C’est quand je suis faible que je suis fort ».
  • Entre doute et confiance, c’est l’espace entre nous et les autres. On est en mer, sur une montagne, ou on sort d’une grotte ; je regarde autour de moi, pas vers le but, je vis le moment présent.
  • Ceux que je connais et qui ont une foi profonde dégagent une joie lumineuse qui fait du bien et transforme les autres.

Paroles : C. Barbey / A. Cabantous – Musique : L. Boldrini

Refrain
Si j’entendais ta voix à travers les tempêtes
Je quitterais ma peur et les eaux s’ouvriraient
Je risquerais mes jours pour marcher sur la mer
Pour marcher sur la mer


1
Laissez là les bateaux qui retournent à la rive
Et posez les filets usés par les marées
Pour aller vers le large et l’inconnu de l’homme
Pour aller vers le large et l’inconnu de Dieu.

2
Ayez le peu de foi qui calme la tourmente
Et fait de l’ouragan un alizé de paix
Pour aller vers le large et l’avenir de l’homme
Pour aller vers le large et l’avenir de Dieu.

3
Malgré les nuits de veille et de désespérance
Ne rentrez pas au port, l’Esprit vous poussera
Pour aller vers le large, au rendez-vous de l’homme
Pour aller vers le large, au rendez-vous de Dieu.

Photo Andrew Neel sur Unsplash

Prière universelle

Quelques échos des intentions partagées :

  • Pour Léopoldine, 5 jours, dans la pièce à côté ; pour le miracle de la naissance
  • Pour les jeunes couples qui se marient
  • Pour Jérôme, le compagnon de notre ami Olivier C., décédé cette semaine
  • Pour ceux qui sont tiraillés comme Paul entre leur foi et l’institution ecclésiale : que l’Esprit de discernement nous éclaire
  • Pour un ami Syrien, déjà très éprouvé, et récemment reparti de Ceuta vers le Maroc
  • Pour une amie qui vient d’avoir ses papiers français
  • Pour notre amie Monica, avec nous ce matin, récemment sortie de l’hôpital, en souffrance et avec la perspective d’une difficile rééducation
  • Pour un homme croisé au café, qui tenait des propos anti-migrants et avec qui j’ai discuté
  • Pour que nous sachions tenir des propos justes et réconfortants pour ceux qui sont dans la peine
  • Pour les milliers de corps sous les décombres de Gaza, et pour leurs familles

… et pour toutes les intentions, non reprises ici ou non exprimées ce matin, joyeuses ou douloureuses, qui habitent nos coeurs.

Notre Père

Bénédiction et envoi

En viatique, nous repartons avec cette citation d’un article paru récemment sur notre site :

 » Personnellement, je ne crois plus aux credo du IVe siècle. Je ne conçois plus Dieu comme une divinité personnelle, humanoïde et surnaturelle, mais plutôt comme l’Esprit mystérieux, créateur, fédérateur, évolutif, intelligent, vital et énergétique qui anime tout l’univers. » Martin Thielen

Photo Michael Kroul sur Unsplash

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