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Ré-humanisons notre foi chrétienne

En finir avec la sacralisation historique de la foi chrétienne que jamais le prophète de Nazareth n’aurait anticipée en nous invitant à nous rassembler en son nom.

Photo Davide Cantelli – Unsplash



Certes, si le Dieu des chrétiens les dominait encore d’en haut, la foi en Lui serait verticalisée et aurait besoin d’une sacralité pour s’exprimer. Mais par l’esprit de l’Évangile aujourd’hui, cette foi s’est transversalisée à travers nos relations en humanité dont Il est pleinement partie-prenante. Nul besoin alors de sacralité pour vivre notre lien à Lui, puisqu’Il est l’un d’entre nous.




La référence prioritaire de Jésus de Nazareth, dans sa vie de croyant, n’était pas la pratique cultuelle normative mais la rencontre des uns et des autres, et d’abord des plus « hors-normes », des moins socialement et religieusement intégrés. De même, dans notre société occidentale, désormais sécularisée, la recherche de sens est dans la gestion de la vie commune, au travail, en famille, en liens d’amitié ou de conflictualité, en qualité d’environnement, en projection d’un monde plus juste, de ressources mieux partagées, etc, bien plus que dans le fonctionnement des clochers.

Ainsi, quelques orientations pour ré-évangéliser et ré-humaniser notre foi :

  • Jésus est un homme libre. Délivrons-le des tabernacles, ostensoirs et autres geôles dogmatiques ritualistes ! Laissons-le marcher librement, au coude à coude avec nous pour chercher avec nous du sens aux chemins toujours nouveaux de notre histoire.
  • Avec Lui, que notre Église fasse du social plus que de la morale; qu’elle dénonce, bouscule et même renverse les rapports sociaux, jusqu’à ce que les derniers prennent la place des premiers. Le péché est d’abord dans l’injustice sociale, bien plus que dans nos fragilités comportementales.
  • Avec Lui, que notre Église ne se contente pas de faire de la charité envers les pauvres mais qu’elle les émancipe. Jésus ne s’est pas penché sur eux mais leur a dit: « Debout, lève-toi et va ! » Que notre souci des pauvres ne les infantilise pas mais promeuve leur dignité et leur révolte.
  • Et puis, allons même jusqu’à libérer notre vie de croyants d’un identitarisme cultuel. Le témoignage universaliste de l’Évangile semble, aujourd’hui, bien plus authentique en laïcité, aux côtés d’autres messages humaniste, plutôt qu’en religiosité corporatiste.
Tiepolo Giandomenico, Jésus guérissant le paralytique de Bethesda, c. 1750-1775,
Musée du Louvre, Département des Peintures

Ainsi, comme le prophète de Nazareth, désacralisons notre foi. Il ne s’agit plus de croire en Dieu en l’adorant comme une idole mais de répondre à la foi de ce Dieu qui, Lui, incarne sa foi en plein cœur de notre humanité sécularisée. Car c’est Lui qui croit en nous ! Alors, le message de l’Évangile contribuera, pour toute sa part, à affronter les enjeux et les défis de notre monde en quête de sens en témoin de cette confiance de Dieu en notre humanité.

Michel Deheunynck

Médecin retraité de la santé publique, prêtre et ancien aumônier en hôpital psychiatrique ; animé par l’humanisme de l’Evangile, il vit en Seine-Saint-Denis, où il s’est profondément attaché à ces populations en grandes difficultés sociales.

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