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Quel est ce lieu où rien ne s’efface ?

Amarré dans un port qui grouille de monde, venu de tout l’univers, gens de passage, gens d’ailleurs, habitants des porches et des trottoirs de nos rues, le vaisseau est à l’arrêt. 
La nuit, il disparaît, point de veilleurs, point de vitraux éclairés dans l’église de Saint-Merry. L’Espérance aurait-elle disparu ? Qui a pu effacer ce qui a été vécu Au-dedans ?                       
Personne. Je vous le dis, personne.

Jacqueline Casaubon, Un soir, pastel, 2012

Entrez et voyez, c’est gravé au plus profond des pierres,
sur la table d’accueil et les post-its des visiteurs.
Les voix, la musique ont été absorbées dans les tuyaux du grand orgue,
et les vitraux en sont restés éblouis.
C’est inscrit sur le visage du Christ aux outrages et dans le cœur de Marie recueillant son Fils, décloué de la croix. 
Rien de ce qui a été célébré dans ce lieu ne sera effacé.
Le lutrin a porté tant de paroles de la Bible qu’aujourd’hui, il reste muet, saisi d’effroi. 
Entre les voûtes, prières en toutes langues, pleurs, suppliques et joies se meuvent en silence. 

Dites-moi qui peut supprimer ce temps de la naissance,
qui a permis à tant d’hommes et de femmes de grandir, de vivre leur foi,
d’accueillir le mal-aimé, l’oublié, de se nourrir de la Parole et de partager l’Eucharistie. 
Dites-moi qui peut effacer tout cela ?

Témoins heureux de leur foi, ils se sont tournés vers le Dehors,
vers toutes sortes de périphéries, celles des cités,
mais aussi vers celles du cœur des hommes en attente.
Soudain, une décision brutale, prise par le pasteur du diocèse, les a meurtris. 
Celle de partir ailleurs et… rapidement.
La communauté aujourd’hui, hors les murs de Saint-Merry, est sans domicile fixe,
serait-ce un appel, vers un autre espace où l’on ne s’installe pas ?

L’Espérance n’a peur de rien, elle est invincible,
elle accompagne le Souffle de l’Esprit de Dieu, elle est là au bon moment…
Celui du rebondissement.

CategoriesÀ claire-voie
Jacqueline Casaubon

Conteuse, elle écrit des récits de vie ainsi que des poèmes illustrés de ses peintures. Inspirée par les psaumes et d’autres textes de la Bible, elle en a réalisé une actualisation poétique. À paraître : « Empreintes et tissages d’hier avec aujourd’hui ».

    1. Gaudeul Françoise says:

      C’est tellement le Vrai, la Vérité… tous blessés; il nous faut renaître ! Rien n’effacera tous les vécus de femmes et d’hommes passés dans ce lieu…merci Jacqueline pour cette poésie magnifique…

  1. Claire de Ramecourt says:

    Oui Jacqueline, je suis d’accord, personne ne pourra effacer ce que nous avons vécu dans ces lieux tout au long de ces années. Merci d’avoir mis nos souffrances et nos espoirs en poème!
    Notre communauté commençait à vieillir et peut-être ronronner un peu…
    Nous sommes en effet obligés de rebondir aujourd’hui pour le meilleur: Une vie d’église nouvelle à créer “hors les murs” de St Merry qui restera comme un souvenir vivant dans nos cœurs blessés.
    Je me sens prête aujourd’hui a affronter ce nouveau défi!

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