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Pentecôte tout feu tout flamme

Pentecôte. Quand j’étais petit, je me souviens de l’embarras de Monsieur l’Abbé pour répondre aux questions des enfants du catéchisme : « Ces langues de feu, elles ne brûlent pas leurs cheveux ? » et « Comment ces gens peuvent-ils parler des langues qu’ils n’ont pas apprises ? ». Seule réponse du prêtre : l’Esprit Saint. Et quand nous demandions plus d’explications, nous avions droit à la Trinité.

La Pentecôte, enluminure d’un missel anglais, ca 1310-1320

En savons-nous plus aujourd’hui ? Nous chantons : « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! ». Qu’attendons-nous de cet inconnu ? Déjà, le Père et le Fils, nous avons pris du temps à croire en leur existence grâce à l’amour qui les unit et qu’ils nous portent. Mais ce troisième mystère, qu’en faisons-nous ? Ou plutôt que fait-il en nous ? Paul, dans sa lettre aux Galates, nous affirme que « si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi ». À cela notre pape François fait écho en fustigeant l’Église poste de douane, celle qui cherche à imposer la règle au lieu de pratiquer : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

Au-delà de ces vertus humaines, j’ai toujours été fasciné par le don des langues, l’exploit des polyglottes. Deux de mes petits-enfants, jumeaux, ont appris tout petits en même temps le français de leur mère et l’anglais de leur père. J’ai travaillé dans une entreprise développant un système d’aide à la traduction par ordinateur ; prouesse d’une page en allemand traduite en français en à peine dix secondes, demandant une simple révision. Mon rôle était de promouvoir cette application en particulier auprès des institutions européennes : 24 langues officielles, 552 combinaisons linguistiques, en les prenant deux par deux.

Chants bouddhistes, Nuit Sacrée 2019

Mais mon émotion a été largement partagée lors des Nuits sacrées vécues à la Pentecôte en 2016, 2017 et 2018 à Saint-Merry où, de 19 heures à 7 heures du matin, se réunissaient chaque fois une vingtaine de chorales chrétiennes, juives, musulmanes, bouddhistes, hindouistes. Dans leur langue, toute la nuit, ces chorales chantaient Dieu ou le sacré devant un public de plus de deux mille personnes. Les responsables de ces communautés avaient adopté un manifeste disant notamment : « La paix de demain passera par la rencontre et le dialogue entre [nos] traditions et [notre] action en faveur du bien commun ».

Cette ouverture aux autres traditions religieuses appartenait aux gênes du Centre pastoral Saint-Merry. Dans le respect de nos différences, nous partagions nos idéaux communs de justice, de fraternité et de paix et nous cherchions à les concrétiser par des actions communes.

Aujourd’hui, la fête de Pentecôte nous invite à dépasser notre communauté de Saint-Merry Hors-les-Murs afin de l’élargir aux dimensions de l’Église et du monde pour « ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit » comme nous y invite le pape François (Amazonie bien-aimée – Querida Amazonia -Exhortation apostolique post-synodale, 2 février 2020).

Toutes langues, chantez Pentecôte :
« Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre ! »

Michel Bourdeau

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