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Une Marche pour la Fraternité dans Paris

Le dimanche 16 mai après-midi, du Panthéon à Saint-Sulpice, quelques membres du Réseau Spiritualités Fraternité (RSF) et beaucoup d’amis de Saint-Merry Hors-Les-Murs se sont joints à la bonne centaine de participants à la Marche pour la Fraternité à l’occasion de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix décidée par une déclaration de l’ONU en 2017 : « Nous, citoyens et citoyennes du monde, décideurs politiques, économiques, sociaux… nous nous proclamons en faveur de la tolérance, de l’inclusion, de la compréhension et de la solidarité, et exprimons le désir profond de vivre et d’agir ensemble, unis dans la différence et dans la diversité, en vue de bâtir un monde viable reposant sur la paix, la solidarité et l’harmonie ».

Nos frères musulmans en nombre

La marche est à l’initiative de la Coordination interconvictionnelle du Grand Paris (CINPA). Une cinquantaine d’associations étaient partie prenante comme Coexister, la Fraternité d’Abraham, le Groupe d’amitié islamo-chrétienne, Démocratie et Spiritualité, les Scouts musulmans… À côté de quelques agnostiques, des juifs, une minorité de chrétiens et une majorité de musulmans dont la présence rajeunissait passablement la moyenne d’âge des marcheurs. Cette déambulation joyeuse fut ponctuée de prises de paroles sur le thème de la construction de la paix et agrémentée de lectures, de musique et de chants.

Choc des civilisations, choc des ignorances !

Dans un contexte où certains ne voient qu’un « choc des civilisations »((Samuel HuntingtonLe Choc des civilisationsÉditions Odile Jacob, Paris, 1997)) dont l’idée principale peut se résumer en équations simplificatrices et mensongères : « la religion = violence meurtrière », « l’islam=islamisme=terrorisme », les marcheurs sont convaincus que, si choc des civilisations il y a, c’est d’abord et avant tout un choc des ignorances. Par leur présence, ceux-ci témoignent que les religions peuvent être des ressources de sagesse, de liberté et de lien. Cette marche s’inscrit dans la continuité de bien d’autres évènements comme les nombreuses rencontres interreligieuses en France et à l’étranger, les pèlerinages interreligieux vers les nombreux « lieux saints partagés », les festivals de musiques sacrées telles les Nuits sacrées de Saint-Merry en 2017, 2018 et 2019. 

Devant Saint-Merry

Quelle éducation à la fraternité ?

La Déclaration de l’ONU pour cette Journée internationale, en fin de préambule, considère qu’il est « urgent d’éduquer les jeunes générations à la Culture de la Paix pour que les adultes de demain construisent leur avenir l’un avec l’autre et non pas l’un contre l’autre. » Où en est notre Éducation Nationale en matière d’éducation à la Paix, d’enseignement civique et d’enseignement des faits religieux ? Que disent les programmes, les manuels scolaires, les cours d’Éducation morale et civique, les cours d’histoire, alors que la formation des professeurs sur ces thèmes est éthique ? L’enseignement des faits religieux n’est pas sérieusement pris en compte et fait peur – voir la thèse de Lola Petit ((Enseigner les faits religieux à l’école élémentaire publique : éduquer à la laïcité ? EPHE, 2014)). Globalement, l’idéologie véhiculée par l’Éducation Nationale est proche de celle du « choc des civilisations ». Que dire aussi du concept à géométrie variable de la laïcité oscillant entre l’inclusion et l’exclusion ?

Nostra Aetate suite…

Pour les marcheurs chrétiens, les appels à rencontrer d’autres croyants et hommes de bonne volonté sont nombreux. Depuis 1965, l’encyclique Nostra Aetate ne déclare-t-elle pas que l’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions et qu’elle « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions, (qu’) elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui (…) reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » ? Le 4 février 2019, le pape François signait avec Ahmed al Tayeb, l’imam d’Al Azhar, prestigieuse institution de l’islam sunnite, une déclaration commune sur la « Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ». Ce document est « un appel pressant à répondre au mal par le bien, à renforcer le dialogue interreligieux et à promouvoir le respect réciproque pour barrer la route à ceux qui soufflent sur les braises du choc des civilisations. » S’il fallait une dernière raison aux catholiques pour rejoindre cette marche, quelques phrases de la dernière encyclique Fratelli tutti sont vitamines pour la route :

La vérité est une compagne indissociable de la justice et de la miséricorde.
Toutes les trois sont essentielles pour construire la paix et … chacune d’elle empêche que les autres soient altérées.

pape françois

Hospitalité réciproque et agir ensemble

Par delà le symbole républicain, la fraternité vécue est exigeante. Elle implique un vrai travail personnel sur soi, inspiré de convictions philosophiques et/ou religieuses. Elle est un chemin d’humilité, de vérité, de non-violence active, d’amour, de réconciliation, de respect absolu de la dignité de chacun et de chacune. Toute rencontre est écoute, non-jugement, invitation à découvrir en l’autre la beauté et le travail de ce que chacun appelle en son for intérieur comme il l’entend, à encourager ce travail et à trouver les mots pour le dire. Cette hospitalité réciproque se fait joie. Émerge alors le désir d’agir ensemble.  

Ce grand moment de fraternité s’est achevé par un clin d’œil à la Commune de Paris,
par un joyeux et tonique Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément.

Jean-Marc Noirot

CategoriesInterreligieux

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