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Réjouissons-nous ! Les jeunes ne prennent pas systématiquement la relève

La réflexion d’une personne très engagée déplorant l’absence de jeunes dans la vie ecclésiale (« ils ne s’engagent pas comme avant… ») m’a interrogée.
En approfondissant, même si je ne suis pas sociologue, un constat : tant que le système patriarcal était bien en place, les générations se succédaient, souvent sur le même lieu, et reproduisaient les mêmes rites, les mêmes façons de faire tant pour le travail que dans la sphère familiale, les mêmes idéologies religieuses ou politiques… et ce jusqu’à la Grande Guerre. Ensuite, les usages se modifient.

Les avancées technologiques, les idéologies totalitaires, la crise de 1929, la 2ème guerre mondiale, l’expansion de l’empire colonial puis sa disparition avec les conflits engendrés, et cela n’est pas exhaustif, ont donné une indépendance de jugement aux jeunes générations avec l’enthousiasme des nouveautés.
Passons, arrivons aux trente glorieuses, période lors de laquelle tout paraissait possible. Jeunes, nous étions nombreux (génération babyboom), passionnés, les mouvements les plus variés permettaient de faire craquer les structures existantes, nous nous retrouvions de la même génération à refaire le monde… C’était la guerre froide, nous ne voulions plus de ce monde où les guerres tuaient encore tant, les courants hippies se sont développés, les virées vers Katmandou, les vies en communauté…


1968 a symbolisé le refus de l’ancien monde, pour construire, sur d’autres philosophies, le monde de demain. Nous trouvions évident de nous détacher des adultes en place.
Nous avons été une génération très engagée, les vieux que nous sommes aujourd’hui. Beaucoup s’accrochent encore à leur responsabilité, en partie parce qu’ils ne trouvent pas de relève et ils en désespèrent, répétant souvent sévèrement que les jeunes ne veulent plus s’engager.

Pour moi, c’est une chance !

C’est une chance, parce qu’on sous-entend qu’ils ne prennent pas la relève que l’on attendrait ! Pourtant n’est-ce pas super ? Cela signifie qu’ils ont pris leur autonomie, et qu’ils vont là où ça leur dit, vers les appels qu’ils entendent, eux, appels différents de ceux pour lesquels nous nous sommes engagés. Comme nous à leur âge, le monde des parents leur semble dépassé, OK boomer !

Leur monde est celui du numérique, leurs priorités souvent autour du réchauffement climatique, de la paix, des questions de genre, des migrants… Leurs façons de vivre sont interpellantes, (combien de copines, en évoquant la chance de voir leurs petits-enfants, précisent le casse-tête des repas : ils sont végétariens, voire végans ! porte entr’ouverte qui laisse apercevoir leur monde si différent du nôtre…)
Les appels de l’Église ne sont pas pour eux, ils ne les entendent pas. Que peut leur dire cette institution moyenâgeuse, composée exclusivement d’hommes, complètement hors de la plaque ?

Je pense qu’ayant grandi dans des familles où l’Évangile est une valeur essentielle, ils plongent leurs racines dans ce terreau qui leur infusera tant de richesses : ils les conjugueront à leur façon. Comme Jean-Luc, mon mari, aime à le dire, ils ont mangé les miettes qui tombent de la table des parents (allusion à la réplique de la Cananéenne qui demandait à Jésus réticent, la guérison de sa fille).
Souvent, ils militent dans des ONG, faisant des choses extraordinaires, mais….pas chapeautées par l’Église qui perd la main sur un tas d’associations…
Que cette génération prenne ses marques, c’est super, notre responsabilité est la qualité du terreau et des miettes.

Donc, ce que nous avons construit se terminera comme ça, comme nos vieilles maisons pleines de souvenirs, que nous avons rendues si agréables et si coquettes, et qui pourtant seront dédaignées par les enfants !
Réjouissons-nous que les jeunes ne prennent pas systématiquement la relève, nous avons accompli notre mission d’éducateurs, ce sont des adultes responsables qui construiront le monde de demain dans des formes qui nous sembleront étonnantes. Comme le disait Gibran, vous êtes les arcs, ils sont les flèches.

Marie-José Lecat-Deschamps

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  1. myriam glorieux says:

    Ah oui Marie Josée !
    Merci pour ce propos.
    Oui, soignons le terreau et les miettes …
    et faisons confiance en sachant écouter, regarder, qqf en prendre de la graine .
    Myriam

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