À la suite d’un moine marcheur

De la fabrique du sacré à la révolution eucharistique.
Guy Aurenche nous propose ici le deuxième volet de sa réflexion sur le livre de François Cassingena-Trévedy, Chroniques du temps de peste, paru aux éditions Tallandier.

Reprenons la route. Les chroniques de frère François en temps de pandémie nous rejoignent, nous qui avons dû quitter notre lieu de célébration brutalement. Nous sommes déracinés mais non perdus. Le nomadisme nous sert de boussole féconde. Notre moine, lui, est en colère, qualifiant de « cacophonie capricieuse » les revendications d’une partie des catholiques français qui, lors du premier confinement en mars 2020, réclamaient le droit à « leur messe ». Cependant il se ressaisit vite, repérant une opportunité pour que les catholiques réfléchissent à ce qu’ils font de la messe. Nous qui sommes privés de messe posons-nous la même question.

Trop de rituel ?

« On idolâtre des cérémonies au lieu d’entrer dans le mystère d’amour et de communion
dont elles ne sont que le seuil ».


Notre frère moine ne nie pas la nécessité du rituel comme composante de la « nature » humaine, comme condition pour créer du bien-vivre-ensemble et permettre d’approcher la beauté que ce moment se doit d’exprimer. Il précise : « la messe n’est pas une machine rituelle garantie (et dûment vérifiée) pour fabriquer de la Présence réelle ». Le rituel doit permettre de « mieux honorer l’Ami qui vient à notre rencontre ».

Sous la messe, l’eucharistie

« Sous la messe, l’eucharistie ne s’est-elle pas fait oublier ? Il va falloir que nous retournions non seulement à la messe, mais à l’eucharistie ». Que nous retrouvions « le caractère explosif de la fraction du pain ».

L’auteur alerte sur la tentation d’un certain matérialisme sacramentel qui nous fait répéter, consommer des gestes ou des paroles dont nous avons perdu le sens premier et que nous avons rendus totalement étrangers aux réalités de notre vie et de celle de nos contemporains. Une certaine répétition religieuse se « drape dans les atours du sacré », affublant les gestes ainsi répétés de vertus magiques.

Et la communauté dans tout cela ?

« L’Eucharistie, n’est pas le bonbon d’une jouissance individuelle ! »

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Pas d’Eucharistie sans communauté. « Ce n’est pas le prêtre, encore moins le prêtre seul qui « fait » l’eucharistie, mais c’est la communauté ». L’auteur ajoute : « Le prêtre est le coordinateur et le serviteur de l’action eucharistique à laquelle toute la communauté chrétienne collabore. » Comme un « entremetteur judicieux et délicat » au service de la rencontre de la communauté avec son Seigneur. Quand deux au trois se réunissent en son nom et l’accueillent, Il est présent.

Le temps de la préparation, pour nous la rencontre du lundi soir, n’est pas un accessoire opérationnel pour que la messe se passe bien. Elle constitue la première étape eucharistique où la communauté se saisit de la parole de Dieu, la « mâche » et précise comment la partager avec toute l’assemblée. Le Seigneur est bien présent dans ces échanges. De même dans le choix des chants, des silences et des signes de beauté qui animeront la rencontre. Il est présent dans la répartition des rôles non pas en fonction d’un savoir technique ni en vertu d’un pouvoir institutionnalisé, mais dans l’élan que produit en chacun des présents, la force de la parole et de la présence du Seigneur.

Au cœur du monde

L’actualisation des textes et formules proposées par l’Église, n’est pas un caprice de paroissiens frustrés mais le désir de rendre la vie bien présente.

L’eucharistie « n’est pas une chose, pas même la plus précieuse : elle est quelqu’un ».

Elle est présence d’une communauté à son Seigneur qui l’appelle. « Elle est lui avec nous et nous avec lui » et dans ce nous sont réunis non seulement les participants avec « leurs joies et leurs peines », mais aussi le monde. La contextualisation des textes et des gestes est condition de la rencontre. « L’Eucharistie est l’inauguration sacramentelle de notre difficile construction commune, en corps du Christ ». Dans cette rencontre il nous est demandé de « faire corps » avec lui, ensemble, en lui, par lui. Puis vient le temps des « conséquences sociales » de la rencontre. La « dynamique » qu’est l’Eucharistie appelle à faire disparaître les injustices qui déshumanisent. Il ne s’agit pas d’une conclusion mais bien d’un envoi pour « changer le monde ».

Frugalité sacramentelle

Face au risque de « surconsommation sacramentelle », frère François recommande une « grande frugalité » suggérant des messes plus espacées qui « viendraient consacrer… le pain chaleureux, laborieux et complet des vies résolues à entrer pratiquement dans ce partage fraternel de la parole de Dieu qui, servant d’unique table sainte, fait la dignité d’un peuple d’interprètes ».
Tandis que cette frugalité eucharistique nous est imposée, souhaitons qu’elle nourrisse notre nomadisme, nos activités, les comportements entre nous et vis-à-vis de l’Église en marche vers plus de synodalité, et nous incite à donner toute leur saveur «  aux provisions, aux pains et aux poissons » que nous apportons à la célébration eucharistique qui nous est proposée avec frugalité.

Lien vers le premier épisode : https://saintmerry-hors-les-murs.com/2021/05/01/deracines-a-lecoute-dun-moine-marcheur/

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Guy Aurenche

Avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire. À lire de Guy Aurenche : « Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

  1. Victoraye says:

    Ce résumé de quelques pages du livre est excellent. Je me retrouve pleinement dans la manière de poser les questions des p^ratiques rituelles de l’Eucharistie. Je souhaite que l’Eglie avance dans cette compréhension avec la eremise en cause des pratiques rituelles bien ancrées dans nos habitudes. Il y faudra du tact, de la pédagogie. Je comprends que les évêques puissent s’interroger Espérons que des théologiens pourront les aider à trouyver les bonns formules et les manières de els justifier.
    Peut-être a-t-on peur d’être traités de “protestant” ? Pourquoi avoir peur ? N’a-t-on pas à accueullir la part de compréhension etd e pratriques qu’ils véhiculent dans la Foi au Christ ? Ne serait-ce pas le lieu d’une vraie recherche oecuménique .
    Là où nous nous trouvons, parlons en, faisons lire l’ouvrage de ce bon moine marcheur;
    Pour être compris, accueilli par de nombreuses personnes de tous milieux, il faut avancer.

    Merci à tous ceux qui acceprerons de chercher.

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