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Le cri des jeunes chrétiens arabes en Terre sainte

Le Réseau Spiritualités Fraternité souhaite partager la déclaration ci-dessous, écrite dans l’urgence par de jeunes adultes palestiniens chrétiens de l’ensemble des territoires d’Israël et de Palestine pour exprimer leur repentir et leur espoir face aux injustices qui se poursuivent. Cette déclaration diffusée le 12 juin 2021 est traduite par Les Amis de Sabeel France (1). C’est un cri adressé à la conscience de tous.

Christ au Checkpoint

Notre prière est que le royaume de Dieu se manifeste ici sur terre comme au ciel.

Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ! Je ne veux pas entendre la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source, et la justice comme un torrent qui ne tarit jamais !
(Amos 5.23-24)

Déclaration de repentance et d’espoir

Nous, jeunes adultes chrétiens palestiniens, citoyens d’Israël, de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza, nous ne pouvons garder le silence face à ce qui arrive à notre communauté. En nous fondant sur la conscience que nous avons de nos responsabilités spirituelles, éthiques et nationales, nous déclarons ce qui suit :

Tout d’abord, nous reconnaissons notre culpabilité et nous nous repentons de notre passivité, de notre inaction et de notre manque de solidarité avec ceux qui ont subi la pire des répressions coloniales au cours des événements récents et depuis de nombreuses années. Nous avons échoué à être sel et lumière pour ce pays, et nous nous repentons de nos manquements en nous engageant à agir. Car ceux qui sont en situation de pouvoir au sein de notre communauté ont fait preuve de graves carences tant dans leurs déclarations que dans leurs actes face aux injustices permanentes commises contre les Palestiniens à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie, contre ceux qui vivent ailleurs comme réfugiés, et ceux aussi qui sont aujourd’hui citoyens de l’État d’Israël.

Ensuite, tout en étant non violents et en détestant les souffrances de tous les innocents, nous refusons de tomber dans le piège qui consiste à mettre au même niveau la violence et la domination exercées par le système, et la violence des opprimés qui réagissent contre ce système. Ne pas prendre fermement et honnêtement position contre des régimes injustes, et essayer d’adopter une position neutre qui se limiterait à condamner toute forme de violence est soit le signe d’une grande ignorance, soit un soutien délibéré au pouvoir en place.

Troisièmement, nous avons bien prié pour la paix, le calme et la patience, mais il nous faut reconnaître que la paix n’est pas possible sans véritable justice. C’est pourquoi, tout en reconnaissant l’importance de la prière, nous disons qu’elle doit appeler non à une paix qui maintiendrait un statu quo d’inégalité, mais à une paix transformative consciente du lien indissociable entre paix et justice et menant à une véritable réconciliation.

Quatrièmement, la colère du peuple palestinien est une sainte et juste colère (cf. Ep 4.26s) secouant (intifada !) le joug de l’oppression qui se manifeste à travers l’apartheid, la mentalité colonialiste des colons israéliens et l’oppression de l’ensemble du peuple palestinien. Nos dirigeants politiques et tous ceux qui sont en situation de pouvoir sont complices de cette oppression et ont tous servi le pouvoir en place, directement et indirectement. Jésus se tient aujourd’hui du côté des Palestiniens qui souffrent partout dans le pays et qui résistent à l’oppression qu’ils subissent (cf. Mt 25.31-46).

Cinquièmement, nous devons nous lever pour défendre notre propre dignité et la dignité de ceux dont nous partageons la vie et les souffrances, eux dont le sang crie de la terre. Le temps est venu pour une résistance non violente à travers une action rendant témoignage au Dieu des opprimés et bâtie sur la tradition palestinienne de résilience (soumoud).

Sixièmement, nous devons être une communauté agissante privilégiant l’engagement en faveur de ceux qui sont opprimés et sans voix. Nos déclarations, ouvrages de théologie et sermons doivent être ancrés dans les réalités du contexte dans lequel nous vivons, et ne seront validées qu’à travers de nouvelles actions, sinon ce ne seront que des mots creux.

Septièmement, nous devons en finir avec la mentalité tribale qui vise à nous séparer de ceux qui sont nos prochains et de la réalité qui nous entoure. Nous sommes obsédés par des luttes pour le pouvoir, un statut et de l’argent, choses auxquelles nous devons au contraire être prêts à renoncer comme disciples de Jésus et pour le Royaume de Dieu. Nos oppresseurs tirent parti de notre mentalité tribale. Il faut que nous nous unissions et agissions en solidarité les uns avec les autres (cf. Jn 17.21).

Enfin, nous entrons dans une période nouvelle dans laquelle l’espoir par la résistance (muqawama) sera réel et la violence perpétrée par nos oppresseurs plus brutale encore. Aujourd’hui, partout dans le pays, des Palestiniens se lèvent pour défendre leur humanité même s’ils se font lyncher, bombarder et déplacer. La division entre les Palestiniens des Territoires Occupés, ceux de Jérusalem, d’Israël et de la diaspora est en train de se réduire, et un sentiment renouvelé d’unité est en train de prendre corps.

C’est pourquoi, nous appelons d’urgence :

1. À nous repentir de nos défaillances et de notre inaction face à l’injustice. Nous nous engageons à nous auto-évaluer en permanence, et à agir pour dire vraiment la vérité.

2. À mener une réflexion immédiate et honnête sur les défaillances généralisées de nos dirigeants, de nos Églises et de notre communauté.

3. À faire entendre avec force la voix de la jeune génération sur ces questions, en particulier celle des femmes. Ne pas faire entendre ces voix et tenter de les censurer finira par vider les églises et fragiliser nos organisations. Nous ne garderons pas le silence.

4. À nous opposer aux comportements antimusulmans ainsi qu’à tout comportement de rejet de l’autre.

5. À décoloniser nos Églises de l’argent et des influences de l’Occident et tout particulièrement du sionisme chrétien, qui visent à ‘pacifier’ notre communauté.

6. À dire fermement la vérité au pouvoir, y compris à nos propres dirigeants.

7. À mener des actions pour combattre les injustices commises envers les membres les plus vulnérables de notre société, et à nous montrer solidaires de ceux qui sont opprimés.

8. À nous unir entre nous et avec tous ceux qui veulent construire une paix qui donne toute sa place à la justice.

Le 12 juin 2021

Les jeunes adultes de Christ au Checkpoint

https://www.chretiensdelamediterranee.com/declaration-de-repentance-et-despoir-diffusee-le-12-juin-2021-par-les-jeunes-adultes-du-mouvement-christ-au-checkpoint-chretiens-palestiniens-citoyens-disrael-de-jerusalem-de-la-c/

(1) Sabeel est un Centre oecuménique palestinien de théologie de la libération créé en 1994 à Jérusalem et Nazareth. Il réunit des chrétiens des diverses Eglises et Traditions d’Israël – Palestine, est en lien avec le Conseil Oecuménique des Eglises. Il est composé de femmes, d’hommes, de jeunes et de membres du clergé. Sabeel – prononcer Sabil – en arabe signifie le chemin ou la source, en référence à Jésus-Christ.

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