Troisième volet du cahier de doléances d’un laïc ordinaire, en vue du synode sur l’Église.

Que donnent à voir de l’Église nos célébrations ?
Que voulons-nous qu’elles disent de l’Église ?
Si la liturgie fait l’Église, il faut rouvrir à mon sens,
un chantier trop tôt fermé après Vatican II.

> Le caractère systémique des crimes sexuels dans l’Église est avéré. Il y a vraisemblablement dans la communauté rassemblée, où que ce soit en France, une victime de la pédocriminalité de prêtres, de religieux, de laïcs catholiques, mais aussi peut-être une femme, religieuse ou non, abusée. Il y a dans la mémoire des fidèles le souvenir d’un silence, d’un refus de voir, d’une « loyauté » à l’institution, qui est, avouons-le, coupable. Le rapport de la CIASE a largement décrit cela. 
Aussi, nos liturgies dominicales (accueil, intentions, confiteor, consécration…) doivent-elles faire place aux victimes et permettre aux fidèles de se tourner vers Dieu pour lui demander de nous éloigner des manières d’être, de prendre place et d’agir dans l’Église qui peuvent encore favoriser, voire permettre les crimes, les abus et emprises, la soumission, la subordination… C’est la chair des enfants fracassés, des femmes abusées qui est le lieu véritable de Dieu, qui est le corps du Christ.

> S’interroger sur les défis de la présidence de la célébration eucharistique aujourd’hui : quels sont les critères de discernement objectifs pour présider « avec justesse » la célébration (autorité, savoir communicationnel, créativité…) ? Qu’est-ce qui fonde la présidence ? Et quelles sont les qualités requises pour l’exercer ? 

> L’Église peut-elle être moins la maison de Dieu que la maison de ceux qui le cherchent ? Moins un lieu d’adoration et d’appropriation de Dieu et plus un lieu communautaire ? Moins un lieu d’enseignements, d’expertise sur les origines et les fins, les vies droites et plus le lieu d’une communauté qui accueille, qui s’intéresse aux gens, veut apprendre d’eux, se réjouir de ce qu’ils vivent de beau, de leurs entreprises solidaires ? Toute cette vie qui peut trouver place sous le mot de « fraternité » …

> Soigner l’avant, le pendant et l’après de l’assemblée dominicale. Prendre le temps :

  • d’accueillir les personnes seules, les personnes « étrangères », les enfants… ;
  • de s’approcher, de faire connaissance, d’échanger des nouvelles ;
  • de partager les questions de la vie, aspirations, moments heureux, difficiles, douloureux, engagements, ce qui a retenu, ce qui a marqué ;
  • de co-construire l’assemblée, son déroulement : solliciter les participants, leur demander s’ils ont un chant qui les retient ; 
  • d’inviter des jeunes à préparer la prière universelle, à recueillir les intentions autour d’eux, offrir un « espace » d’expression aux enfants, distribuer des papiers et crayons permettant de rassembler « histoires de vie », moments qui font trace ;
  • de dire que l’on est heureux d’être là, de se voir, de s’accueillir : prendre un verre avant de se séparer… Enlever quelques rangées de bancs ou de chaises et installer en place des tréteaux et planches permettant à ceux qui le souhaitent de s’asseoir pour évoquer leurs centres d’intérêts, leurs engagements…, la vie de la communauté, de ses entreprises, des nouvelles des uns et des autres tout simplement. 

> Conduire une liturgie qui aide à entrer dans le processus qu’a inauguré, pour nous, au soir de sa passion, le geste à la fois si simple et si innovant de Jésus, de la fraction du pain. Explorer et manifester concrètement ce que veut dire faire ensemble mémoire de l’histoire du salut accomplie en Jésus-Christ, mémoire du passé en action de grâces, en même temps que mémoire d’avenir qui transforme et mobilise. Inventer les mots, les signes qui encouragent à voir le monde comme Dieu le voit et à agir comme lui pour le monde.

> Faire droit dans la célébration à l’identité que le baptême donne à tous

  • Construire une célébration qui n’apparaisse plus comme l’affaire d’un homme détenteur d’un pouvoir, d’un caractère, d’un savoir-faire que les autres, ceux qui assistent, n’ont pas … 
  • Faire en sorte que chacun puisse découvrir dans la liturgie ce que nous mettons en commun, ce que nous avons en commun, ce que nous sommes en commun, ce que nous sommes censés faire en commun, mettre en valeur la pertinence sociale et politique de l’Eucharistie, ce que le repas du Seigneur dit à la société, à l’organisation de notre maison commune, qui il met au centre.
  • Faire bouger les fidèles ou une partie des fidèles (les premiers rangs, ou les derniers rangs ; les jeunes, les parents et enfants) au moment de l’offertoire, de la consécration, de telle manière que s’efface la distinction clercs-célébrants/ laïcs-assistants.
  • Conduire une liturgie qui ne mette plus la communion du prêtre en « spectacle », ne fasse pas de la communion une procession d’individus communiant à tour de rôle : le célébrant communie désormais avec et en même temps que tous les baptisés. Et tous communient ensemble.
  • Demander aux baptisés, femmes et hommes, de monter à l’autel et faire les mêmes gestes que le célébrant au moment de la consécration pour signifier qu’ils ne sont plus, parce que non ordonnés, tenus éloignés, constants spectateurs.

> Demander au célébrant de laisser de manière régulière et inscrite dans le calendrier, grandes fêtes comprises, son temps d’homélie à des hommes et des femmes désireux et capables, volontaires pour commenter les Écritures, témoigner…

  • Inviter les fidèles assemblés à échanger en petits groupes et à confier à l’un ou l’autre le soin d’être porte-parole du groupe en lieu et place de l’homélie.
  • Solliciter une personne « étrangère » à la communauté connue pour ses engagements (écologie, étrangers…), à une personne dont le métier est le soin, l’éducation, l’assistance, la sécurité, l’entretien de nos rues et bâtiments, le ramassage de nos ordures…) à venir témoigner.
  • Questionner la « doctrine » des « deux tables de Vatican II » qui veut que l’homélie ne peut être faite que par le prêtre célébrant ou présent. 

> Beaucoup de divorcés-remariés catholiques communient. Faire droit à leur liberté de baptisés et cesser de tenir un discours qui voudrait qu’ils doivent se priver du corps de l’autre, de l’intimité érotique, pour approcher le corps du Christ.

> Donner la possibilité à des baptisés hommes et femmes de donner la bénédiction finale ; inviter même tous les participants à lever les mains pour se bénir les uns les autres., mais aussi bénir familles, voisins, amis, relations de travail, d’engagement… personnes avec qui les relations sont difficiles. 

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Patrice Dunois-Canette

Journaliste, secrétaire général d’associations et fédérations de presse catholique, co-fondateur des Journées d’études François de Sales, Chargé de mission cabinets ministériels, co-fondateur et co-directeur de Question Croyance(s) & Laïcité - QCL. Retraité.

  1. ALAIN CABANTOUS says:

    Merci pour l’ensemble de ces propositions auxquelles je souscris totalement. Elles ont le grand mérite de la clarté et constituent des doléances totalement légitimes.
    Cela implique aussi une préparation régulière et ouverte de la célébration autour de la Parole partagée entre le président et les paroissien-nes présent-es, animatrices et animateurs compris mais non exclusifs. Car une équipe liturgique instituée serait à éviter si on le peut.
    Au plaisir de lire la suite avant mai…1789.

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