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Autrement, l’Évangile par Raphël Buyse

Nous avions été nombreux à être touchés par le petit livre Autrement, Dieu de Raphaël Buyse, et à l’offrir autour de nous l’année dernière. Avec simplicité et poésie, il renouvelait la perception et le langage de l’expérience spirituelle, et il posait un regard décapant sur Jésus, « la face humaine de Dieu », « celui qui aime sans dévorer », et sur notre Église. L’opus de cette année s’intitule Autrement, l’Évangile. Il n’étonnera pas ceux qui se forment en permanence à la réflexion théologique, pour vivre une foi d’adultes, et ont donc déjà assimilé le fait que les Évangiles ne sont pas des dépêches d’agences de Presse, ni un constat d’huissier. Aucune fac de théologie n’en sera révolutionnée, en revanche ça risque de tiquer dans certaines paroisses plus traditionnelles, encore très accrochées à la lettre des textes, avec une remise très limitée dans le contexte historique et la mentalité de l’époque et des lieux, et une ignorance crasse de la symbolique orientale. Et je n’imagine même pas ce qu’en diraient les créationnistes, qui a priori ne le liront jamais.

Sa perception de l’homme Jésus : « Il sauve des règles religieuses contraignantes, de l’ennui des formules toutes faites, du non-sens des habitudes, de la morale, des rites éteints, du formalisme de la Loi et de la peur de vivre. Il sauve des maîtres, des dominants, des sachant-Dieu, des souverains. Il sauve surtout de l’inhumanité. »

Sa compréhension de l’Église : Jésus était venu pour nous sauver de ce qu’elle s’est empressée de recréer, 300 ans après sa fondation. Une petite caste sacerdotale féodale impose des règles à l’ensemble du peuple, « la liturgie se fige, […] on encadre la parole et on raidit les rites ; un décorum s’installe. »
Sa constatation : tout cela est en train de mourir par étouffement.
« Quelques-uns se rassurent en pensant que la Tradition est sauve parce que ‘dedans’, ça continue. »

Sa position : « J’avance d’un pas tranquille. Bien décidé à préférer les raz-de-terre à tout ciel faux.
Sans chercher à tout voir et sans vouloir tout faire. Je n’ai plus à sauver le monde : le Christ l’a déjà fait ! »

Merci à Raphaël Buyse pour cette brise de fraîcheur, – dans laquelle s’est toujours caché Dieu,
plutôt que dans les tempêtes et les ouragans.

Blandine Ayoub

Les mots, on le sait bien, ne sont rien en eux-mêmes. 
Ils ne sont pas la vérité mais ils transmettent des vérités. 
Ils véhiculent des expériences. 
S’ils montrent une réalité, ils ne l’englobent pas.
Tous les langages sont liés à un contexte culturel. 
Nous serions fous de les croire infaillibles.
On peut penser sans risque de se tromper que ceux qui ont rédigé les Évangiles
et d’autres « saintes Écritures » étaient marqués par leur culture, des images et des genres littéraires : on n’écrit pas de rien.
Il n’y a donc rien à craindre à traverser le voile des mots :
il n’y a pas de risque pour la foi. Il n’y en a que pour la religion et ses possibles écrans de fumée.
C’est enfin l’heure de respirer.
À cette époque, des genres littéraires se développent dans la région où tous ces événements
se passent. On contemple les faits et on les coupe avec des souvenirs.
On mouline l’aujourd’hui avec les histoires du passé.
On relie, on élabore des traditions.
On construit. On fabrique.
On cherche du sens et on le risque en empruntant des mots à des récits anciens.
On élargit. On modifie. On extrapole.
Rien n’est faux, mais la véracité des faits n’est pas le souci premier.
Ce qui importe à tout prix, c’est de comprendre le présent et d’ouvrir un avenir.

Raphaël Buyse (p. 15 et 16)
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Blandine Ayoub

Née au moment du Concile Vatican II, elle est impliquée depuis près de 40 ans dans la communauté de Saint-Merry, tout en cultivant un tropisme bénédictin, grâce à son père moine de la Pierre-Qui-Vire. Par son mariage avec un Alepin, elle a également adopté la Syrie comme deuxième patrie. Elle est responsable d’un centre de ressources documentaires dans un centre de formation professionnelle de la filière éducative et sociale.

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