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S’exiler : fuir guerre, oppression ou misère

La guerre ! Même le mot effraie alors qu’aucun missile ne tombe sur nos têtes. Nous pensions impossible qu’elle survienne à nouveau en Europe. La Syrie, l’Afghanistan et tant de guerres ailleurs nous semblaient lointaines, seulement présentes dans nos sociétés à travers un accueil parcimonieux de réfugiés.
Avec un statut différent, ils viennent accroître le nombre d’immigrés vivant
sur notre territoire.
Par Michel Bourdeau

Le titre de cet article ressemble à une définition du dictionnaire ; il rend compte de situations différentes qui mènent toutes à une même réalité : l’exil. Jamais quelqu’un ne quitte son pays de gaieté de cœur mais toujours sous la contrainte. Tout exil suppose terre d’asile. Comment, nous Français pratiquons-nous l’accueil des étrangers ayant dû fuir leur pays d’origine ?

Cette question politique est d’actualité au moment où plus de trois millions d’Ukrainiens ont fui leur pays en raison de la guerre imposée par Vladimir Poutine. Laissant sur place les hommes pour combattre, des femmes, des enfants, des personnes âgées ont franchi les frontières, en restant au plus près de l’Ukraine ou traversant l’Europe pour rejoindre ou non des parents. La France est prête à en accueillir cent mille ou plus, en les dotant de la « protection temporaire » de l’Union européenne, un dispositif spécial adopté mercredi 3 mars par le Conseil des ministres de l’intérieur des États membres de l’UE.
Ce statut est différent de celui de demandeur d’asile. Les déplacés d’Ukraine reçoivent une autorisation provisoire de séjour d’une durée de six mois renouvelable, une allocation de demandeur d’asile, l’autorisation d’exercer une activité professionnelle, une prise en charge médicale, un soutien pour l’accès au logement. De plus, leurs enfants mineurs ont droit à la scolarisation et déjà des reportages ont montré l’accueil chaleureux qu’ils ont reçu de la part des écoliers français.

Rappelons-nous la phrase de Michel Rocard, alors Premier ministre : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » sans toutefois oublier la suite comme certains le font « mais elle doit prendre sa part ». La France a-t-elle toujours pris sa part face aux crises migratoires successives ? À cause de la guerre civile orchestrée par Bachar el-Assad, environ dix mille Syriens ont obtenu en France une protection de l’Ofpra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). De son côté, l’Allemagne en a accueilli plus d’un million. Il convient de rappeler que près de cinq millions de Syriens ont fui leur pays et que près de trois millions ont été accueillis par la Turquie et plus d’un million par le Liban. Lors de la prise de l’Afghanistan par les talibans en août 2021, 123 000 civils avaient pu être évacués dont 2 600 par la France. Nous avons pu assister à leur arrivée à leur descente d’avion : image furtive de familles avec des enfants et des bébés ayant tout quitté derrière elles, inquiètes pour le sort de leurs proches laissés sous la férule fondamentaliste.

Deux Français, héros malgré eux

Au moment où certains veulent concentrer le débat électoral sur l’immigration, voilà deux exemples d’hommes ordinaires qui ont vécu l’extraordinaire. Tous deux sont Maliens d’origine et de confession musulmane. Ils ont été naturalisés Français à la suite d’un acte considéré comme héroïque même s’ils disent l’un et l’autre n’avoir fait que leur devoir.
– Lassana Bathily était employé à tout faire par le supermarché casher de la Porte de Vincennes à Paris.
Le vendredi 9 janvier 2015, il a contribué à sauver plusieurs otages et a permis aux forces de l’ordre de mettre fin à cet attentat islamiste. Naturalisé le 20 janvier 2015, il travaille au Service de la jeunesse et des sports de la Ville de Paris.
– Mamoudou Gassama a connu le parcours classique de plusieurs migrants. Quittant le Mali en 2013,
il est passé par le Burkina Faso puis le Niger avant d’arriver en Lybie. En 2014, après plusieurs tentatives de traversée, il est recueilli en Méditerranée par un bateau de l’opération Mare Nostrum. Puis il rejoint son frère dans un foyer de Montreuil en Seine-Saint-Denis. Le samedi 26 mai 2018, il a sauvé la vie d’un enfant en escaladant à mains nues un immeuble parisien de quatre étages. Un acte qui va bouleverser sa vie.
Lui qui était « sans-papiers », recevra sa naturalité française le 12 septembre 2018. Son rêve de rejoindre la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris s’est effondré : trop faible niveau scolaire et mauvaise pratique du français.
En 2020 selon l’Insee, 41 035 personnes ont acquis la nationalité française.

Au cours de mes activités professionnelles, j’ai dirigé une agence liée au ministère en charge de l’immigration dont la face la plus visible était la production d’une émission hebdomadaire de télévision interculturelle.
Plutôt que de parler d’intégration ou d’assimilation, nous avions tenté de promouvoir insertion :
le grand livre de notre histoire et de notre culture peut s’enrichir de l’insertion de quelques nouvelles pages venues d’ailleurs.
Rappelons comment, visitant des migrants sur l’île de Lesbos, le 5 décembre 2021, le pape François
a fustigé ceux qui diffusent « la peur de l’autre ».

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