A

Administration des sacrements : une brèche, enfin

L’évêque d’Essen, en Allemagne, Franz-Josef Overberck, vient d’autoriser des laïcs, et plus particulièrement des femmes (dix-sept sur dix-huit), à donner le sacrement du baptême. Il avait déjà confié la responsabilité de certaines paroisses à de « simples baptisés », en l’absence de prêtres disponibles. L’évêque précise que rien ne s’y oppose dans le droit canon, et que les laïcs en question, en responsabilité d’Église de longue date, ont bien sûr reçu les formations adéquates. Ce n’est pas tout à fait une première, puisque plusieurs évêques suisses, notamment ceux de Bâle et de Saint-Gall, et en ont déjà fait autant.

Cela nous renvoie à la question fondamentale, en ces temps de démarche synodale où toutes les interrogations, déjà légitimes en temps normal, sont particulièrement opportunes : pendant combien de temps encore l’Église traitera-t-elle les baptisés, tous « prêtres, prophètes et rois », comme d’éternels mineurs dans l’intelligence et la foi ? Quand la réflexion sur leur place dans l’administration des sacrements sera-t-elle enfin ouverte ?

Quand verrons-nous les laïcs aumônières et aumôniers d’hôpitaux donner eux-mêmes le sacrement des malades aux personnes qu’ils accompagnent dans la durée ? Ceux des prisons, le sacrement de réconciliation aux détenus ? Quand verrons-nous les couples qui préparent les jeunes au mariage ou au baptême de leurs enfants pouvoir présider eux-mêmes à ces sacrements ? Je rappelle qu’au départ, le sacrement de confirmation correspondait justement au passage de l’évêque dans la paroisse, où il confirmait ainsi les baptêmes donnés par son délégué local, le curé : est-ce qu’on n’est pas aujourd’hui dans le même cas de figure, où un certain nombre de délégations s’imposent ?

Je dirais même plus : elles ne s’imposent pas seulement parce que les prêtres ne sont pas disponibles, mais parce que c’est une forme de droit naturel qui leur échoit par leur nature de baptisés, et d’autant plus à une époque où les laïcs, qui bénéficient déjà d’un niveau de formation générale incomparable par rapport à d’autres époques de l’histoire, peuvent se former en théologie fondamentale et en pastorale beaucoup plus facilement qu’autrefois. Et rappelons également que chacun est déjà autorisé à administrer le sacrement de baptême, « en cas d’urgence » (il y aurait beaucoup à dire là-dessus), et que ce sont les époux eux-mêmes qui se donnent l’un à l’autre le sacrement de mariage, le prêtre n’étant que le témoin d’Église validant ce sacrement.

Autrement dit, une vaste réflexion de fond me semble s’imposer, en prenant les questions dans le bon sens : à partir de la situation actuelle, et notamment de la démographie de l’Église, de quels ministères avons-nous (vraiment) besoin ? Puis, dans un second temps, à qui confier ces ministères ? Personnellement, je serais même d’avis de réfléchir aux sacrements eux-mêmes, pour certains tardivement fixés de façon à aboutir au symbolique chiffre sept (lors du Concile de Trente, donc seulement au XVIeme siècle ! ), mais qui ne sont pas tous à mettre sur le même plan – comme nos frères protestants l’ont manifesté, en n’en gardant que deux, baptême et eucharistie, ceux qui nous viennent directement de l’Évangile, et pas de l’organisation ecclésiastique bien postérieure.

Le diocèse d’Essen évoque comme justification à ses options « la capacité d’adaptation de l’Église », maintes fois manifestée en 2000 ans (article de La Croix du 17 mars 2022). Et en effet, semper reformanda, l’Église se trouve une fois de plus sur la voie des mutations naturelles et inévitables, avec ou sans démarche synodale. En tout cas, le choix prophétique et courageux de cet évêque nous permet un espoir : nous ne serions pas forcément condamné.e.s au cléricalisme ni au patriarcat dans l’espace catholique. Curieusement, aucune critique n’est venue des clercs allemands, mais bien de certains laïcs : quelle est la part de superstition ritualiste et magique dans cette réaction qui accorde forcément plus de valeur à un baptême célébré par un homme célibataire en aube, plutôt que par une femme, éventuellement mère de famille, éclairée et engagée dans sa foi ?

Blandine Ayoub

Née au moment du Concile Vatican II, elle est impliquée depuis près de 40 ans dans la communauté de Saint-Merry, tout en cultivant un tropisme bénédictin, grâce à son père moine de la Pierre-Qui-Vire. Par son mariage avec un Alepin, elle a également adopté la Syrie comme deuxième patrie. Elle est responsable d’un centre de ressources documentaires dans un centre de formation professionnelle de la filière éducative et sociale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.